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Concours Reine Elisabeth
Lorenzo Gatto: Tout donner
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 02/06/2009
Attraper Lorenzo Gatto au lendemain (et même au surlendemain) de ce samedi qui le vit proclamer deuxième lauréat du Concours Reine Elisabeth fut une rude entreprise. A l’instant même, le jeune Belge fut happé par la fête, par les médias - pas un journal parlé ni télévisé qui ne se fît pas un point d’honneur à l’avoir à l’antenne -, par le concours lui-même Même sa famille dut attendre, lundi, avec les amis réunis en son honneur, tandis que le héros, courant d’un rendez-vous à l’autre, sillonnait le pays. C’est depuis la voiture qui l’emmenait à Liège qu’il nous a répondu.
Qu'avez-vous ressenti en entendant votre nom, samedi ?
Même si j’avais beaucoup d’espoir, ce fut une grande et bonne surprise, mais, dans les premières heures, j’ai plutôt assisté aux événements, il m’a fallu un certain temps pour les ressentir. Il y a eu un tel tourbillon autour de moi que je ne me rendais pas compte de ce qui se passait au fond de moi.
A quel moment en avez-vous pris conscience ?
En me levant, le lendemain, parce que j’étais attendu à un déjeuner où, pour la première fois, mes parents rencontraient Boris Kuschnir (avec qui je travaille, à Vienne, depuis quatre ans). Et ça s’est bien passé, mon père est très extraverti, à l’italienne, mon professeur est plutôt sur la réserve, mais les circonstances ont fait qu’il s’est ouvert, il était très ému. Un prix octroyé à un élève est toujours une forme de reconnaissance. De plus, la préparation du concours nous a beaucoup rapprochés, il m’a reçu tous les jours, parfois deux fois. C’est une expérience unique, il arrive de plus en plus rarement qu’un professeur donne autant de temps et d’énergie à un de ses élèves.
Pour vous, comment s'est passé le concert de finale ?
Dans la sonate d’Enescu, j’ai eu une drôle d’impression, je n’avais pas le même retour de son qu’en répétition et ça me troublait, mais ça s’est progressivement dissipé. L’œuvre imposée ne me convainc pas vraiment mais, ce soir-là, j’ai essayé d’en faire quelque chose, à fond, et puis, au cours du concerto, j’ai senti que l’énergie s’en allait, j’ai dû lutter contre la fatigue, ce qui, chez moi, est très inhabituel. Mais j’ai tenu bon, le concert est toujours le moment où je lance des choses différentes, Gilbert Varga en a été tout surpris On s’est rencontrés ce soir-là et votre impression était bonne. J’avais le sentiment d’avoir tout donné et c’est l’essentiel, ça procure une sorte de soulagement autant moral que physique, c’est un sentiment très heureux. Hier, par contre, j’ai ressenti un grand vide, une sorte de post-partum (d’après ce qu’on me dit ) On relativise, on se pose plein de questions
La semaine à la Chapelle ?
Une expérience humaine et artistique d’une force incroyable, inoubliable.
Quel concerto allez-vous jouer pour les concerts de lauréat ?
Ce sera le 3e de Saint-Saëns, que je jouerai pour la première fois avec orchestre. Je voulais quelque chose de frais, de joyeux, pour le public comme pour moi. Il y a tant de trésors dans le répertoire classique ! C’est ce que j’essaie de diffuser vers les jeunes à travers mon ASBL Classica.
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