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Classiquel Opéra
Trois femmes d’exception
Nicolas Blanmont
Mis en ligne le 10/03/2010
Evidemment, dans tout opéra, ou presque, il y a au moins un personnage féminin central, parfois élément moteur, parfois simple objet plus ou moins consentant d’amour et de rivalités. Mais il y a aussi quelques opéras où la femme tient nettement le premier rôle, et donne d’ailleurs souvent son nom à l’œuvre.
Ainsi de Missia Palmieri, plus connue comme la Veuve Joyeuse, riche et belle héritière suscitant les convoitises et notamment celle du gouvernement de son Etat de Marsovie : c’est en tout cas son nom dans la version française de l’opérette de Franz Lehar puisque, dans l’original en langue allemande, c’est Hanna Glawari qui tient entre ses mains le sort de la Principauté du Pontevedro. Le DVD qui arrive (avec un certain retard, le spectacle datant de fin 2006) de l’Opéra de Lyon propose, logiquement, l’œuvre dans sa version française. Esprit français, esprit parisien - c’est là que se passe l’œuvre, toutes versions confondues ! - mais jamais esprit franchouillard, tant Macha Makeïeff (des Deschiens) qui signe la mise en scène sait manier ce qu’il faut de second degré pour préserver une légèreté et une élégance qui ne sont pas seulement de façade. La direction musicale de Gérard Korsten est au diapason, comme la distribution musicale dominée par la brillante Missia de Véronique Gens.
Brillante aussi, Thaïs, la courtisane que tente de convertir le moine Athanaël. Brillante dans l’absolu, mais aussi dans l’incarnation de Renée Fleming qui en a fait un de ses rôles de prédilection, et qui est enregistrée ici (après une version en CD) lors d’une production donnée au Metropolitan de New York en décembre 2008. C’est un de ces directs du Met qu’on peut voir dans les salles de cinéma, avec son sens du live, les coups d’œil en coulisse et un présentateur de luxe qui va interviewer ses collègues : Placido Domingo ! Evidemment, la mise en scène très décorative de John Cox peut sembler un peu kitsch à nos yeux d’Européens, nonobstant la modernité (relative) des costumes de Christian Lacroix, mais la prestation de Fleming, comme celles des hommes qui l’entourent - Thomas Hampson, comme dans l’enregistrement CD, est Athanaël, et Michael Schade est Nicias - vaut le détour. Belle direction musicale aussi de José Lopez-Cobos.
Dans un genre moins flamboyant mais plus intense, l’Opéra-comique, relancé depuis trois saisons sous la houlette de Jérôme Deschamps (l’autre père des Deschiens !), publie le premier d’une série de DVD de ses productions : c’est la "Didon et Enée" de Purcell donnée l’an dernier en diverses villes d’Europe sous la direction soignée de William Christie (les Arts Florissants sont dans la fosse) et dans une mise en scène de Deborah Warner. Du vrai travail théâtral, avec un prologue non musical sans doute dispensable mais avec une foule d’idées (comme la place laissée aux enfants) et surtout avec une direction d’acteurs passionnante, magnifiquement servie par les deux interprètes principaux, Malena Ernman et Christopher Maltmann, remarquablement filmés qui plus est par François Roussillon.
Savoir Plus
DVD Virgin 6961369, 2 h 9 min, EMI; DVD Decca 074 3355, 2 h 18 min., Universal; DVD FraMusica Opéra Comique EDV1610, 1 h 29 (et livret soigné !), Harmonia Mundi.
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