Asgeir, dans la quiétude de l’Islande

Rencontre Marie-Anne Georges Publié le - Mis à jour le

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Dyrd í daudathogn”. Tel le titre du premier album de l’Islandais Asgeir, sorti en 2012 dans son pays. Traduit littéralement, cela donne “Gloire au silence de la mort”. Comme la plupart de ses compatriotes auteurs-compositeurs interprètes, Asgeir a sorti son premier album en islandais. Un an plus tard, le disque arrive sur le marché international. Il a été traduit en anglais par l’excellent et étonnant songwriter américain John Grant (LLB 28/3/2013) qui, après avoir eu un coup de cœur pour l’Islande, y habite par intermittence. L’intitulé de la version anglophone est plus ample, moins moribond, “In the Silence”. Les paroles de ses chansons, ce n’est pas Asgeir qui les a écrites mais… son père. Mon père a écrit et écrit encore des poèmes. Quand il était ado – cela remonte à longtemps car il a 73 ans aujourd’hui – et toujours maintenant. Il a été prof d’islandais, mais il a aussi publié des recueils de poésie.” Pour se faire une idée de ce que donne une chanson en islandais, rien de tel que d’aller écouter sur Internet “Sumargestur”, la version originale de “Summer Guest” (*).

Asgeir Trausti est originaire de Laugarbakki – un hameau de 40 âmes, selon le communiqué de presse –, situé dans le nord-ouest d’Islande. Sans sa grande famille (trois frères et deux sœurs), il ne resterait déjà plus que 32 habitants. Quelle enfance Asgeir, né en 1992, a-t-il eu dans ce que l’on pourrait appeler un trou perdu ? “J’ai passé beaucoup de temps seul parce qu’il n’y avait aucun enfant de mon âge dans ce village. J’essayais de trouver quelque chose à faire. J’ai commencé à jouer de la guitare, de la batterie aussi, j’ai testé de tous les instruments juste pour avoir quelque chose à faire. J’ai touché au sport, également.” Avec une seule et même personne pour le guider : son instituteur – l’Islande connaissant une densité de population de 3 habitants au kilomètre carré (la Belgique, 364)… Ceci dit, Asgeir s’empresse de préciser qu’à cinq minutes en voiture de Laugarbakki se trouve une ville de 6 000 habitants où il s’est fait pas mal d’amis. Sans compter sur le fait qu’il est allé habiter à Reykjavik quand il avait 16 ans. Une ville bien tranquille comparée à tellement d’autres du monde, comme New York où il se produisait il n’y a pas si longtemps. “Par rapport à Laugarbakki, Reykjavik m’est apparue bruyante, stressante, je ne pouvais pas y rester. Cela m’a pris 3 ans pour l’apprivoiser et me sentir bien. Evidemment, maintenant, quand je rentre d’une tournée où je me suis produit dans de grosses villes, je relativise complètement et Reykjavik s’avère une petite ville bien paisible.”

On commence à appréhender le titre de l’album, “In the Silence”. Avec sa voix haut perchée – jusqu’aux cimes des volcans ? –, Asgeir nous enveloppe de son chant rassurant. Ses ballades folk devraient s’apprécier encore davantage au coin du feu, une fois que l’automne indien sera terminé. On leur attribuerait bien aussi le qualificatif de spirituel, ce que l’intéressé ne dément pas. “Ma première influence provient sans doute de la musique d’église, parce que ma mère était organiste. Enfant, j’ai passé pas mal de temps dans les églises à l’écouter jouer de l’orgue.” Par ailleurs, il a sans doute pas mal écouté Paul Simon, “Summer Guest” à l’appui. “Absolument, je l’apprécie beaucoup”, acquiesce le jeune homme.

La magnifique nature islandaise, apaisante dans pas mal de ses aspects, peut aussi se révéler plus turbulente. Asgeir l’aborde sur “Torrent” (logique) ainsi que sur “In Harmony” (et ses chœurs exaltés) et, dans une moindre mesure, sur “Head in the Snow”, l’équivalent de notre “politique de l’autruche”. Décidément, l’imaginaire islandais est fécond. “King and Cross”, le premier extrait de “In the Silence” a ainsi été tourné au milieu des rochers de lave. Autour d’Asgeir, encapuchonné, se déploient des elfes et d’autres créatures légendaires.

L’Islande, ses volcans (on n’est pas près d’oublier l’éruption du Eyjafjallajökull), ses elfes et, tant qu’à aborder les images d’Epinal, ses journées ou ses nuits interminables. Les unes peut-être moins problématiques que les autres. Avec des volets ou de bons rideaux, on peut faire semblant. Par contre, pour les longues nuits… “Certains Islandais sont déprimés ou maussades pendant certaines périodes de l’année. Comme en hiver, parce qu’il fait noir presque tout le temps, froid aussi. Mais pour moi, l’hiver c’est un moment confortable, calme. Vous restez à l’intérieur, bien au chaud.” On saisit mieux maintenant pourquoi 10 % de la population islandaise s’est procuré son album (30 000 exemplaires, triple disque de platine). Il représente la plus grosse vente pour un artiste local depuis Björk et Sigur Ros. Il y a pire comme références…

Labels indépendants, festival, concours

Depuis 1987, avec Björk et ses Sugarcubes - le groupe islandais à l’époque le plus célèbre au monde -, l’un ou l’autre artiste en provenance de cette magnifique île connaît une carrière internationale. Comment l’interpréter ? Björk aurait-elle décomplexé ses compatriotes artistes ? Y aurait-il un mystère islandais que l’on ne trouve pas uniquement dans les superbes paysages brumeux que le pays distille si généreusement ? L’explication est plus prosaïque. L’Islande est un petit marché qui n’intéresse pas les majors (les grandes maisons de disques), la place est donc libre pour les labels indépendants, qui défendent des artistes moins formatés. Comme peuvent l’être Sigur Ros, Blue Lagoon, For a Minor Reflection, Múm, Gus Gus, Emiliana Torrini, Apparat, Of Monsters And Men, FM Belfast. Et Asgeir, tout récemment.

La plupart de ces artistes sont par ailleurs à l’affiche du festival Iceland Airwaves qui se tient à l’automne, c’est-à-dire maintenant. (30/10-3/11, icelandairwaves.is) 168 groupes s’y produisent, avec une programmation majoritairement locale (pour une île comptant 310 000 habitants, c’est assez étonnant) ! Cette année, côté belge, ce sont les Girls un Hawaii qui nous représentent. John Grant, Kraftwerk, Metz, Midlake, Savages, Villagers, Yo la Tengo sont quelques-uns des autres noms étrangers à apprécier dans l’un ou l’autre endroit pittoresque de la capitale islandaise.

Ce n’est pas tout. Depuis 1982, l’Islande possède un concours, "Musictilraunir", où, à chaque édition, quarante groupes sont inscrits. Précisions d’Asgeir. "Ce sont de jeunes groupes qui n’ont encore rien sorti. C’est une vraie compétition underground. Quand j’étais plus jeune, j’y ai participé trois fois. Certains des groupes qui ont gagné cette compétition sont devenus très connus en Islande." Et en dehors… comme Of Monsters and Men.

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