Abonnez-vous a La Libre Belgique

Lang Lang : une poésie très personnelle

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 18/02/2012

Le jeune génie chinois s’impose dans un programme sobre, défendu avec générosité et panache. On abandonne l’idée de “style”…

Lang Lang aurait-il r éellement changé de coach ? Un monde, en effet, sépare son récital de 2010 au Bozar et celui de jeudi soir, donné dans la même salle, bondée jusque sur scène. Costume gris, chemise blanche col ouvert, chaussures noires vernies, l’allure de la star est aussi sobre que son programme, où l’on retrouve Bach, Schubert et Chopin. Finies les tenues tapageuses sponsorisées par les grandes marques, la biographie de Lang Lang présente désormais l’artiste à travers la Lang Lang Fondation, destinée à sensibiliser et former les jeunes à la musique, tout en poursuivant des objectifs caritatifs

Pour un pianiste attendu dans le registre de la virtuosité (du show), commencer par Bach, c’est prendre un risque, mais moins qu’avec Mozart ; c’est aussi une façon subtile d’entrer en contact avec son public. Et la manière de Lang Lang est assez claire : avec des moyens techniques aussi illimités que son imagination artistique, il s’empare de chaque cellule musicale (qui parfois n’en est pas une, c’est tout le problème) pour en faire une histoire selon son cœur.

La Partita BWV est révélatrice : on y observe que si la vitesse lui réussit presque toujours, la plus grande difficulté de Lang Lang (peut-être la seule) réside dans les mouvements lents qu’il peine à animer et à soutenir ; la sarabande est donc plombée et la gigue finale (rapide mais sans excès) est parfaite.

L’ensemble est inscrit dans de jolies sonorités et truffé d’une foule d’intentions ajoutées, improbables, arbitraires, toujours énoncées sur le versant sentimental, où Lang Lang n’a pas l’air de distinguer la fonction d’une ligne de basse et celle d’une ligne de chant, mais qu’il habite avec une ferveur et un enthousiasme irrésistibles

Schubert, convoqué dans sa légendaire sonate D. 960, est à son tour le théâtre de mille péripéties, parfois réussies, parfois bizarres, parfois simplement spectaculaires, mais sans ligne de conduite, et à nouveau, dépourvues de tension là où le tempo de base est plus lent, comme dans le deuxième mouvement, indiqué "Andante sostenuto" ("allant et soutenu") mais donné par Lang Lang sur le mode évanescent, voire "expérimental".

La seconde partie du concert était consacrée aux 12 études de l’opus 25 de Chopin : un choix idéal, donnant au musicien l’occasion de créer, pour chaque étude, un climat caractéristique, et, cette fois, en meilleure entente avec le compositeur. Plasticité, couleurs, fluidité, contrastes, dynamique infinie, tout contribue à susciter l’ivresse générale, sans trace d’effort, dans un sourire Le public applaudit un peu à hue et à dia ce qui vaut mieux que de se racler la gorge, Lang Lang lui-même veille au grain, enchaînant illico dès que les toux s’élèvent (notamment les trois dernières études, hallucinantes de virtuosité et de beauté).

L’ovation fut longue et chaleureuse, audience et artiste unis dans une joie communicative. Un seul bis, très calme ("Romance" de Liszt) rapprocha encore le jeune pianiste des "gens". Cette fois, Lang Lang a conquis le public bruxellois.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page