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Concert

L’homme qui a vu l’ours

Nicolas Capart

Mis en ligne le 19/01/2010

Après Louvain, Panda Bear bouclait dimanche son week-end belge à Courtrai.

L’année 2009 fut marquée par la musique d’Animal Collective. La bande de Brooklyn aura squatté les cimes de tous les tops avec son - pourtant huitième album studio - "Merriweather Post Pavilion". Un éveil tardif à la conscience populaire venait ainsi confirmer l’engouement des sphères alternatives. Mais derrière la réussite du groupe se cache le savoir-faire de ses membres, ayant chacun cette faculté à provoquer les sens, passant sans transition de l’émoi à l’euphorie. Et Noah Lennox alias Panda Bear est peut-être le plus talentueux d’entre eux.

Il y a deux ans, "Person Pitch", sa troisième plaque en solitaire, mettait tous les critiques d’accord et plaçait la barre très haut, perché entre folk spatial, psychédélisme et mélodies solaires. Cette fois-là, l’animal avait dépassé le collectif, le temps d’un morceau épique de douze minutes et trente secondes où l’esprit s’abandonne, l’hypnotique "Bros". Pour bien entamer la décennie, Noah a remis son costume de Panda. Il revenait ce week-end sous nos latitudes - au Stuk samedi, au Kreun le lendemain - sans date de sortie arrêtée mais avec la promesse d’un nouvel album

Courtrai, 19h42. Les portes sont encore fermées. Déjà, quelques âmes emmitouflées et ponctuelles s’échangent devant la salle éclats de rire et pronostics. Difficile de savoir à quoi s’attendre ce soir, tant notre hôte a cette tendance quasi systématique à brouiller les pistes, anticipant ses prochains travaux avant même de les poser sur disque, expérimentant en temps réel Si la ménagerie n’est pas au complet, deux de ses membres sont de la partie. Outre Panda Bear, nous allions retrouver Josh Dibb (alias Deacon ou Deakin), vieille connaissance qui tenait la gratte lors des premiers travaux d’Animal Collective.

De Kreun, 20h47. Circonspection. L’auditeur est comme noyé sous le son de Dibb, sortes de mélopées résonnantes tapissées de guitare où l’on peine à entrer. Incapable d’accrocher une rythmique, l’oreille se perd et l’attention décroît. Nombre de fans regrettent l’époque où les doigts de Deakin venaient affoler la musique du collectif. Ses aventures solos semblent moins enivrantes.

Cinquième rang, 21h30. Le ballet sonore du Panda est en cours. Derrière lui sont projetées d’étranges images. Un homme brandit un poisson, un couple se déshabille dans la grande roue, des stroboscopes et des tourbillons de couleurs Les deux premiers "morceaux" amorcent l’ascension. Après vingt bonnes minutes et un emprunt à son groupe, alors qu’une demoiselle masquée s’esclaffe à l’écran, Noah Lennox décolle, et nous avec lui. Un morceau inconnu, future perle sur disque. Ensuite, la tension décline. Le son est dilué dans la reverbe. Sans qu’on s’en aperçoive, l’heure de jeu est atteinte et l’artiste s’enfuit. On a vu l’ours mais on reste sur notre faim.

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