Musique / Festivals Le festival, qui se poursuit le week-end prochain, a aussi été béni par Rêve d’éléphant.

L’image persistera dans la mémoire de tous ceux qui étaient présents sous le grand chapiteau du Gent Jazz samedi soir : le pianiste McCoy Tyner se fait conduire au Steinway & Sons. Il s’assied avec difficultés sur la banquette, pose ses mains sur le clavier et là, c’est l’enchantement. Avec l’une des mains gauches les plus indépendantes et imaginatives que le jazz ait connue, l’homme émerveille par son lyrisme chatoyant, qui tient parfois d’Erroll Garner. A 78 ans, ses articulations ont peut-être raidi, mais pas celles de ses phalanges.

© Bruno Bollaert

Emotion et mysticisme

En trois morceaux, il a donné sa raison d’être au Gent Jazz samedi. Au même piano, avec la même rythmique, Craig Taborn l’avait précédé, qui ne peut nier sa filiation avec le géant de Philadelphie : même lyrisme, même foisonnement, même modernité. Taborn se réclame aussi de l’influence de Geri Allen. L’égérie du mouvement M-Base devait être sur cette scène samedi, mais, à ce moment-là avaient lieu ses funérailles aux Etats-Unis, où elle est décédée, d’un cancer, à 60 ans. Ce qui n’a pas manqué de rajouter beaucoup d’émotion et de mysticisme aux interprétations de Taborn et de McCoy Tyner.

Un univers que ce dernier a bien connu, aux côtés du saxophoniste John Coltrane. Sur la scène du Bijloke gantois lui a succédé l’un des meilleurs représentants de la branche davisienne du jazz, Wayne Shorter. Le saxophoniste a accompagné Miles au sein de son deuxième quintet, dans l’une de ses périodes les plus créatives, entre 1964 et 1968.

© Bruno Bollaert

Shorter est lui-même avec un quartette d’enfer : Danilo Perez (piano), John Patitucci (basse), Brian Blade (batterie). Ténor ou soprano, le saxophoniste, qui joue assis - il a 83 ans - s’exprime par courtes phrases qui font mouche.

Après des débuts un peu dispersés, le quartette décolle dans un crescendo ravageur, qui donne la mesure de ses possibilités extraordinaires. Malheureusement, le petit combo est rejoint par l’orchestre philharmonique Casco, dirigé pour l’occasion par Clark Rundell. C’est le projet de la soirée : la mise en musique d’un univers de comics fantastique dont, paraît-il, Wayne Shorter raffole. Le hic, c’est que son quartette est dilué dans la masse orchestrale, sauf quand la grosse machine la met en veilleuse.

Les Liégeois à la rescousse

Ceux qui en ont plein les bottes de ce projet très éloigné du jazz peuvent aller écouter la mise en place - la balance - du Rêve d’éléphant orchestra, sous le petit chapiteau. Le petit big band liégeois des deux Michel - Debrulle, batteur; Massot, tromboniste-tubiste - était précédé, toute la journée sur la même scène, du Trio Grande, toujours avec les deux Michel, et Laurent Dehors aux anches.

© Geert Vandepoele

Petit ou grand format, c’est du pareil au même : de la fanfare, ils ont gardé l’esprit fanfaron, et du jazz, l’esprit frondeur. Drôle et interpellant, Trio Grande et Rêve d’éléphant imposent leur langage, qui ouvre les esprits. 

Gent Jazz Festival, encore du 13 au 15 juillet, au Bijloke.