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Concerts

Ghinzu: le plus beau jour de sa vie

Nicolas Capart

Mis en ligne le 08/02/2010

C’est en ces termes que John Stargasm a décrit son samedi à Forest National. Une première pour Ghinzu, entre douleur et intensité.

C’était l’un des évènements de ce début d’année. Annoncée de longue date, la venue de Stargasm et de ses acolytes à Forest National alimentait la chronique depuis des semaines. Devenus chefs de file d’une vague rock belge 2.0 qu’on attendait depuis la béatification de Deus, les Bruxellois étaient donc les premiers de leur génération à goûter - méritoirement - à ce privilège. Ce samedi 6 février, Ghinzu inscrirait son nom sous celui de Machiavel au panthéon des artistes belges francophones à avoir foulé les planches de l’arène forestoise. Mais les échos doux-amers rapportés des premiers live - aussi sold o ut étaient-ils - et les quelques travers de leur dernier opus invitaient au doute méthodique.

De beaux souliers pointus frappent le sol en cadence Après un préambule éprouvé mais sans trop de relief offert par The Vismets, petits frères de guitares de Ghinzu, la salle est plongée dans le noir. Le plateau est investi par une horde de stormtroopers, soldats de l’Empire Galactique empruntés à l’imaginaire de George Lucas. Leurs carcasses stoïques et robotiques fixent la salle un temps, puis, après un faux-départ, résonne le thème de Star Wars. On plonge du côté obscur de la force. Un Ghinzu mégalo, comme on l’aime. Le seul que l’on connaisse.

Stargasm assure l’introduction au micro et les pieds sous le piano. De l’orgue, doux et grandiloquent, de "Mother Allegra", on passe sans transition dans le vif du sujet. Dans la partie musclée du troisième chapitre de la discographie du groupe. Et ça commence pied au plancher. "Mirror Mirror", "Dream Maker", et le jouissif "Cold Love" (cf. le clip) explosent rétines et enceintes. Violemment, bruyamment, éclatant, fracassant. Mais la voix est comme étouffée. Et tout ça manque de subtilité. Fine lame autoproclamée du rock fabriqué en Belgique, le groupe bruxellois perd dans trop d’énergie son petit supplément d’âme. Les basses écrasent l’organe de son leader comme noyé dans le filtre. A force de trop aiguiser, Ghinzu aurait-il fini par perdre son tranchant ? Notre positionnement n’était sans doute pas stratégique. Nous bougerons par la suite. Toujours est-il

Sur le très bon "Take it Easy", les problèmes de voix perdurent. Si le Mirror est cassé, ce sera sept ans de malheur. Mais Ghinzu se joue du mauvais œil et dégaine un "Dragon" tonitruant échappé d’Electronic Jacuzzi, première plaque sortie en 2000 qui reste hautement recommandable. La tendance s’inverse. Les morceaux s’enchaînent jusqu’à "Do you Read me ?", hymne MTV qui finit de galvaniser les troupes. Sur "The End of the World" la bande s’aventure sur le terrain des Strokes et s’y sent plutôt bien. Ils décochent avec goût et dextérité (un peu de facilité aussi) la carte de la reprise. Un "Twist and Shout" hérité d’Oncle Sam d’abord - interprété par les Isley Brothers jadis et d’autres garçons dans le vent - qui fait se remuer dans les tranchées. Plus tard, un "Purple Rain", glamour et classe, emprunté au grand Prince.

Stargasm, perché dans la lumière, scrute la foule dans l’obscurité et savoure le moment La ola dans le stade, mais au sens figuré. Après l’intensité, la prestation du groupe atteint enfin l’altitude espérée. Un court rappel, les premières notes de "Mine" déroulent et font plaisir. Quelques refrains rageurs plus tard, se calme le tumulte. Et John d’entamer "Sweet Love" au piano. "Pour ma femme" précisera-t-il. Avant de gagner les coulisses, l’homme aux lunettes noires annonce "Blow". LE chef-d’œuvre de Ghinzu dans ses plus beaux atours, qui n’aura pas failli à sa réputation. Nous aurons même droit à un ultime retour, en robes et en dentelles, pour le très rock’n’roll "J’attendrai". On a tremblé, a-t-on vibré ? Les guitares ont cogné pour occuper l’espace. Mais la bande avait-elle le cœur assez gros pour remplir tout Forest ? C’était moins une Si le défi a certes été relevé, on nous avait vendu plus gros poisson. Et comme les derniers tours ont été les meilleurs, on restera sur notre fin.

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