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Alto

Antoine Tamestit nous dit

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 05/02/2010

Le jeune Français est aujourd’hui une des grandes “voix” de l’alto.
Entretien

Depuis quelques années, le nom d’Antoine Tamestit s’est imposé dans les plus grandes salles d’Europe et du monde, dans les festivals de Verbier, Lockenhaus, Lucerne, Jérusalem ou les Folles Journées de Nantes et de Tokyo et, bien sûr, sur les lecteurs de CD. L’altiste français s’y produit avec les étoiles de sa génération, les frères Capuçon, Frank Braley, Nicholas Angelich, le quatuor Ebène etc., avec d’illustres ainés, tels Gidon Kremer ou Mischa Maïsky, ou encore en solo, offrant toujours à l’auditeur la plénitude de sa sonorité et l’intensité de son discours. Nous avons rencontré le musicien dans son appartement bruxellois (qu’il quittera bientôt pour retrouver son Paris natal, hélas pour Bruxelles ), à la veille de deux concerts (Turnhout et Bruxelles) donnés avec l’Orchestre national de Belgique, sous la direction d’Andrew Litton.

Toujours intéressant à savoir (même s’il s’agit d’une question bateau): comment notre hôte a-t-il abordé la musique? Et choisi l’alto? "Ma grand-mère était une grande amoureuse du violon, à tel point que deux de ses quatre enfants en ont fait leur métier - mon père, qui est aussi compositeur, et ma tante - et que j’ai été élevé dans un bain de musique. Je me souviens clairement qu’à 4 ans, j’écoutais le "Boléro" de Ravel, la 1ère symphonie de Mahler ("Frère Jacques", même en mineur, ça marque un enfant ) et les "Folksongs" de Berio. A 5 ans, j’ai demandé un violon comme cadeau d’anniversaire: j’ai commencé à jouer avec mon père mais il ne m’a pas "enseigné", simplement, il m’a permis d’avoir un premier contact naturel avec la musique et l’instrument. Ensuite, j’ai été chez un professeur particulier, une dame pratiquant la méthode Suzuki, avec laquelle l’apprentissage de la musique fut toujours joyeux, et très doux."

A 9 ans, fasciné par les sons plus graves, Antoine rêvait de jouer du violoncelle, ce qui aurait impliqué de grands changements techniques: "Mais mon professeur m’a orienté vers l’alto (notamment en changeant les cordes de mon petit violon) et je suis tombé amoureux du son. J’ai tout de suite ressenti une vibration nouvelle, qui me traversait tout entier, depuis le cou jusqu’aux doigts de pied "

La suite fut linéaire: conservatoires régionaux d’Aubervilliers, puis de Paris, Conservatoire national supérieur de Paris dans la classe de Jean Sulem (membre du quatuor Rosamonde et de l’Intercontemporain), avant les grands départs vers Jesse Levine, à Yale, et Tabea Zimmermann à Berlin. "Si différents qu’ils soient l’un de l’autre, ils restent mes inspirateurs, je pense à eux tous les jours. C’est notamment Tabea Zimmermann qui a attiré mon attention sur l’importance de la "performance" sur scène et la nécessité de communiquer avec le public".

Quelles musiques en particulier? "Je n’ai jamais pu répondre à cette question et c’est ce qui m’a laissé ouvert. Bach, Mozart et Schubert m’accompagnent tous les jours, mais des tas de musiques me touchent, il me semble même qu’il existe un sentiment de base commun à toutes les musiques. Si je joue Bach et Ligeti, ce qui m’intéresse c’est d’en ressentir les points communs, la modernité du premier rencontrant en définitive le classicisme du second. C’est une des raisons pour lesquelles j’aime mélanger les époques et les styles."

Comment Antoine Tamestit définirait-il ce qui l’anime quand il joue? "Je sais, en tout cas, que je pense énormément au public, non pas pour le séduire mais pour l’"atteindre". J’essaie de le faire réagir et je n’ai que le son pour lui parler. Mais ce son, au bout d’un moment, j’ai l’impression qu’il ne dépend plus de mes doigts, mais de ma tête, de mon corps tout entier, de mon être, que je parle au public, totalement, sans les mots. Je ne suis pas "spiritualiste" mais il m’arrive, au concert, de vivre des moments étonnants, où le plus dur est de se contraindre à ne pas s’envoler ".

Ce dimanche, Antoine Tamestit jouera le concerto pour alto de William Walton: "C’est avec ce concerto que j’ai remporté le concours Maurice Vieux, en 2000, mais rien que le bonheur de jouer avec orchestre valait déjà tous les prix! Je garde pour cette pièce une affection toute particulière."

Bruxelles, palais des Beaux-Arts, le dimanche 7 février à 15h. Info : 02.507.82.00 ou www.bozar.be

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