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Concours Reine Elisabeth | Jeudi soir

Energie à connecter...

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 29/05/2009

Inspiration limitée malgré quelques beaux moments. Même le brio technique perd son charme.

Depuis sa première apparition, la Coréenne Park Ji-Yoon (Ji-Yoon est son prénom) se présente comme une musicienne raffinée, engagée et solide : la sonate de Ravel, donnée avec le pianiste allemand Tobias Koch (un des "pianistes du concours") permet de renouer avec ces impressions. Phrasé délié, sonorités lumineuses et douces, en demi-teintes, on est dans le registre intimiste, voire timide, mais dans le Blues du deuxième mouvement, d’autres accents se font entendre et le "swing" des pizz se poursuivra encore dans la conduite ondulante du perpetuum mobile final, pris à vive allure et confirmant la maîtrise de la jeune musicienne.

Après le registre ludique de la sonate, "Agens" de sa compatriote Cho Eun-Hwa, montre Ji-Yoon sur le versant de la rigueur, de l’énergie. Plus combattive qu’en véritable dialogue avec l’orchestre, elle apparaît assez isolée, aussi déconnectée de la musique et du public que des musiciens. Elle n’en développe pas moins de multiples propositions - surtout dans le domaine des timbres - mais sans que sa vision personnelle ou simplement sa nature d’artiste parvienne à s’imposer. On restera sur sa faim.

Toutes voiles dehors (ravissante robe de mousseline orange, avec pans blancs brodés), et son petit sourire en coin, la jeune femme fait sa troisième entrée, cette fois pour le concerto de Tchaïkovski. Et là, on commence à réellement déchanter : quelques défauts de justesse (beaucoup de notes trop basses), des phrasés peu heureux, chargés d’accents rompant la ligne de chant, et un manque général de stabilité rompent le charme. La cadence, joliment maîtrisée fera reculer ces défauts jusqu’au retour de l’orchestre et la fin du mouvement offrira quelques moments bien enlevés, mais sans l’aisance, le panache l’euphorie qu’on attend dans ce cas.

La Canzonetta bénéficiera de quelques beaux échanges avec les solistes de l’orchestre (les bois) : si la violoniste s’y montre sensible et engagée, on observera à nouveau cette tendance à rompre la ligne de chant qui avait déjà compromis l’allegretto et dans une Canzonetta, ça ne pardonne pas.

La conclusion sera plutôt heureuse : si tout n’est pas idéal, si le jeu reste très technique, si l’inspiration est limitée, la musicienne y déploie une fameuse énergie, réussit quelques passages brillants, et "assure".

Vendredi soir: Kim Suyoen et Yoon Sojoung.

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