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Décès de Michael Jackson
Fans et enfants d’abord
Francis Matthys
Mis en ligne le 08/07/2009
Anticipons, anticipons, il en restera toujours quelque chose Dans un an, à coup sûr, que lira-t-on dans les journaux ? Des papiers intitulés "Michael Jackson, un an déjà". Et dans dix ans : "Jackson : dix ans déjà " Mais, dans dix ans, pour les ados d’alors, Michael J. ne sera déjà peut-être plus qu’un nom d’étoile s’effaçant. Ainsi va la vie : les morts prennent vite un coup de vieux. Surtout aux yeux des jeunes, c’est l’une des lois du genre. Une nouvelle fois donc, ces jours-ci, l’annonce de la disparition d’une superstar plonge les médias dans l’effervescence. Normal : chez eux, la fièvre est signe de santé. Ventre à terre, on crée une émotion, mille fois, mille fois plus vite que les traînées de poudre d’antan. Pour ce qui réclamait hier quelques heures, aujourd’hui quelques secondes font largement l’affaire (et même : la bonne affaire) puisque tout, partout, se sait instantanément. A l’instant même aussi, la mise en scène de l’événement s’organise, comme s’il n’y avait qu’à sortir d’un frigo le cadavre encore chaud. Le mot d’ordre ? Taillez-nous du chagrin sur mesure ou, mieux : sur démesure. Au diable, la nuance ! Faites-en des tonnes, sinon à quoi bon ? Il faut que les cœurs battent, que les larmes rivalisent avec le Niagara, que chacun y déballe ses souvenirs, libère son émotion : ça vous donne l’impression d’exister, d’appartenir à la famille, à la communauté, au clan des inconsolables. N’étant pas sociologue pour un sou, nous nous abstiendrons de tirer la moindre conclusion de ce phénomène. Simplement, le voilà devenu si téléphoné, si formaté, que l’effet de surprise ne joue plus : dès la minute où l’on apprit que Bambi était passé de l’autre côté du Miroir, on savait qu’on verrait, devant des grilles, des grappes d’admirateurs éplorés déposant lettres d’adieu ou sacro-saintes peluches. La peluche est devenue très "tendance" dans ces circonstances, même si nous ne sommes pas sûrs qu’on y ait eu énormément recours lors des funérailles de Jean Paul II ou bien du roi Baudouin : laissons aux historiens le soin de nous éclairer à ce sujet. Depuis un bon demi-siècle, mais avec une force de frappe de plus en plus effarante au vu du perfectionnement vertigineux des moyens de communication, nous avons ainsi pu assister à la mise en scène de chagrins - parfois très sincères. L’un des premiers de l’après-guerre fut la mort de James Dean, en septembre 55, à 23 ans, au volant d’un bolide : l’image de sa Porsche en morceaux fit alors le tour du monde. Autre ange foudroyé : Gérard Philipe, en 59, fauché par la Faucheuse à 37 ans, suivi, dans les premiers pas de 60, par la mort brutale d’Albert Camus. Deux ans plus tard, en août 62, on ne vous dit pas quel océan de larmes fit verser la mort - dans des circonstances demeurées nébuleuses - de Marilyn Monroe Mais l’an d’après sera celui du séisme : qui, parmi les aînés d’entre nos lecteurs, ne se souvient de ce qu’il faisait, ce soir de novembre 63, lorsque nous parvint l’annonce de l’assassinat du président Kennedy en cette Dallas qui donnerait son nom au plus fameux feuilleton de l’histoire de la télé ? De morts ainsi follement médiatisés, on pourrait dresser une liste kilométrique, n’ayant pour inquiétude que celle d’oublier untel ou une telle. Si la fin de Che Guevara en jeta quelques-uns dans l’affliction, d’autres s’évanouirent en apprenant l’envol pour l’au-delà d’un John Lennon ou d’une Dalida, d’un Jacques Brel ou d’un Gainsbourg, de Jim Morrison ou de Jimi Hendrix, de Claude François ou de Grace de Monaco. A chacun d’enrichir son cortège, d’évaluer son chagrin sur son échelle de Richter. Evidemment deux noms s’imposent : Elvis, terrassé en août 77, mort qui laissa sans voix tous les sujets du King. Et Diana, vingt ans plus tard, en la dernière nuit d’août, dans un fracas d’enfer. Jamais, pour des funérailles, les médias ne firent tant, ni mieux. Pas faux d’écrire qu’un torrent de pleurs coula silencieusement lorsque Elton John, l’âme en larmes, entonna "Candle in the Wind" pour la Princesse des cœurs. Ce matin-là, toutes les fleurs du monde firent à Di cadeau de leurs couleurs. Milliardaire et pauvre type à la fois, Michael Jackson, s’en va, lui aussi, sur un fleuve de larmes. Si nous n’y ajouterons les nôtres, comment n’être pas tout de même ému par le sinueux destin de celui qui, pour sa représentation d’adieu, aurait probablement rêvé qu’y assistassent les fans et les enfants d’abord ?
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