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Rencontre

Dauphin, sandwich et dictature

Nicolas Capart

Mis en ligne le 13/03/2010

Liars est un trio post-punk détonnant tout droit venu de Big Apple. Leur cinquième opus, l’excellent “Sisterworld”, sort cette semaine.
Entretien

Sur la route depuis 2001, ces trois-là viennent peut-être de signer leur meilleur album depuis l’énorme "Drum’s not Dead" asséné il y a quatre ans. On y retrouve l’énergie dévastatrice des Liars, cette fois davantage guidée par la mélodie, alternant puissance et volupté dans un tourbillon d’accidents fortuits. Une expérience aussi salvatrice qu’éprouvante qui valait bien quelques explications. Discussion la bouche pleine, à l’heure du gouter.

Vous avez assuré les premières parties de groupes comme Radiohead ou Interpol lors de vos dernières tournées. Expérience marquante ?

Andrew Angus (chant, guitare): Ça l’a particulièrement été avec Radiohead. Comme si nous n’avions jamais vraiment fait de live avant. Il faut voir comment Yorke et sa bande parviennent à redessiner complètement leur musique sur scène. Chacun des membres du groupe est utilisé au maximum de ses capacités. C’est la chose la plus intéressante que j’ai apprise durant ces tournées. Ne pas avoir peur de maltraiter nos chansons...

New York, Berlin et aujourd’hui Los Angeles pour “Sisterworld”... Vous avez pas mal voyagé ces dernières années. Comment ces différents lieux affectent votre travail?

Julian Gross (batterie) : L’endroit où tu te trouves influence forcément ton humeur et ton apport en studio... Même s’il n’a jamais été question pour nous d’écrire à propos des villes où nous habitions. Enregistrer "Drum’s not Dead" à Berlin n’avait rien à voir avec ce qu’ont pu y faire des artistes tels que David Bowie ou Iggy Pop. Il s’agissait davantage de s’échapper quelque part pour vivre autre chose et tenter de s’isoler dans le travail. Evidemment, le climat sombre et froid allait imprimer la musique, tout comme le fait de ne pas parler la langue. Ces facteurs ont une incidence. Et ce nouvel opus en est sans doute le plus marqué. Aaron et moi sommes de L.A., c’est ce qui ressemble le plus à un foyer pour nous. Tu passes ton temps à essayer de fuir tes origines pour te rendre compte que la seule chose dont tu as envie c’est d’y retourner. Un constat douloureux... (rires)

Comment décririez-vous le rock des Liars ?

Julian Gross : Euh... Un dauphin combattant un sandwich ? (rires) Franchement, c’est la première image qui me vient à l’esprit (...) Ce n’est pas évident en fait. Parfois les questions les plus simples s’avèrent être les plus compliquées.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire ce nouveau chapitre ?

Andrew Angus : Au total, nous aurons mis plus ou moins un an entre la première impulsion et le pressage définitif de l’album. Je pense qu’il s’agit du plus long de notre carrière. Nous étions tous les trois dans la même ville pour une fois, il y eut donc pas mal d’allers-retours des premières démos, plus d’interaction et d’entraides, ce qui a été bénéfique. Nous avons pris le temps de bosser davantage les mélodies. Tellement que nous aurons probablement besoin d’engager des renforts pour que cela rende bien sur scène.

A quoi ressemble le “Sisterworld” ?

Andrew Angus: A l’instar de cette pochette (une petite porte dorée munie d’un verrou, NdlR), il s’agirait d’une sorte de passage vers une dimension alternative... Qui n’aurait d’ailleurs pas besoin de définition car il pourrait aussi bien s’agir d’un refuge mental que d’un espace physique. Une échappatoire, un break utile pour rompre le quotidien. Ton "Sisterworld" peut être boire un pack de six bières sous la couette au milieu de la nuit... Juste un moyen de se retrouver et de se sentir mieux. Composer ces chansons aura été notre "Sisterworld".

La pochette, le clip vidéo... Au-delà des notes, cette nouvelle aventure discographique apparait comme étant très visuelle.

Andrew Angus: L’aspect graphique a toujours été pour nous un moyen de mieux comprendre et appréhender la musique. Même si nous nous y attachons dans un second temps, après la composition. Cela permet de regarder le projet sous un angle différent, de multiplier les perspectives et au final de mieux comprendre le résultat.

Aaron Hemphil (synthé, percussions, guitare) : Il y a là une grande part de contrôle également. Pour pouvoir façonner une œuvre de A à Z selon tes propres envies. Il nous semblerait étrange de délivrer un album où l’on s’est investi personnellement pour finalement confier à quelqu’un d’autre le soin de l’illustrer. Qui pourrait ne pas comprendre ou ne pas y croire... Cela représente beaucoup de travail et nous aimerions pourvoir déléguer à quelqu’un de confiance. Mais il nous faudrait alors contrôler cette personne. Nous sommes en quelque sorte trois dictateurs au pays des Liars.

Un disque: Liars "Sisterworld" (Mute/PIAS) En concert: le 26 mai prochain au Botanique.

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