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Festivals

Visage et voix de Zap Mama, Marie Daulne a tout d’une reine

par Dominique Simonet

Mis en ligne le 24/06/2009

Sur la scène de Couleur Café, la chanteuse va refaire l'histoire de 20 ans de Zap Mama.
Entrevue

Zap Mama, Marie Daulne et Couleur Café, c’est une histoire d’amour et de fidélité. Cette fin de semaine, le groupe et la chanteuse qui l’incarne aujourd’hui se retrouvent sur des terres qu’ils connaissent bien, le site de Tour et Taxis, pour une fiesta toute particulière. En effet, pour cette édition, le festival a demandé à Marie quelque chose de spécial. Celle-ci a donc demandé aux quatre compagnes des débuts de venir la rejoindre pour un début de concert Zap Mama à l’ancienne, c’est-à-dire a cappella : Cecilia Kakonda, Sabine Kabongo, Sylvie Nawasadio, Marie Cavenaile.

Ces retrouvailles avaient déjà eu lieu sous les auspices du Théâtre flamand à Bruxelles (KVS), il y a quelques semaines. Le concert sera ensuite un crescendo : vient d’abord le frère de Marie, Jean-Louis Daulne, "qui fait partie de l’évolution du groupe. En somme, on va faire ce qui s’est passé dans l’histoire de Zap Mama", précise la chanteuse, en signifiant qu’à Couleur Café, la scène progressivement s’enrichirait de musiciens. "On finit par une grande fiesta avec une horn section, pardon, une section de cuivres. Excusez-moi, je rentre de New York et, hier soir à 10h, je faisais encore une interview en anglais."

Les Etasunis ! La belle affaire. Ils ont de la chance, les Etasuniens : "ReCreation", le nouvel album de Zap Mama, est déjà sorti chez eux, alors qu’ici, rien avant septembre. Pas compliqué de comprendre pourquoi : Marie Daulne est signée là-bas, où se trouve aussi son manager : "Le public américain est celui qui me suit le plus, c’est mon plus grand public, le plus fidèle aussi." Un état de fait que la chanteuse explique par sa différence. Pour les Ricains, elle se voit comme un moyen d’évasion, alors qu’ici, le mélange des cultures africaines et européennes est plus monnaie courante et tout le monde y a accès. "Là-bas, pas. Je représente le côté raffiné africain. Il y a plein d’immigrés d’Afrique de l’Ouest, qui sont assimilés à la culture restaurants, poisson fumé et percussions. Moi, j’amène un aspect différent qui passe par l’Europe, un aspect afro-européen. C’est aussi comme ça que je me présente dans mes tenues vestimentaires. Et si je porte une coiffure style années soixante, au lieu d’un chignon, moi, je mets un petit afro. C’est une manière artistique de présenter une culture en créant des personnages visuels vivants."

Elle est ainsi, Marie. D’une taille, de proportions et d’allure qui lui permettent de tout porter, elle conçoit sa présence sur scène comme partie prenante d’une démarche artistique. Se considérant comme très sensible au visuel, mais n’ayant pas le temps de peindre, elle fait d’elle une peinture et de la scène des tableaux, créant des personnages, des mondes "Pour les gens, c’est comme une évasion. Je porte des choses qu’ils veulent peut-être mettre, mais n’osent pas. Je fais des associations de couleurs qu’on n’aurait pas imaginées, car la façon avec laquelle on les ressent est très culturelle. Et ça fonctionne. Alors, je fais aussi ça avec les voix. Si je mettais un tel timbre de voix avec tel autre, plus grave, et telle harmonie, et pouf "

Cela lui rappelle la raison pour laquelle elle a lancé le projet Zap Mama, il y a 20 ans. A l’époque, il y avait deux cultures, l’européenne qui devait apprendre plein de choses à l’autre, une culture africaine considérée comme primitive. A la base, Zap Mama est une réaction à cela, à ce "racisme Congo belge", comme elle dit. Lors de l’investiture de Barak Obama, le 4 novembre 2008, Marie Daulne était à New York en train de mixer son nouvel album, sur lequel "il y a une influence certaine de l’énergie libératrice qui s’est déclenchée à ce moment-là".

Libératrice à plusieurs égards : "On grandit avec le racisme, et puis, en rencontrant des personnes intelligentes, on oublie un petit peu ça. Mais quand Obama a été élu, toute la tristesse est sortie. J’ai commencé à pleurer et je me suis dit : mon Dieu, je ne savais pas que c’était si profond, je pensais que j’avais passé le cap, mais non "

Du coup, Zap Marie a pris un appartement là-bas, à New York, parce qu’elle a envie de faire partie du mouvement durant la présidence de Barak Obama. En tant qu’afro-européenne, "et même en tant qu’Européenne", elle voudrait participer à l’évolution des choses en rencontrant des réalisateurs, des écrivains, des artistes. Elle a déjà commencé en participant, il y a quelque temps aux Etats-Unis, à la conférence annuelle TED, pour Technology, Entertainment, Design. Rassemblant des scientifiques, des politiciens et des artistes, TED veut faire évoluer le monde. Tracy Chapman y participa en 2007, notre Marie Daulne, en 2009, qui se sent "très concernée".

Elle se remémore alors son premier voyage à New York, d’où elle a ramené plein de livres avec des princesses de couleur, pour sa petite Kesia, à qui est dédiée la chanson "Princess Kesia" (2007). "Quand j’étais enfant, pour être princesse, il fallait avoir yeux bleus et cheveux blonds comme chez Walt Disney. Alors, j’ai dit à Kesia que je me sentais reine. Pour moi, être reine, c’est vivre pleinement ce qu’on a envie de vivre, partager ce qu’on a envie de partager et ça, je le fais notamment à travers mes chansons."

Zap Mama, à Couleur Café, le dimanche 28 juin, 17h30.

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