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Francofolies de Spa
Bénabar de tout c(h)œur
Sophie Lebrun
Mis en ligne le 21/07/2009
“Ils traversent la vie comme on prend le train/Rassurés par la foule, ils aiment sans aimer”. Stéphanie Blanchoud, la voix fine et le chant juste, portée notamment par un violon et un violoncelle, déballe sans chichi ses textes doux-amers : décorticage des sentiments, aversion pour les faux-semblants. Le public est clairsemé mais plutôt attentif, sur la Grand-Place de Spa, lundi à 19h30. L’artiste belge surprend, en se lançant dans un intermède détonant et ironique (réponse à un monsieur qui trouvait son univers “pas très joyeux”) : une incursion dans les tubes des Jackson Five. Précision utile : “Je fais ce clin d’œil, dans mes concerts, depuis plusieurs mois...”.
Les rangs se resserrent, quand arrive Salvatore Adamo, une heure plus tard. Artiste “à la pointe de la modernité et d’une actualité indiscutable” ? Charles Gardier, organisateur des Francos, y va un peu fort. De là à dire qu’il est dépassé ou ringard, il y a un pas. D’autant que notre Adamo national est en forme, et bien entouré : huit musiciens dynamiques aux allures de cabaret volontiers festif. Observez le public, cette frange qui est ici pour Bénabar et feint d’écouter de haut, juste par curiosité, son prédécesseur. Au fil du concert, les échanges de rictus gênés font place aux sourires et chantonnements, puis à la franche participation au spectacle – on a tous en nous une mélodie d’Adamo. Quand il entonne “Les filles du bord de mer”, la place n’est plus qu’une seule voix et qu’une seule vague de bras. Rien de fabuleusement novateur, certes (on ne demande pas à Adamo de la jouer électro ou hard rock, après tout). Mais des mélodies et une générosité immuables. Un nouveau titre tout de même (“La boîte à souvenirs”). Et deux duos seulement – il vient d’en sortir un album entier – mais bien enlevés : “Georges” avec sa violoniste, “En blue jeans…” avec Adrienne Pauly. Contre toute attente, Bénabar ne l’accompagnera pas sur “Vous permettez, monsieur”.
Bénabar, parlons-en. Bruno Nicolini de son vrai nom, puisant partout dans son répertoire, de “La p’tite monnaie” à “Infréquentable”, confirme sa réputation d’excellent artiste et animateur. Avec sa fabuleuse troupe de neuf musiciens-choristes (… et danseurs) et son décor à trois niveaux, il déploie une sorte de cabaret folk survolté qui peut virer à la fanfare, à la chanson façon Nino Ferrer, aux années folles, à la musique mariachi… Quand, très tôt, une pluie vient chatouiller le public, on songe au concert d’un autre Bruno (Caliciuri, alias Cali) au même endroit l’an passé, qui s’était mué en véritable tornade, dans tous les sens du terme. Mais le calme revient vite. Météorologiquement parlant du moins. Bénabar est un infatigable vibrion monté sur souliers bleu électrique, comédien jouant le rôle de l’artiste égocentrique (“arrêtez d’applaudir les musiciens, vous allez leur donner la grosse tête”), “francocentrique” (“les 3/4 d’heure de retard, c’est parce qu’on teste du nouveau matériel, on ne pouvait pas prendre le risque à Paris…”) et bavard (dix fois, il interrompt la chanson calme “Malgré tout”, au risque de susciter l’agacement). Agacement qu’il décrit si bien dans ses textes – entre autres sentiments et scènes du quotidien. Celui d’un parent face à son enfant qui ne veut pas dormir, en particulier. La “Berceuse”, enveloppée de chœurs a capela, sera le moment-clé d’un concert marquant.
Da Hush à la sortie de scène aux francofolies
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