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Musique
B.O. des années 80 à la sauce Collin
Sophie Lebrun
Mis en ligne le 03/10/2008
entretien
Il y a de ces morceaux qui vous collent aux baskets, inévitables, universels, qui vous pourchassent, que ce soit à une soirée de mariage ou dans un taxi de l'autre côté de la planète. Tubes des années 80 qui vous décrochent, c'est selon, un sourire nostalgique ou un rictus agacé. Plus inéluctables encore quand ils constituent les B.O. de films cultes, tels "Flashdance", "Rocky III", "American Gigolo".
Redécouvrir ces pièces vêtues d'autres atours, musicaux et vocaux (mais pas mélodiques), constitue donc une expérience rafraichissante. "What a feeling" chanté par Yael Naim, en mode lent et dépouillé - à peine plus que quelques notes de piano et un chœur céleste au final - s'avère troublant. "Eye of the tiger", sans batterie ni électricité mais paré de guitare acoustique et percu légère, caressé par la voix sensuelle de la Danoise Katrine Ottosen, est aussi déroutant. Même topo quand "Call me" troque son diabolique habit blondien pour s'envelopper d'un reggae suave susurré par Skye, ex-Morcheeba. Citons encore, parmi d'autres morceaux transformés et nappes de synthé passés à la moulinette, les tubes de Duran Duran ("A View to a kill", BO du James Bond éponyme), Simple Minds ("Don't you" entendu dans "The Breakfast club"), David Sylvian ("Forbidden colours")...
Nom de code de ce 13-pistes où défilent neuf chanteuses ? "Hollywood, mon amour". Concepteur ? Le compositeur, musicien et producteur Marc Collin, connu pour son projet "Nouvelle Vague" qui revisite déjà les années 80.
"Les musiques de film font partie de mes influences majeures, explique-t-il. J'avais pensé, pour le nouvel album de Nouvelle Vague, réarranger les tubes post-punk des années 80 façon musiques de films Hollywood; mais ça allait un peu trop loin. Et, là, j'ai pensé à reprendre les chansons des films des années 80. Finalement, peu de gens s'attaquent à "Flashdance" ou "Take my breath away", alors que ce sont des standards immenses". Sans doute, analyse Marc Collin, parce que nombre de ces titres "ne sont pas considérés comme de belles chansons, mais comme des trucs ringards - ce n'est pas le cas de "Forbidden Colours" ou "Purple Rain" bien sûr. C'est d'autant plus intéressant de s'attaquer à ce répertoire et d'imaginer d'autres scénarios".
Le musicien prolifique y a donc puisé une volée de chansons "symboliques des années 80". Et y a ajouté des coups de cœur très personnels. "J'en voulais absolument une d'Ennio Morriconne, j'ai donc cherché ce qu'il avait fait dans les années 80". C'est ainsi qu'apparait (sur l'édition limitée du CD) "It's wrong for me to love you" . Il y a aussi l'indétrônable "Reality" tiré de "La Boum", en clin d'œil aux slows de son adolescence. "Les paroles sont ringardes, mais cela reste une belle chanson, la grille d'accord est très bonne". "C'est aussi l'objet de ce projet : que quelqu'un qui ne connait pas l'original se dise que c'est une belle chanson".
"Scénarios" nouveaux
Marc Collin a imaginé, pour chaque titre, son propre "scénario". En écoutant "Footloose", "j'ai pensé : et si cela avait été fait par Sinatra dans les années 40 ?". Et "This is not America", "qu'auraient fait Pat Metheny et David Bowie s'ils l'avaient enregistré dix ans plus tôt ?" Dans "Flashdance", il est parti des paroles ("j'ai imaginé que la fille venait de rater son examen..."). Et dans "Take my breath away" (sur le CD bonus), de la ligne de basse, "que j'ai transposée en rythme ternaire, façon jazz ". Séduit par la mélodie de "Don't you", il a songé à une... berceuse.
Si la majorité des titres originaux sont chantés par des hommes, Marc Collin n'aligne que des voix féminines sur "Hollywood, mon amour". Le contraste est d'autant plus évident. "Parfois, c'est l'arrangement qui réclamait une voix précise. Pour Footloose, il fallait une voix jazzy, années 30". L'artiste brésilienne Cibelle a fait l'affaire. "En fait, je ne connais pas tant de bons chanteurs que ça. Je connaitrais un Lee Hazelwood, je l'appellerais".
Des hommes, il y en aura sur le troisième album de Nouvelle Vague à paraitre en 2009, annonce-t-il. Son scénario est inédit : Marc Collin a fait appel, cette fois, aux artistes des années 80 eux-mêmes (Martin Gore, Terry Hall et sans doute Ian McCulloch...) pour interpréter, en duo avec des chanteuses Nouvelle Vague, de nouvelles versions de leurs titres.
Bref, les eighties lui collent à la peau. "Pas tant que ça. J'adore aussi les années 50, 60. Mais c'est plus facile avec les années 80, 90, où Quand on écoute un Tom Jones ou un Dusty Springflied, qu'est-ce que vous voulez que je fasse de plus ? il y a eu des excès, surproduction, des morceaux rien qu'avec des boites à rythme et synthés. C'est plus simple de faire quelque chose de bien avec ça". Le cinéma n'est jamais très loin non plus : Marc Collin va produire le nouvel album de l'actrice Julie Delpy.
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