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Entrevue
Comme un arbre dans la ville
Nicolas Capart
Mis en ligne le 20/06/2009
S’il doit son surnom au célèbre roman de son arrière-grand-oncle Herman Melville, Moby a acquis en vingt années de carrière une notoriété qui va bien au-delà de la réputation familiale. Précurseur de la scène techno - on se souvient de l’hymne "Go" en 1991 - ce natif d’Harlem traversera des périodes difficiles où la reconnaissance n’est pas au rendez-vous, coincé entre velléités punk, envies électroniques et une étiquette "ambient" qui lui colle à la peau. Mais en 1999, l’album "Play" est pour lui synonyme de consécration (10 millions d’exemplaires vendus). Il reste à ce jour son meilleur travail.
Une décennie et trois albums plus tard ("18", "Hotel" et "Last Night"), Richard Hall revient sur le même terrain de jeu et propose "Wait for Me". On y retrouve les harmonies instrumentales qui avait séduit à l’époque, quelques invités, l’intensité d’un piano ici, la mélancolie d’un texte là-bas, et une sensibilité qui transpire de chaque composition. Sont aussi de retour les petits personnages croqués par l’artiste, dans ses clips ou sur la pochette de l’album. "Enfant, j’étais fasciné par les astres et la science-fiction Ils sont une sorte d’autoportrait, comme une partie de moi."
Mais au-delà de l’artiste, on découvre un homme avec des idéaux, des valeurs et un régime alimentaire sévère. Capable de s’engager dans un combat politique et de s’amouracher d’un chat perdu dans l’arrière-cour du lieu où il fait sa promo. Conversation surréaliste entre assiettes de fruits rouges et miaulements plaintifs.
"Wait for Me" est assez calme et plus proche de "Play" que vos deux derniers disques. Etait-ce conscient ?
J’avais deux objectifs en tête lors de la conception de ce disque. Je voulais qu’il soit beau et qu’il contienne beaucoup d’espace Assez simplement, je me suis aperçu que les albums des autres que j’apprécie le plus présentaient ces deux caractéristiques. D’abord ce souci esthétique, cet impératif de beauté, et ensuite l’importance des atmosphères. Je songe par exemple à "Closer" de Joy Division ou au deuxième disque d’Echo&the Bunnymen "Heaven up Here"
Pourquoi ce titre ? La société moderne va-t-elle trop vite pour vous ?
Je n’y avais pas songé mais c’est une lecture intéressante. En fait, j’avais dessiné mes bonshommes sur la pochette de l’album et, après coup, j’aimais beaucoup l’allure que ça donnait avec les trois mots "Wait for Me" inscrits juste en dessous. J’avoue ne pas avoir vraiment réfléchi à une signification. Néanmoins, prononcer ces mots, demander "Attendez-moi", induit comme une sorte de vulnérabilité Cette émotion-là est intéressante à mon sens.
"Mistakes", seul morceau où vous chantez, s'avère très personnel... Y-a-t-il des choses que vous regrettez en tant qu'artiste ou en tant qu'homme ?
J’ai commis des tas d’erreurs. J’ai souvent fait de mauvais choix professionnels. J’ai également pris pas mal de mauvaises décisions concernant ma vie affective. Mais on retire du positif de tels faux pas. Avec un peu de chance, on apprend de ses erreurs. Ensuite, on gagne en humilité En tout cas, on devrait. C’est difficile pour moi de critiquer quelqu’un car, quoi que cette personne ait fait, j’ai probablement fait plus stupide à un moment de mon existence. Ce morceau, c’est de l’auto-protection, comme un avertissement Une manière d’accepter mes erreurs, de ne pas les reproduire.
"Isolate", "Division", "Hope is gone", "Mistakes", "Shot in the Back of the Head"... Tout cela est assez pessimiste. Cela reflète-t-il votre état d'esprit actuel ?
Je ne pense pas être une personne particulièrement dépressive. J’aime seulement la musique triste et émotionnelle. Il en va de même pour mes gouts en général. Mes artistes favoris, mes écrivains fétiches, mes réalisateurs de films préférés entretiennent tous un certain gout pour la chose mélancolique, plus sombre La musique joyeuse peut être amusante. Je m’y suis souvent essayé. Je l’apprécie mais je ne l’ai jamais vraiment aimée. Ce qui me touche au plus profond possède généralement cette qualité de tristesse.
On vous a vu aux côtés de John Kerry. Selon vous, l'arrivée d'Obama à la Maison -Blanche va-t-elle vraiment induire le changement ?
Pendant la présidence de Bush, j’ai détesté mon pays. J’avais honte d’être américain. Nous étions l’un des pays les plus à droite et les plus conservateurs au monde. Avec le retour des démocrates au pouvoir, c’est un peu comme si nous étions devenus l’un des plus progressistes. Obama est un excellent président, intelligent, jeune, pragmatique et noir. Il peut communiquer avec tout le monde et donne l’image de quelqu’un de stable, d’adulte. C’était d’ailleurs intéressant de l’observer aux côtés de Sarkozy. En comparaison, ce dernier avait l’air d’un petit fou furieux. Il me semble trop émotionnel pour être président. Je ne le connais pas bien mais je n’ai pas l’impression qu’il réfléchisse beaucoup. Il me fait penser à un adolescent.
Nous avons voté il y a quelques jours. On constate de fortes poussées nationales des Verts et un léger regain de conservatisme à l'échelle européenne. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
En politique, quand les choses tournent mal, on cherche les coupables. En ce moment, nous traversons une crise économique dont les origines sont complexes. Mais les gens n’aiment pas les choses compliquées. Les raccourcis sont plus tentants.
Et les écologistes ?
C’est drôle car, très longtemps, personne ne s’est intéressé aux problématiques environnementales. On laissait ça aux hippies ! Et soudain, tout le monde s’en soucie. Peut-être parce que l’urgence de la situation apparait plus clairement. La fonte des glaces est lointaine mais les bouleversements climatiques, les inondations et les canicules touchent notre quotidien. C’est devenu très concret. Et finalement il était temps. Bien qu’il soit quasiment impossible de réparer les dégâts.
Savoir Plus
Disque : Moby, "Wait for Me, Little Idiot/PiaS
En concert : 20/06 : TW Classic (Werchter/Louvain); 1/07 : La Cigale (Paris) 5/07 : Main Square Festival (Arras).
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