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classique

Ars Musica, pour qui, pour quoi ?

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 08/02/2010

L’édition 2010 du festival a été présentée à l’Atomium.

Entre le directeur sortant, le Français Laurent Langlois, météore passé à l’Orchestre de Lyon au moment même où il démarrait concrètement son premier festival - et le directeur entrant - le Flamand Patrick De Clerck, compositeur et organisateur, ancien directeur du KlaraFestival - une nouvelle formule managériale a vu le jour à Ars Musica : désormais, la programmation est placée sous la tutelle d’un "commissaire" (ce sera Langlois pour 2010), nommé annuellement aux côtés du directeur en place par le conseil d’administration, sur le modèle d’Avignon, pour le théâtre, ou de Kassel, pour les arts plastiques.

Cette nouvelle formule fut annoncée à la conférence de presse annuelle d’Ars Musica, tenue, à l’initiative de Patrick De Clerck, dans une boule de l’Atomium tout illuminée de rose, "rose bébé", en signe d’ouverture, maitre mot, et d’innocence. Mais les propos de Robert Wangermée, président du CA, relayés par ceux de Christian Renard, administrateur-délégué, laissèrent l’impression pénible qu’il n’y avait justement plus aucune place, aujourd’hui, pour le risque, la nouveauté, la découverte; que le nouveau directeur avait été choisi pour ses capacités de communicateur (bien réelles) plus que pour sa vision de programmateur; que les autres candidats à la succession de Langlois avaient suscité la méfiance par l’audace de leurs propositions; que la tendance était au statisme prudent. C’est-à-dire la pire imprudence.

Deux thèmes furent exprimés au cours de ladite conférence de presse : la mise à l’honneur de Iannis Xenakis (1992-2001), héros d’un des clous de l’exposition 1958, le Pavillon Philips, qui marqua d’ailleurs l’essor de Xenakis en tant que compositeur (il était architecte); et la collaboration avec l’Institut catalan Ramon Llull, qui vaudra au public belge la découverte de "Hypermusic Prologue - A Projective Opera in Seven Planes" d’Hèctor Parra, un des quatre opéras présentés cette année au festival (avec "An Index Memories" d’Annelies Van Parys, "Ismène" de Georges Aperghis et "Julie" de Philippe Boesmans). Il fut précisé que la programmation reposait en grande partie dans les mains des coproducteurs (Ars Musica est en effet une fédération) mais sans que l’on distingue de fil conducteur ni même d’objectif commun.

Laurent Langlois fit observer qu’il y aurait moins de "simples" concerts et plus de projets mis en scène ou liés à d’autres disciplines "avec l’espoir d’une hausse de fréquentation". Et de se demander : quel est le but du festival ? Remplir les salles à tout prix ou présenter la diversité de la création d’aujourd’hui avec assez d’enthousiasme pour que les salles soient pleines ? Faire un exercice de com (en rose ou en vert), ou servir un projet culturel fondamental ? Mettre en valeur un maximum de jeunes compositeurs de nos deux communautés - sans rouler la Communauté française, initiatrice du festival et première payeuse - ou pommader la nostalgie des anciens (voire des très anciens) à coup de Xenakis, Boulez, Cage ou Stravinski (sans parler de Wagner) ?

Langlois a raison lorsqu’il évoque la richesse des liens entre la musique contemporaine et les autres disciplines, mais ce n’est pas la panacée, il faut encore des oreilles pour aller débusquer la création musicale là où elle se trouve : autour de la danse, bien sûr, mais aussi dans la chanson, dans le rock, chez les vidéastes, chez les symphonistes anglais, ou chez ces Russes et ces Coréens, évoquée avec suspicion par Robert Wangermée sur Musiq’3. Il y aura du déchet, mais on pourra au moins se faire une idée et on aura de fortes chances de découvrir des musiques de plaisir et de liberté. A cet égard, de bonnes nouvelles quand même : Esa Pekka-Salonen et Jean-Paul Dessy sont cités comme "commissaires" possibles au cours des futures éditions. Et la brochure annuelle (rose) est très réussie.

Ars Musica - Bruxelles, Anvers, Liège, Bruges, Mons, du 4 mars au 2 avril. Info : 02.219.26.60 ou www.arsmusica.be

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