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Roberto Alagna est de retour
N.B.
Mis en ligne le 02/01/2010
Ces derniers mois, on a plus évoqué le nom de Roberto Alagna dans les chroniques people que pour ses prestations musicales : c’est que, après avoir formé avec Angela Gheorghiu un des couples d’artistes les plus en vue, il s’est séparé de la bouillante (et parfois envahissante) soprano roumaine. Deutsche Grammophon, qui est désormais sa firme de disques, publie en cette fin d’année trois enregistrements qui, bien qu’antérieurs à la médiatique rupture, attestent de la bonne tenue vocale du ténor français. Et qui, tous trois, sortent des sentiers battus du grand répertoire.
Le premier disque est un coffret de deux CD qui, tel une étoile que nous voyons alors qu’elle est déjà éteinte, nous arrive avec Alagna et Gheorghiu réunis en une même affiche, chose qui arrivait souvent au temps de leur splendeur conjugale et qui paraît au contraire exclu aujourd’hui. C’est l’enregistrement, réalisé lors de représentations données à la Deutsche Oper de Berlin en 2008, de "L’Amico Fritz", opéra un peu oublié de Pietro Mascagni. Créée à Rome en 1891, l’œuvre - qui devait renouveler le succès obtenu par le compositeur pour son premier opus, "Cavalleria Rusticana" - souffrit notamment du regard critique du vieux Verdi, et on ne la joue plus gère aujourd’hui. C’est aussi qu’on est loin du vérisme dans cette comédie lyrique plus légère et plus romantique : mais, si le livret a ses faiblesses, la musique est superbe, et ce qu’en font les ex-tourtereaux, très bien soutenus par le reste du plateau (Laura Polverelli, George Petean) et par le chef Alberto Veronesi, frise plus d’une fois le sublime.
Il y a sans doute moins de grâce dans "Le jongleur de Notre-Dame", créé onze ans plus tard à l’Opéra de Monte-Carlo, mais l’œuvre est empreinte de profondeur. Massenet voulait faire son chef d’œuvre de cet opéra qui a pour caractéristique assez inhabituelle de ne comporter aucun rôle féminin, et même aucune chanteuse. L’œuvre puis son inspiration dans l’esthétique médiéviste alors en pleine résurgence, tant par son livret que par certaines formules musicales, et ce choix explique sans doute aussi sa quasi-absence des scènes d’aujourd’hui. C’est en concert que l’ouvrage fut donné à Montpellier en 2007, et l’écho qui nous en parvient aujourd’hui témoigne une fois encore de l’incomparable diction française d’Alagna. Il incarne ici avec un juste mélange de réserve dramatique et de splendeur vocale le rôle de Jean le Jongleur, avec à ses côtés l’excellent Stefano Antonucci (Frère Boniface) et la direction musicale raffinée d’Enrique Diemecke.
Enfin, dans un genre beaucoup plus léger, on signalera la publication en un double DVD d’un concert/show donné l’été dernier aux Arènes de Nîmes par Alagna. Au menu de ce grand show populaire, les mélodies siciliennes chères à son cœur, qu’il avait déjà gravées en CD. Dans cette production réalisée par un des frères du ténor - David -, on est résolument dans la variété, et les moyens sont bien ceux-là, tant pour le spectacle lui-même (arrangements d’Yvan Cassar, danseurs tentant de distraire le public de la raideur scénique d’Alagna) que pour la réalisation du DVD, confiée à Gérard Pullicino. Et si les deux coffrets Mascagni et Massenet montraient un Alagna audacieux dans le répertoire à la façon d’un Domingo, ce double DVD est plutôt à ranger aux côtés des divers produits de cross-over réalisés, pour des raisons pas toujours uniquement artistiques, par Luciano Pavarotti, mais aussi parfois par le même Domingo. Les ténors aiment charmer à tout prix.
Savoir Plus
Amico Fritz : 2 CD DG 477 8358, 1 h 30 min 32 sec; Jongleur : 2 CD DG 480187, 1 h 37 min; Sicilien : 2 DVD DG 480327, 3 h. Distribution Universal.
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