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opéra

Quand Bartoli nous la coupe

Nicolas Blanmont

Mis en ligne le 24/09/2009

Avec "Sacrificium", la diva rend hommage aux castrats : musique céleste mais drame humain. Un disque audacieux et passionnant.

Comme Amélie Nothomb, un an sur deux ? C’est au mois de septembre, mais seulement les années impaires, que Cecilia Bartoli publie ses disques. Il y eut Vivaldi en 1999, Gluck en 2001, Salieri en 2003, Opera proibita en 2005 et Maria (Malibran) en 2007. A chaque fois, une volonté de sortir des sentiers battus et de faire découvrir du répertoire oublié. A chaque fois aussi, un thème bien ciblé, reposant sur des recherches musicologiques solides, le tout donnant un disque luxueusement présenté où le ramage n’a rien à envier au plumage.

C’est encore le cas avec "Sacrificium", hommage de la diva aux castrats : "J’avais déjà abordé le monde des castrats dans mon disque "Opera proibita", qui évoquait cette époque où l’église interdisait aux femmes de chanter dans les églises, mais il s’agissait essentiellement de musique sacrée, et majoritairement romaine. Cette fois, je me suis intéressée à l’école napolitaine, et au répertoire d’opéra, et donc à la figure de Nicola Porpora, compositeur mais aussi professeur, éducateur devrais-je dire, de jeunes garçons devenus célèbres comme Caffarelli, Farinelli, Salimbeni ou Appiani."

Pourquoi Naples a-t-il été un vivier si important pour les castrats ?

Parce que la région du sud, déjà à cette époque, était pauvre ! Il y avait des familles de douze, quinze enfants, et l’idée d’en sacrifier un pour qu’il puisse éventuellement faire carrière - les castrats étaient les pop stars de l’époque et gagnaient énormément - semblait presque normale. Mais ces garçons, castrés à sept ou huit ans, n’avaient pas la possibilité de choisir ce qui leur arrivait : on les sortait de leur famille pour étudier la musique, la littérature, la philosophie, et on espérait qu’ils réussissent. Mais on se souciait peu de leur souffrance, physique d’abord, psychologique ensuite. Les castrats n’étaient autorisés ni à se marier ni à devenir prêtre : ils n’avaient d’autre choix que de réussir leur carrière musicale, sauf à se retrouver rejetés de la société, ce qui fut le cas de beaucoup.

Quelle a été la principale difficulté de ces airs ? Les aigus, le souffle, le passage ?

Il y a d’abord le défi physiologique : c’est de la musique écrite pour des homme ! Des hommes avec des voix de femmes certes, mais des hommes avec une capacité pulmonaire d’homme, qui n’est pas la mienne. L’autre défi, c’est celui de l’émotion : on aurait tort de limiter l’art des castrats à la virtuosité. Bien sûr, dans des airs comme celui d’"Araia", le troisième du disque, il faut une discipline presque athlétique pour contrôler toutes ces notes. Mais là n’est pas le plus dur : la vraie difficulté, c’est l’expressivité, le charisme. Sur le disque, il y a notamment deux airs composés par le compositeur berlinois Carl Heinrich Graun pour le castrat Salimbeni, des airs très lents, tristes, pathétiques même, qu’un castrat, avec sa détresse personnelle, était sans doute le mieux à même d’interpréter.

Y a-t-il des airs que vous avez essayés et que vous avez dû renoncer à enregistrer parce qu'ils étaient trop difficiles ?

Oui. Mais le problème était alors celui du registre. Certains castrats, comme Senesino, avaient une vocalité de contralto. Pensez, chez Haendel, à des rôles comme Jules César, ou Rinaldo : des chanteuses comme Marylin Horne ou Ewa Podles peuvent les chanter, mais ils ne sont pas pour moi. Ma voix est plus proche de celle de castrats comme Caffarelli ou Farinelli, dont le registre était plus un registre de soprano/mezzo-soprano.

Dix ans après votre disque Vivaldi, vous retrouvez pour ce disque Il Giardino Armonico et Giovanni Antonini...

Pour ce disque de musique italienne, avec une voix italienne - même si c’est une femme et pas un castrat -, je trouvais bien d’avoir un orchestre italien, surtout un orchestre qui a l’énergie et la passion du Giardino Armonico. Et le fait qu’ils enregistrent désormais pour Oiseau-lyre, filiale du mien Decca, a forcément facilité ces retrouvailles.

Savoir Plus

CD Decca 478 1521 ; www.ceciliabartolionline.com. Concerts à Bruxelles les 15 et 17 novembre,

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