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Jazz | Django à Liberchies
L’âme de Django est là
Dominique Simonet
Mis en ligne le 25/01/2010
C’est une petite route de campagne. D’un côté un cimetière, de l’autre un grand pré. C’est là, le 23 janvier 1910, que Jean Reinhardt naissait dans la roulotte familiale. Peut-être le temps ressemblait-il à celui de samedi soir, une température approchant le point de fusion de l’eau, un peu de neige fondante tombant d’un ciel bas, rien de folichon.
En ce temps-là, la route s’appelait La Brisée. Aujourd’hui en réfection, c’est la chaussée de Nivelles. Un concours pour une œuvre monumentale va être lancé, afin d’alimenter le feu de la mémoire que le village de Liberchies a, une fois de plus, réactivé : samedi, jour anniversaire de celui qui fut surnommé Django, a été inaugurée une salle muséale, avant que le trio de Christophe Astolfi ne donne concert.
Qu’est-ce qui, dans leurs pérégrinations, a conduit les manouches dans cet endroit précis ? Bourgmestre de Pont-à-Celles, ville à laquelle est rattaché Liberchies, Christian Dupont a sa petite idée sur la question : à proximité, il y avait un maréchéchal-ferrand, le café Borsin où boire et jouer, et des joncs pour travailler la vannerie. La suite de l’histoire est racontée succinctement mais joliment dans la nouvelle salle, à gauche de l’église, par divers documents icono, photo et phonographiques donnés par le collectionneur passionné Marc Danval, l’homme qui nous fait régulièrement part de ce qu’entend sa "Troisième oreille" sur la RTBF.
Instructifs, ces documents par ailleurs charmants. Affiches, programmes, étiquettes de disques - dont les superbes 78 tours "Rythme" dans leur pochette papier originale - donnent un tas de précision sur le parcours de Django Reinhardt en Belgique : ce qu’il a joué, où, quand et avec qui, dans des spectacles de variétés avec speaker tel Léo Campion, ou amuseur comme l’acteur français Paul Meurisse. Une époque.
Pas complètement révolue puisque, le soir même, la musique de Django allait revivre dans l’église Saint-Pierre, celle où le mouflet fut baptisé. Soit dit en passant, au petit musée, pas (encore) de trace de l’acte de baptême, mais l’acte de décès, "le 16 mars 1953 à seize heures, rue des Bois" à Samois-sur Seine, confirme que, pour l’état-civil, le musicien était bien Jean, et non Jean-Baptiste Reinhardt comme écrit partout.
Le village s’anime peu à peu. Tiens, qui voilà ? Jean-Baptiste "Toots" Thielemans himself. Attention, l’homme a toujours un harmonica en poche. "Je suis venu en pèlerinage", dit la star belge. Plus de deux cents personnes ont fait de même, venant de Bruxelles, de Flandre, de France. Des gens qui passent aussi, de temps en temps, à l’autre bout du chemin reinhardtien, à Samois, qui tient aussi festival fin juin.
Ce joli monde a pris place dans l’église. Christophe Astolfi et Samy Daussat, guitares, et Mathias Allamane, contrebasse, sont bien connus dans le milieu du jazz manouche, et donc dans la région. Aux applaudissements saluant l’entrée de Toots succèdent ceux pour le combo français qui incarne, à lui seul, toute la magie du trio à cordes. C’est l’enchantement instantané. Sur des mélodies signées Django, en parfaite complicité, Astolfi et Daussat s’échangent les rôles, tour à tour soliste et accompagnateur.
Avec leur personnalité : Daussat est implacablement précis, sur la note, Astolfi est plus swing bluesé. Pour la guitare, la rythmique n’est pas un rôle secondaire; par la texture de ses accords, elle fait partie du dialogue et phase avec la clarté et la précision du contrebassiste Mathias Allamane. Voilà "New York City Blues", allez, c’est parti. L’œuvre de Django autorise bien sûr des lectures différentes, funky-groove pour "Swing de Paris", voire accords rock pour "Rythme Futur", cavalcade haletante.
Toute cette belle harmonie est rompue par l’arrivée de Philip Catherine avec ses gros sabots et ses partoches. A force de vouloir tirer la couverture à lui, il rompt l’équilibre : le triangle tenait debout, pas le carré. Et le pentagone? Bien sûr, quand Toots dessine les "Nuages", ce sont les plus beaux du monde, ses "Feuilles mortes" aussi. Le moment est historique, mais c’est le Trio Astolfi qui s’est montré le plus reinhardtien. Sûr qu’au panthéon des musiciens, là-haut, Django est aux anges : avec ce trio, son héritage est entre de bonnes mains.
Festival Django à Liberchies les 28, 29 et 30 mai prochains. Le 29, jam géante avec cent guitaristes. Avis aux gratteurs de tout poil. www.django-liberchies.be
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