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Chanson

Il est libre Marc

Vincent Braun

Mis en ligne le 20/03/2010

Lavoine se contrefout des modes. C’est la ligne de son “Volume 10”. Un dixième album qu’il jouera sur scène mardi prochain à Bruxelles.
Entretien

Marc Lavoine sera mardi prochain à Forest National à Bruxelles, où il présentera son dixième album, sobrement nommé "Volume 10". Il a signé tous les textes et s’est bien entouré pour les musiques : Julien Clerc, Fabrice Aboulker (son grand complice depuis 27 ans), Christophe Cazenave et Bertrand Burgalat. Discussion avec un futur quinqua qui marche au désir et fuit les modes.

Dixième album, chiffre rond, l’occasion de faire un bilan ?

Le bilan, ce n’est pas vous qui le faites. C’est la vie qui vous le met dans le nez. J’ai eu un troisième enfant, mon père a disparu dans la foulée, je rencontre Tony Gatlif et je réalise mon dixième disque. J’en ai un peu marre de faire des clés USB, des making of, de faire du buzz, des clips et toutes ces conneries. J’ai envie de faire de la musique et d’arrêter d’être considéré comme un format. A l’heure de la dématérialisation, j’ai envie d’écouter du vinyle, du compact et du MP3. J’ai pas envie qu’on bourre le mou avec une seule manière d’écouter. Donc, qu’on arrête de prendre des gens pour des imbéciles. Faisons ce que l’on est. J’écris des chansons, je joue avec des gens dans des histoires, tout ça pour essayer de transmettre quelque chose.

Que voulez-vous transmettre ?

Je veux diffuser un état d’esprit. Au-delà de la forme, de la poésie, ou de l’histoire. Je souhaite diffuser une façon d’être. Je pense que j’ai un rôle à jouer et que ce rôle c’est d’aimer les gens et de les réunir. Et ma façon de les réunir, c’est de travailler avec mes amis pour que ces gens viennent ensemble dans une salle de spectacle et repartent tous ensemble. C’est ça mon travail.

Comment avez-vous assuré la cohérence de l’album vu la multitude de compositeurs ?

Je suis parti avec une ligne éditoriale. Arrivé au seuil de ma compétence en ce qui concerne la modernité, j’ai voulu discerner la modernité et les modes qu’on essaie de nous faire avaler. Pour faire simple, il y a 25 ans, on mangeait du poulet aux hormones, c’était à la mode. Plus aujourd’hui. Il y a eu la malbouffe, il y a peut-être eu la malculture. Je suis parti avec l’idée que soit je partais à la retraite et je me consacrais à autre chose, à la réalisation de films, à la pêche à la ligne, soit je repartais sur un format qui, à l’heure de la dématérialisation, me permettait de rematérialiser. Je fais des chansons. J’ai donc pris le format de référence qui est le mien, le vinyle.

Un parti pris déterminant…

Oui, tout a été dans ce sens-là. Analogique, instruments des années 70 (sauf la boite à rythmes qui date de 80), musique en groupe. Donc pas de maquettes, on a joué directement les morceaux. Au bout de trois heures, si ça se passait bien, on faisait une prise. Et ce que vous entendez, c’est la prise qu’on a faite à ce moment-là. C’est du direct, il n’y a pas de montage. Et si la chanson ne tenait pas le coup sur trois heures de répétitions, c’est qu’elle n’était pas bonne. C’est comme ça que j’avais envie de faire, en prenant mon temps. Sinon ça aurait été faire un disque de plus et ça ne m’intéressait pas.

C’est l’essence du métier…

C’est-à-dire que beaucoup de musiciens ne travaillent plus, beaucoup de photographes ne travaillent plus, beaucoup de plans sociaux dans les maisons de disque. Ça pose des questions. Ce n’est pas un hasard si j’ai mis le logo de mon label sur ma pochette, parce que, sans mon label, je ne fais pas de disques. On nous met dos à dos les uns et les autres, les maisons de disques, les artistes, les vilains internautes, c’est ridicule. Tout le monde sait que cela ne profite à aucun de ceux-là, mais à Google. Internet a décalé tout. C’est la chasse aux scoops. Vous ne pouvez pas faire un pas sans être filmé en off. Ce qui intéresse les gens, c’est le off. Moi, je m’en fous de savoir comment Etienne Daho a fait sa chanson. Ce qui compte, c’est que j’aime ses chansons. On ne doit pas tout montrer tout le temps. Ça suffit. Nous ne sommes pas capables d’endurer tout cela. Moi, je ne le suis pas en tout cas. Je suis absolument contre cet étalage permanent, cette pipolisation. J’ai besoin de charme. C’est en partant de ce constat que j’ai fait ce disque de cette manière.

“Reviens mon amour” est une chanson hors-format, avec ce spoken word…

Oui, elle va au-delà de la pop qui m’occupe d’habitude. C’est la première chanson que j’ai faite, et ce n’est pas anodin. Mais je ne l’ai pas fait exprès, elle a été une sorte de réflexe, comme un coma éveillé. C’est sorti comme ça. Tout ce que je fais nait du désir.

Désirer, c’est être ?

Je pense qu’il faut petit à petit imposer sa façon de voir, sa façon de faire. Même si elle ne ressemble pas à celles des autres. Et si elle leur ressemble, tant mieux. Mais vouloir être différent pour être différent, c’est ridicule. D’ailleurs, c’est ridicule de le vouloir parce qu’on est ce qu’on est. Et que ça finit pas transparaitre. Surtout quand on est exposé comme je le suis. Là, j’ai l’impression qu’il me reste encore un peu de temps. J’ai pas fini de rêver. Je rêve encore plus loin. J’ai tellement peur de la mort que je pense que plus on rêve loin, plus on vit longtemps. Moi je me suis fixé cent ans

De quoi rêve encore Marc Lavoine ?

Enlever les quelques vêtements qui me restent. Revenir à l’origine. Je n’ai pas de tatouage, j’appartiens pas à une catégorie particulière. Ma liberté c’est très important. Etre là. On était beaucoup plus grand, beaucoup plus audacieux quand on était petit. Je veux me déshabiller des dogmes, des complexes que la société nous colle, des faux rêves, des faux avenirs qui passeraient par l’apparence, l’argent, le pouvoir. Tout ça, c’est des conneries. L’essentiel, c’est de retrouver ce pour quoi on est fait.

Marc Lavoine, "Volume 10", Mercury/Universal.

En concert le 23 mars à Forest National (complet) et le 25 juillet aux Francofolies de Spa.

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