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Classique

Reine Elisabeth : retour gagnant

N. B.

Mis en ligne le 18/06/2009

Superbe concert des trois premiers lauréats du Concours.

Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Mardi, les trois premiers lauréats de l’édition 2009 du Concours Reine Elisabeth étaient de retour dans la salle Henry le Bœuf du Palais des Beaux-Arts. Libérés du stress de la compétition, s’offrant à un public conquis d’avance, accompagnés cette fois d’un autre orchestre - le Philharmonique des Flandres - et d’un autre chef - Jaap Van Zweden, livrant un travail admirable sur la cohésion de ces troupes et la netteté de la pâte instrumentale -, Garnet, Gatto et Chen sont réapparus tour à tour.

Après que l’Orchestre a, en lever de rideau, restitué toutes les couleurs, jusque dans le kitsch assumé, du "Capriccio Italien" de Tchaïkovsky, Ilian Garnet livre un pan radicalement opposé de la musique russe : il joue à nouveau le premier concerto de Chostakovitch, celui-là même dont il disait avant de le jouer en finale qu’il symbolise si bien l’histoire de l’Union soviétique. Cette fois encore, le Moldave exprime avec une bouleversante intériorité la noirceur et la souffrance, peut-être celle aussi des peuples opprimés par la dictature communiste, le sien en premier lieu. Son visage est un livre ouvert, mais ce que le cœur exprime avec l’archet est plus fort encore. Çà et là, on remarque toutefois que l’interprétation a changé : la démarche est trop personnelle et intime pour être reproduite à l’identique d’un soir à l’autre

Lorenzo Gatto offre le troisième concerto de Saint-Saëns. Comme avec Paganini, on devrait être a priori dans le démonstratif plus que dans le ressenti. Mais sa virtuosité n’est jamais ostentatoire, le goût reste très sûr et, cette fois encore, le Belge séduit par ce mélange d’autorité et d’élégance, d’aisance et de sérénité. Bien plus qu’une exhibition de soliste, c’est de musique concertante, et même de musique tout court qu’il est question ici.

Ray Chen a, lui, choisi le concerto de Mendelssohn, celui qui lui avait valu la victoire au Concours Menuhin l’an dernier. Encore un concerto qu’on n’ose pas jouer en finale du Reine Elisabeth - trop court ? trop facile ? - et c’est bien dommage. Aux confins du classicisme et du romantisme, l’œuvre peut révéler brillance et poésie, et Chen y est souverain. S’il ne joue pas encore son Huggins, prêté à chaque premier lauréat, c’est parce qu’il n’a pas encore eu le temps de l’apprivoiser complètement. Et qu’il a déjà son autre Stradivarius, son McMillan à la sonorité si chaude. Le sourire malicieux de l’Australien est cette fois celui de Puck, l’esprit espiègle du "Songe d’une nuit d’été" dont l’allegro final du concerto en mi mineur est le cousin pas si lointain.

A voir encore à Mons (Théâtre royal, samedi 20 à 20 h, www.lemanege.com) et Bruges (Concertgebouw, dimanche 21 à 20 h, www.tinck.be).

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