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Concours Reine Élisabeth | Vendredi soir (1)

Un art martial et musical

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 30/05/2009

Yoon Soyoung sculpte son énergie en musique.

Changement total de climat après la prestation de Kim Suyoen, avec l’arrivée de sa compatriote Yoon Soyoung, représentation même de l’énergie, la tête haute, prête à affronter l’épreuve. On ne l’avait pas encore entendue : voici la sonate de Franck, imposante, exigeante et longue. C’est avec ce chef-d’œuvre assez unique en son genre (cyclique notamment) que Yoon Soyoung ouvre son concert, en duo avec Eliane Reyes, très sollicitée ce soir, le public ne s’en plaindra pas. La violoniste instaure dans le premier mouvement - allegro ben moderato - un climat de calme détermination, inscrit dans des sonorités chaudes, homogènes et puissantes. Soyoung est une "nature", à qui une formidable technique permet de s’exprimer avec aisance et autorité, avec charme aussi, même si sa sonate nous apparaît plus engagée qu’habitée. Dans le récitativo, la musicienne confirme l’impression de solidité et de maîtrise, elle y déploie, en plus, un ample lyrisme dans lequel elle s’attarde parfois (ce seront ses seuls batifolages), soutenu par les riches sonorités déjà évoquées. Toutes qualités se retrouveront magnifiées dans l’allegro final, animé et soutenu, notant quelques tempos inattendus. De "Agens" - le concerto inédit -, la féline jeune fille donne une version énergétique, élastique - quoique très articulée - et tout en puissance, dans un climat d’assurance assorti à l’élégance hautaine de l’attitude : l’allure de la jeune femme comme sa façon de jouer renvoient irrésistiblement à quelque art martial. Et, à son entrée dans Brahms (concerto en ré) on n’aurait pas été autrement surpris de voir son violon coupé en deux d’un coup d’archet. Cette extraordinaire canalisation d’énergie produisant quand même des résultats musicaux : ce troisième concerto de Brahms (de la semaine) sera hyperstructuré, dynamique et sous haute tension. Il y manquera sans doute un peu de liberté, de détente et surtout d’intériorité mais la perfection formelle, la maîtrise et l’engagement forment ici un art à part entière. Comme allait encore le démontrer le final, pris à tombeau ouvert, dans une euphorie de virtuosité (payée de quelques furtifs dérapages), où, sans être vraiment en tête des priorités, la musique avait bien sa place. Vif succès.

Finalistes de ce samedi : Nikita Borisoglebsky (20h) et Ray Chen (21h45)

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