Musique / Festivals

La demi-finale de ce jeudi soir.

La Française Astrig Siranossian, 28 ans, ouvre la soirée avec le 2e concerto de Haydn - toujours accompagné par l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie placé sous la direction de Frank Braley - dans lequel elle manifeste une aisance et une liberté rarement observées cette semaine, suscitant l' écoute enchantée du public (plus de toux, ni de chute de bic ou de programme), y compris pour une cadence (home made) spectaculaire. 

Le bel Adagio qui suit - simple et fervent - souligne, en outre, combien Haydn a la vertu de se renouveler à chaque écoute. Un peu plus tendu, le finale n'en sera pas moins débordant de vie et d'élan, et très inspiré.

On ne se lasse pas de Haydn, c'est une chance : le jeune Japonais Yuya Okamoto, 22 ans, enchaîne avec ce même 2e concerto qu'on a déjà entendu trois fois aujourd'hui, et dont l'approche se distingue par la qualité du phrasé, à la fois dynamique et serein, la rondeur du son et la perfection technique. 

Tout ici procède de l'évidence, la musique semble couler de source (divine) et c'est une euphorie. Cela donnera un Adagio plus extatique que passionné, et un finale d'une alacrité, d'un naturel, d'une joie que ne viendra assombrir aucun nuage.

On sera reconnaissant au Chinois Sihao He, 23 ans, de rendre à Bach ce qui lui avait été ôté cet après-midi : la conduite harmonique et la danse (encore que la Sarabande ait ici une petite tendance à s'évanouir ), le public lui manifeste d'ailleurs sa reconnaissance par un silence éloquent et de vifs applaudissements. Sihao He enchaîne avec un excellent imposé, donné de mémoire, collant aux intentions d'Annelies Van Parys et totalement réapproprié, libre, captivant. 

Tout autre ambiance avec le poignant "Kol Nidrei" de Max Bruch, révélant pour le coup un formidable tempérament, une puissance intérieure capable de bouleverser les foules par la simple énonciation d'une mélodie immémoriale (composée par un protestant à l'intention de la communauté juive de Liverpool). Ce récital hors normes prendra fin avec un autre hybride, la Suite Italienne de Stravinski, dont le musicien soutiendra avec brio le côté "néo" charmeur et décalé, en connivence avec le pianiste Victor Santiago Asuncion (Philippin vivant à Chicago).

C'est un Allemand, Valentino Worlitzsch, 27 ans, qui jouera le dernier Bach du jour, une Suite n°6 jubilatoire, admirable dans une Sarabande intensément soutenue mais prise - dans le Prélude et la Courante - à des tempos supersoniques payés de quelques grincements. Avec son op.70, Schumann, finalement assez rare dans cette session, sera pour le candidat l'occasion de se déployer sur le mode romantique et passionné, Annelies Van Parys également, d'ailleurs, dont la Chaconne connaîtra une version paroxystique. Très engagée, la Sonate op. 65 de Britten ne sera pas, elle-non plus, de tout repos, avec, notamment, un mouvement "pizzicato" et un finale étourdissants de virtuosité et d'esprit. Magnifique soirée.