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Les festivals se mettent au vert
Sophie Lebrun
Mis en ligne le 02/07/2009
Imaginons le festival(ier) idéal, écologiquement parlant. Le fan de rock ou de world music se rend à pied ou à vélo au lieu dit. Gourde et gamelle en bandoulière, qui permettront d’éviter la vaisselle jetable, tandis que les éventuels déchets organiques seront dûment récupérés et compostés. A sa disposition : nourriture constituée de produits locaux et bio, robinets d’eau courante et toilettes sèches (gratuites). Le festival est alimenté à l’énergie renouvelable. Le volume sonore affiche un niveau raisonnable
On n’en est pas là, en Belgique surtout - des pays tels l’Allemagne ont une longueur d’avance. Les mentalités, et des réalités d’ordres économique, pratique et de sécurité (on songe à l’usage de verres en verre) font obstacle. Toutefois, petit à petit, les initiatives se multiplient, dans les festivals, pour réduire leur impact environnemental.
Le déplacement des spectateurs est sans nul doute, insistent des spécialistes de l’environnement tels Pierre Ozer (ULg) et Frédéric Chomé (Factory X), "de loin, le premier poste d’émission de gaz à effet de serre". Il doit représenter 90 % du bilan carbone des festivals, estime le premier. Une majorité de visiteurs font encore usage de la voiture, et la vague des billets d’avion "low cost" n’arrange rien, souligne-t-il. Nombre de festivals incitent pourtant les visiteurs à emprunter les transports en commun, en particulier le train et/ou une navette gratuite. A Werchter et au Pukkelpop, deux pionniers, le ticket d’entrée inclut un aller-retour gratuit en train vers le site. Ailleurs, il permet une réduction du prix du billet ferroviaire. Aux Francofolies de Spa, par exemple, où sont aussi instaurés, nouveauté, des trains spéciaux de nuit. De tels partenariats entre festivals musicaux et SNCB, quoiqu’en hausse, sont encore rares - cinq cet été - et concernent surtout les gros événements. Il y a là des pistes à creuser.
Autre option qui fait son chemin et se voit, de plus en plus, confiée à des plateformes spécialisées (à Dour notamment) : le covoiturage. La marche ou le vélo restant, bien sûr, les modes les moins énergivores. Encore faut-il des infrastructures et un parking vélo dignes de ce nom, plus fréquents au nord du pays, faut-il le dire...
Imaginons: ne pourrait-on instaurer une tarification différenciée - sur le ticket de festival - selon le mode de transport, plus ou moins durable, utilisé ? lance Frédéric Chomé.
Le transport du matériel est également gros producteur de CO2, souligne un festival tel le Bucolique. "Aussi nous veillons à le limiter en globalisant nos commandes", indique son responsable communication, Christophe Hia. Et que dire des artistes qui font régulièrement le tour du globe en avion...
Les festivals posent aussi la question des déchets, des gobelets notamment. Car on y boit beaucoup, chaleur et esprit festif aidant. L’entrée sur le site avec des boissons et bouteilles étant généralement interdite et les robinets d’eau potable rarissimes, le festivalier n’a d’autre choix que les breuvages servis in situ, la plupart du temps dans des gobelets jetables. Mais là encore, l’alternative "durable" se répand. Tel le gobelet réutilisable, consigné et lavé après utilisation. Il ne coûte pas plus cher à l’usager, qui récupère son euro en le restituant en fin de festival. Pour l’organisateur, il constitue un bonus à divers égards, si l’on en croit Les Eurockéennes de Belfort (Est de la France) qui l’ont testé en 2008. Les récipients n’étant plus jetés par terre comme c’est souvent le cas dans les grands-messes rock, "on gagne des heures de nettoyage du site ( 360 dans notre cas) et cette propreté est positive pour l’image du festival", indique Laurent Doucelance, responsable communication des "Eurocks". Qui pointe un gain financier, "d’autant que nous n’avons récupéré que 50 % des gobelets, nombre de festivaliers les emportant comme souvenir" (ce qui, soit dit en passant, limite l’effet écologique attendu, à moins que les intéressés continuent à les utiliser).
La vaisselle compostable est une autre option, pratiquée partiellement à Couleur Café et à Esperanzah ! Elle suppose la pleine collaboration des festivaliers, via le tri, pour être efficace. Or, le tri des déchets, proposé sur la plupart des sites désormais, à des degrés variables il est vrai, n’est pas le point fort des fêtards, témoignent plusieurs organisateurs. "Le résultat est assez médiocre : dans la réalité, presque tout vole à la poubelle", indique Charles Gardier, organisateur des "Francos". Au Dour festival, le tonnage de déchets recyclés ne concerne à ce jour que 10 % de la masse totale, indique Alex Stevens, responsable presse. Un chiffre cependant en hausse : l’augmentation du nombre de poubelles à tri, une information claire et une sensibilisation directe sont donc bel et bien utiles. La preuve aussi par Esperanzah !, festival très actif en matière d’écologie depuis ses débuts. La qualité du tri des gobelets (recyclables) y affiche un taux de 97 %(!), relève Stanny Bouillon, responsable logistique.
Plus important encore est l’impact de la nourriture, indique Frédéric Chomé. L’idéal? "Une nourriture saine, décarnée, et constituée de produits locaux." On la voit émerger, ici et là, souvent aux côtés de produits issus du commerce équitable, dans les "routes des saveurs" et autres villages gourmands déployés par certains festivals. Mais le hot-dog/frites reste roi en plusieurs endroits. L’effort à fournir reste, ici, important.
Difficile d’imaginer un concert de rock sans électricité. Le choix d’un fournisseur "vert" est une possibilité. Quant aux festivals - en pleine nature par exemple - qui doivent avoir recours à des groupes électrogènes, ils examinent des pistes moins polluantes, comme les combustibles organiques (au lieu du diesel), voire un choix plus radical: "une éolienne, qui servirait le reste de l’année à l’abbaye de Floreffe (où est installé Esperanzah !), voire à la population locale ?", suggère Stanny Bouillon.
Pour alimenter la réflexion "verte", rien de tel que l’échange de bons procédés, souligne entre autres le Rock Werchter. Avec le Pukkelpop, il est membre du réseau Yourope réunissant de grands festivals européens - qui leur a d’ailleurs accordé à tous deux un label "Green’n’clean".
Nombre de manifestations (Couleur Café en tête) décident, de leur côté, de sensibiliser le grand public à la problématique du développement durable: via un village associatif, une expo, voire le choix d’artistes "engagés". Quand ce ne sont pas ces derniers, tels Radiohead, qui vérifient l’effort écologique fourni par un festival avant d’accepter de s’y produire...
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