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Festival | Dinant Jazz Nights
A Dinant, où le jazz est chez lui
Dominique Simonet
Mis en ligne le 20/07/2010
Il est des connivences entre le jazz, musique pourtant très urbaine, et les espaces verts. Le parc dédié à Saint-Norbert - fondateur des Prémontrés - de l’Abbaye de Leffe, où ont lieu les Dinant Jazz Nights, est un jardin d’Eden où groseillers et cerisiers sont encore chargés de fruits. Des fruits, le pianiste Eric Legnini en récolte aussi. Venu en voisin et en famille, le Hutois a pour élève Igor Gehenot, qui ne s’en tire pas mal du tout, genre prometteur. En trio, il a le bon feeling, et quand le trompettiste Greg Houben vient lui prêter main forte, c’est tout bon.
Cette soirée de dimanche est celle des hommages. A Michel Petrucciani par Franck Avitabile, à Billie Holiday par Denise Bridgewater. L’exercice ne va pas de soi. Frank Avitabile a beau avoir été l’un des rares élèves de Petrucciani, ce n'est pas pour cela qu’il intègre sa personnalité. La musique de celui qui fut, avec Martial Solal, l’une des incarnations du piano jazz en France, est de clarté et de joie, viscérale et souvent teintée d’un humour déjà sensible dès le titre de l’œuvre. Celle d’Avitabile est plus introvertie, cérébrale. Le concert met donc un certain temps avant de prendre son rythme de croisière.
A propos de rythme, le grand Aldo Romano est à la batterie. Ayant la réputation d’avoir découvert Michel Petrucciani, il est surtout, avec ses rythmes imbriqués, l’un des meilleurs batteurs français. La tête de trois-quarts, sourire grimaçant, l’homme est un modèle de concentration et, sous des dehors un peu secs, distille un swing entraînant. Son terrain de prédilection est la finesse, mais lorsqu’il cogne, ça fait mal. Quand, assumant le parrainage du festival, Manu Katché se pose derrière les fûts, c’est plus rock, ou groove, mais en tout cas pas jazz. Pianiste classique et classieux, Franck Avitabile offre un joli "Childhood Memory" de sa plume, et termine sur "Il Camino" d’Aldo Romano, chemin sur lequel Claude Nougaro a égrené ses "Rimes". "J’aime la vie quand elle rime à quelque chose, j'aime les épines quand elles riment avec la rose..."
Les Dinant Jazz Nigths sont vraiment un festival à part. Dans les jardins, l’on croise parfois l’un ou l’autre hôte de ces lieux, un moine en habit blanc. Grand amateur de jazz, le père Augustin opte, lui, pour des tenues plus originales: chapeau de paille, lunettes solaires à monture blanche, il ne perd pas une note.
Et Dee Dee Bridgewater? Après le disque, elle met en scène son hommage à Billie Holiday mais, curieusement, ne semble pas habitée par le personnage. A plusieurs reprises, la chanteuse insiste sur des textes, très en avance sur leur temps, écrits par Billie, ce qui a pour mérite de propager la belle parole. Mais, aguicheuse, cabotine, chanteuse à la voix très instrumentale experte en scat, Dee Dee passe le plus souvent à côté de son hommage. Magnifiquement soutenue par le saxophoniste Craig Handy, elle passe en revue de nombreuses chansons, superbes, à l’exception de la plus grande, de la plus poignante, "Strange Fruit". Etrange, n’est-il pas?
Dinant Jazz Nights, avec Jan Garbarek, Maxime Blésin et un hommage à Claude Nougaro avec André "Dédé" Ceccarelli (20 juillet) et Matt Bianco (21 juillet).
www.dinantjazznights.org
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