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Jack is back! Quatre ans après la sortie de Lazaretto, Mister White fait son retour en solo avec "Boarding House Reach", l'album barré d'un artiste qui a décidé de s'amuser.

Jack White se décrit volontiers comme un nostalgique de l'analogique. Un réactionnaire intransigeant et revendiqué, très attaché aux vieilles méthodes dans un monde où tout est digitalisé, compressé et expédié manu militari vers les plateformes de streaming.

Pour composer ce troisième album solo, il s'est enfermé pendant des mois dans son appartement de Nashville avec un enregistreur à bande magnétique et une caisse remplie d'instruments. Ainsi libre et isolé, il a cogité, testé et expérimenté quantité de sons et distorsions sur les synthés qui avaient le malheur de se trouver à sa portée. Une sorte de folie créatrice qui accouche aujourd'hui d'un album joyeusement déstructuré, où l'ami Jack passe sans arrêt de la guitare à l'orgue, avant de se déchaîner sur les claviers et les djembés.


Pour les fanatiques des White Stripes, l'heure est donc au deuil de tout espoir de réunification. Le binôme rouge et blanc n'est plus, il a vraisemblablement dit ce qu'il avait à dire, et leur créateur est définitivement passé à autre chose.

Terminé les riffs de guitare incisifs. White ouvre son album sur ligne de synthé rétro futuriste pratiquement piquée au générique de Black Mirror (série britannique d'anticipation). Il y colle sa voix, laisse exploser sa puissance mélodique sur un refrain dopé aux chœurs, et ponctue ce "Connected by love" par un solo orgue/guitare d'anthologie qui propulse ce single dans une autre dimension. Dans le genre, la réussite est totale et on se prend à croire à l'union parfaite de la puissance et la mélodie qui n'ont cessé de se croiser tout au long de la carrière de l'intéressé.

Le groove de "Corporation"

Malheureusement pour nous, Jack a envie de pousser le bouchon un cran plus loin sur "Why Walk A Dog ?", balade psychédélique aux allures de vieux slow qui ferait une merveille de bande-son pour un film érotique des années 80, avant de retrouver un peu de vigueur sur "Corporation".

Décidément porté sur les rythmes, il lance un groove funky sur un solide break de batterie que viennent progressivement rejoindre l'orgue, la guitare et enfin les percussions. White ne chante plus, il crie, déclame, s'adresse à la plèbe pour faire passer son message et s'éloigne des structures narratives simples et directes de ses débuts pour se laisser aller à de longues envolées psychédéliques réussies, elles aussi.


Passé le prêche biblique d'Abulia and Akrasia, les choses se corsent avec "Misophoniac", conçu comme une balade piano-rock un peu trop classique au goût de leur auteur qui s'est amusé à saupoudrer le tout d'une épaisse couche de distorsions électroniques. On saisit bien l'idée, mais dans le cas présent, on se demande un peu si tout ce raffut était nécessaire. En voulant absolument surprendre et innover, Jack White massacre parfois de belles bases mélodiques. Il rappe sur "Ice Station Zebra", revient au gros son sur "Over And Over And Over" et semble complètement allumé sur le cathartique "Everything You've Ever Learned", au final explosif.

Pulsions créatrices

On ose à peine imaginer l'état frénétique du petit génie, submergé par les idées et les pulsions créatrices. Foisonnant, ce troisième album part dans tous les sens, à l'image de "Respect Commander", deuxième single du disque et l'un de ses morceaux les plus accessibles car on y retrouve toute la vista du guitariste revenu momentanément au blues explosif.


On pourrait alors croire notre homme rassasié, mais c'était sans compter sur son amour des balades country qui viennent ponctuer cet album en douceur à l'image du très roots "Whats done is done".

"Boarding House Reach" n'est pas plongé dans le passé, ni totalement tourné vers le futur. Il se situe un peu partout, ou plus vraisemblablement dans une dimension parallèle qui permet à Jack White d'ingérer toutes ses influences pour mieux laisser exploser ses envies d'expérimentation.

Chapeau pour l'ovni !

Au final, cette anarchie créatrice n'a rien de surprenant. Depuis la séparation des White Stripes, le guitariste n'a cessé d'ouvrir de nouvelles portes pour éviter de se répéter. Après deux albums solo décevants, il franchit réellement le pas et prend des risques tout à fait louables à l'heure où la plupart des valeurs sûres se répètent jusqu'à l'autoparodie. Quitte à accoucher d'un ovni inégal qui en rebutera plus d'un, et ne commence réellement à s'apprécier qu'à la troisième écoute.

Jack White, Boarding House Reach, XL Recordings, sortie ce vendredi 23 mars

En concert à Rock Wercher le samedi 7 juillet

© D.R.