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Skip the use: ça va déménager
M.-A.G.
Mis en ligne le 22/02/2012
Là où ils se produisent, ils laissent tout le monde sur le tapis. Ce n’est donc pas vraiment une surprise de les voir nominer aux Victoires de la musique 2012 catégorie scène. Ils, ce sont cinq potes originaires de Lille et ses alentours. Nom de scène : Skip the Use. "On voulait s’appeler Nirvana ou Iron Maiden, mais c’était déjà pris", rigolent Mat Bastard (sic) et Yann Stefani. Skip the Use (changer les habitudes) ? Leur nom de scène, ils le doivent tout simplement au fait qu’ils n’avaient pas envie de faire la même chose que les autres. C’est clair qu’en mettant punk, hardcore, afro, hip hop et electro dans la même casserole, il y avait de quoi changer les habitudes !
Leur nomination aux Victoires, les membres de Skip the use la ressente comme une reconnaissance. "On est super content. On en a vraiment chié, on a dû mettre notre vie entre parenthèses. Nous, mais aussi nos femmes, nos copines, nos familles, qui nous ont soutenu dans ces moments où tu es un peu tout seul dans ton trip. Quand ce genre de chose tombe, on se dit qu’on n’a pas fait cela pour rien."
Dans une première vie, Mat Bastard a évolué au sein de Carving, d’obédience punk. "On a toujours vu le punk comme un état d’esprit, une façon de voir, une façon de vivre plutôt qu’une coupe de cheveu, une musique, un style vestimentaire" commente l’intéressé. C’est sans doute là qu’il a puisé son énergie, brut de décoffrage. Et des références, peut-être aussi, en clin d’œil. En utilisant, pour la chanson "My president is a layer", les initiales PIL "My president is a layer, c’est un fait, tout le monde le sait" observe Mat. "Qu’est-ce qu’on en fait ? Est-ce qu’on s’en fout ? Là, on parle en tant que citoyen. Je n’ai pas cité de nom de président. C’est une chanson intemporelle". Qui évoque aussi l’art de la débrouille. "Important dans la région d’où l’on vient - Roubaix, Lille, Tourcoing. La vraie société, elle est dans le coup de main, dans l’échange, dans le pote là-bas qui va t’aider". Et d’évoquer un passé somme toute assez proche, celui d’avant Internet ! "Quand un groupe n’avait pas la structure ou l’équipe nécessaires à son développement, il avait peu de chances d’émerger. Maintenant, avec Internet, c’est mortel. MySpace, c’est le premier truc qui a permis à un groupe de Roubaix de trouver un public à New York" se réjouit Mat. Le premier album du groupe, autoproduit, sortait en 2009. Trois ans plus tard, place à "Can be late", distribué par une multinationale.
En tant qu’artistes, les membres du groupe veulent susciter la prise de position plutôt que de donner des directives. "Quand on fait une chanson sur l’écologie comme dans "The Face", on se dit ‘Voilà c’est comme ça, qu’est-ce que t’en penses ?, quel est ton point de vue là-dessus ?’ Ce qui nous intéresse c’est que les gens en parlent et ont un avis sur la question".
De leur passage sur scène, Skip the use a déjà récolté pas mal de lauriers : rock révélation au Printemps de Bourges, prix du public au Festival Chorus des Hauts de Seine, coup de cœur de l’Adami (société de gestion des droits intellectuels) et sélection du Fair (soutien et aide au démarrage de carrière d’artistes). "Grâce à cette dernière, on a reçu une bourse, bénéficié d’une mise en avant, avec programmation de concerts et soutien d’une équipe. La présidente du Fair, c’est quelqu’un de vraiment sympa, un peu maman comme ça. Le Fair, c’est une équipe qui bosse depuis 15 piges et qui fait cela d’une manière tout à fait sincère et authentique. C’était cool d’être sélectionné là-dedans."
Ils se sont retrouvés à Taratata sans parler du Montreux Jazz Festival. "On y a démonté le bar. On a foutu le bordel. Tout le monde est de plus en plus pincé. Souvent, on a l’impression que les gens sont complètement coincés. On était au bar de l’espace VIP. C’est encore plus jouissif d’aller foutre le bordel chez les VIP qui se sentent normalement protégés dans leur enceinte. Au final, tout le monde a fini dans la salle à danser comme des ouf. Mais attention, c’est hyper bon enfant, c’est hyper positif. On n’est pas des trashers. Quand t’arrives dans un truc un peu pincé et qu’au final tout le monde se lâche, c’est génial. Ils ont kiffé les mecs de Montreux et nous aussi."
Plus besoin de spécifier que de l’énergie à revendre, Skip the use en engrange. Certains groupes, dont les Lillois assuraient la première partie, ne sont pas prêts d’oublier l’état dans lequel ils ont laissé le public. "Ouais, on chauffait bien la salle, on la chauffait trop parfois aussi. C’était le challenge. Après le public est mort et les autres arrivent. Ils sont dégoûtés et on se fait engueuler. Fallait pas nous inviter" raconte Mat, dans un éclat de rire.
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