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Guy Cassiers ouvre la Scala

ENTRETIEN NICOLAS BLANMONT

Mis en ligne le 01/12/2010

Avec “La Walkyrie”, le metteur en scène flamand poursui sa Tétralogie.

C’est l’événement artistico-mondain qui fait courir le tout Milan, et une bonne partie de l’Italie. Le 7 décembre, jour de la Saint-Ambroise, marque l’ouverture officielle de la saison de la Scala : pour cette soirée, le prix des places culmine à 2 440 €… Cette année, c’est un Belge qui sera en tête d’affiche : toujours avec Daniel Barenboïm dans la fosse, Guy Cassiers présente “La Walkyrie”, deuxième épisode de sa mise en scène de “L’anneau du Nibelung”.

Comment voyez-vous votre rôle de metteur en scène ?

Je veux essayer d’éclairer la musique de Wagner. Je me vois comme un pont entre la musique et le spectateur. Il faut bien sûr trouver en quoi il est nécessaire de raconter cette histoire aujourd’hui, mais je dois offrir des éléments au spectateur pour repenser les idées de Wagner, en revoyant le passé mais aussi en recomposant le futur. A chaque moment, je dois respecter la musique et l’histoire que veut raconter l’auteur. La différence entre le théâtre et l’opéra c’est que, dans l’opéra, le vrai metteur en scène est le compositeur ! 

Vous lisez la musique vous-même ?

Oui ! Je ne suis pas musicien, mais je lis les partitions. Pendant les répétitions, j’ai trois scripts parallèles : la partition, d’abord; le livret, ensuite, que j’ai à la fois dans la version allemande originale, en anglais et en néerlandais; et enfin mon scénario, avec tous les éléments visuels : lumière, positions… A Milan, il faut préciser aussi que les éléments visuels, y compris et les vidéos, étaient déjà là au premier jour des répétitions avec piano, afin que les chanteurs puissent incorporer cet environnement. Cela a permis de faire un travail créatif très tôt en amont, d’autant que Daniel Barenboïm était déjà souvent présent lors de ces premières répétitions : il ne s’est pas contenté de venir les trois dernières semaines.

La place réservée à la danse était l’élément le plus novateur de votre version de “L’Or du Rhin”. Le principe a-t-il été facile à imposer ?

C’est ce dont tout le monde avait le plus peur ! Et c’est ce qui était le plus contesté, certains trouvant facilement que ce n’était pas “nécessaire”. Ce qui m’intéressait n’était évidemment pas les danseurs en tant que tels, c’était de dédoubler chaque personnage : le vrai, et l’alter ego. Le théâtre n’est pas le film : on peut toujours y mentir, y faire semblant, mais il est important que le spectateur le voie. Le spectateur croit à l’histoire qu’il suit, mais il doit aussi voir la construction de l’illusion : les géants sont des hommes comme vous et moi, mais dont les immenses ombres projetées permettent de croire qu’ils sont des géants. On rentre dans la fable mythique que Wagner nous raconte mais, au même moment, on voit aussi la déconstruction de chaque personnage. Il s’agit donc moins de danse au sens traditionnel du terme que d’une forme pour montrer ces réalités. 

Quels sont pour vous les thèmes importants du Ring aujourd’hui ?

Ils sont multiples, bien sûr. Je pense d’abord au fatalisme, la façon dont le relativisme des idéologies conduit à une transformation du monde politique : on se construit aujourd’hui sur un négativisme et non plus sur une croyance. Il y a aussi l’envahissement des images et des informations, et leur influence sur notre vie, le rôle du langage et de la rhétorique, la virtualisation de la réalité (les dieux se cachent dans leur isolement, et sont incapables d’être responsables de ce qui se passe en dehors). Mais il y a surtout la confusion des idéologies : chaque personne qui s’impose des lois semble encline à les violer et à les nier ensuite : c’est la nature contre la culture.

Milan, Teatro alla Scala, du 7 décembre au 2 janvier; retransmission en direct le 7 à 17h à Anvers (Bourlatheater) et dans les cinémas Utopolis à Malines et Turnhout.

© La Libre Belgique 2010

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