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Sur la piste des 33 tours
Johnny, c’est fort de vinyle !
Dominique Simonet
Mis en ligne le 17/06/2009
À l’occasion de la tournée dite d’adieux de Johnny Hallyday, son ancienne maison de disques, Universal, s’active du côté des compilations et rééditions. Il y avait déjà eu une première vague, de 33 tours/25 cm. D’un seul coup, d’un seul, ce ne sont pas moins de dix-huit 33 tours/30 cm originaux qui retrouvent le chemin des disquaires. Leur tirage est limité à trois mille exemplaires, histoire de stimuler la corde "collector" qui vibre en nombre d’amateurs de zizique, et de notre Johnny en particulier. En même pas quinze jours, plusieurs références ne sont déjà plus de stock. Déjà, du côté des sites de ventes aux enchères, certains prix s’emballent.
La qualité du travail effectué par Universal est irréprochable. Ces nouveaux disques sont des fac-similés fichtrement bien faits au niveau des pochettes : elles sont par exemple "ouvrantes à rabat", comme à l’origine, pour la trilogie "Rivière ouvre ton lit", "Vie" et "Flagrant délit". Quant au son, il effectue un sacré bond en avant : pressés avec du vinyle vierge de 180 grammes, les disques sont bien supérieurs aux originaux et donc, à coup sûr, aux CD.
Le répertoire pêche le meilleur du meilleur, les années soixante et septante. Deux exceptions : "Hallyday 84", enregistré à Nashville, incluant des duos avec Emmylou Harris, Carl Perkins, etc., et "Lorada", réalisé par Jean-Jacques Goldman, paru en 1995 en compact mais inédit en 33 tours. Dans leur ensemble, les années quatre-vingts, nonante et deux mille, souvent moins excitantes musicalement et existant déjà en vinyle, suscitent un intérêt moindre.
À elles seules, les pochettes reflètent, en 30 cm sur 30, à la fois époque et contenu musical. Du premier LP pour Philips, "Salut les copains!" (1961) à "Halleluyah" (1965), le chanteur clame son admiration pour l’Amérique en général, celle d’Elvis Presley en particulier. On retrouvera la même attitude en couverture de "Rock à Memphis" (1975). A la charnière sixties - seventies, un autre Johnny apparaît, d’abord complètement kitsch, en châtelain de studio, sur "Rêve et amour" (1968), avant de ceindre son front d’un bandeau pour "Rivière... ouvre ton lit" (1969). Après avoir affiché une mine réfléchie sur "Vie" (1970), Johnny émerge des pavés en "Flagrant délit" (1971). La suite est moins spectaculaire, excepté le "Hamlet" de 1976. A regret, ne figure pas dans ces rééditions, "Johnny 1967", sur laquelle Jojo, encadré, se fume une de ces pipes que n’aurait pas reniée Nino Ferrer.
L’important est aussi ce qu’il y a dans la boîte. En 1961, avec "Salut les copains", Johnny tente d’imposer le courant du twist en France, et Charles Aznavour lui écrit trois titres, dont "Retiens la nuit". Mais l’essentiel est constitué, et pour longtemps, d’adaptations de musiques américaines. Johnny le passeur, avec un certain flair puisque, sur l’album "Johnny, reviens!", il reprend "Carol" (en "Oh Carole") à Chuck Berry la même année, 1964, que les Rolling Stones.
Déjà, il enregistre à Londres et Paris, sous la houlette du jules à sa cousine, Lee Hallyday. Ce sera comme ça pour pratiquement tous les albums, jusqu’au milieu des années septante, et il n’y a rien à redire. La fascination pour les States se marque dès 1962, avec "Sings America’s Rockin’ Hits", enregistré à Memphis, avec les Jordanaires et un certain Charlie McCoy à l’harmonica. Par la suite, notre homme ne cessera de travailler avec l’élite des requins de studio.
Le virage musical s’effectue à la fin des sixties, où Johnny trouve véritablement sa voie. Déjà avant "Rêve et amour" (1968), Long Chris et Micky Jones apportaient leur griffe aux chansons. La paire s’épanouit sur les chefs d’œuvre, "Rivière", "Vie" et "Flagrant délit". "Vie" est l’ album de la prise de conscience écologique ("La pollution") et pacifiste ("Le monde entier va sauter"). Philippe Labro s’ y impose comme parolier de choc avec des titres comme "Jésus Christ" ("est un hippie"), "Essayez", "C’est écrit sur les murs", "La fille aux cheveux clairs". La direction d’orchestre est assurée par Jean-Calude Vannier.
Phonographiquement parlant, c’est la période d’or de Johnny Hallyday, qui fera encore de bons albums, émaillés de gros hits. En 1976 par exemple, "Derrière l’amour" égrène "Joue pas de rock’n’roll pour moi", "Requiem pour un fou" et "Gabrielle". Et puis il y a cet ovni, "Hamlet", affichant des ambitions que le grand public n’a pas suivies, mais auquel l’histoire rend justice.
Albums réédités: Salut les copains, Sings America’s Rockin’ Hits, Les bras en croix, Johnny, reviens!, Halleluyah, La génération perdue, Reve et amour, Rivière... ouvre ton lit, Vie, Flagrant délit, Insolitudes, Rock’n slow, Je t’aime, je t’aime, je t’aime, Rock à Memphis, Hamlet, Derrière l’amour, Hallyday 84- Nashville et Lorada. Tous chez Universal.
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