Musique / Festivals Le chanteur R&B riposte aux accusations d’abus sexuels par un morceau de 19 minutes intitulé “I Admit”. L’interprète du tube “I Believe I Can Fly” admet énormément de choses hormis sa culpabilité.

Depuis plus de 20 ans, R. Kelly fait l’objet de nombreuses accusations, dont celle de relations sexuelles avec mineures. Déjà en 1994, le chanteur américain ne cachait pas son attirance envers des adolescentes.

Cette année-là, il aurait épousé la chanteuse Aaliyah alors âgée de 15 ans lorsqu’il en avait déjà 27. Ils se sont connus lors de la production de l’album d’Aaliyah, “Age ain’t Nothing But A Number” (”L’âge n’est rien d’autre qu’un chiffre”), dont le titre semble traduire la philosophie de R. Kelly. La star du R&B Aaliyah, morte tragiquement en 2001, avait dû mentir sur son âge pour pouvoir se marier à Robert Sylvester Kelly (de son vrai nom). Le certificat de mariage ayant été falsifié, l’union a été annulée quelques mois plus tard. Le chanteur n’a jamais commenté cette relation déjà troublante.

Sa réputation de prédateur sexuel n’a jamais été un grand secret. Lors d’une interview de 2008 sur la chaîne américaine BET, un journaliste demande au chanteur sacré trois fois aux Grammy’s s’il “aime les adolescentes”. La réponse “Quand vous dites adolescente, de quel âge parlez-vous ?” de R. Kelly déconcerte sachant les accusations auxquelles il faisait déjà face.

Cette même année, un jury acquittait R. Kelly d'accusations de pornographie sur mineures pour lesquelles il avait été inculpé dès 2002. Une vidéo montrant l’artiste avec une fille âgée de 14 ans avait fait surface. Mais le jury a jugé ne pas pouvoir déterminer l’âge de l'adolescente dans la vidéo.

Dans son morceau “I Admit”, R. Kelly aborde ces polémiques sans pour autant prendre ses responsabilités. Présenté sous la forme d’une excuse publique, le morceau défend plutôt le style de vie auquel l'artiste de 51 ans s'est habitué vu ses nombreux acquittements. “Suis-je supposé aller en prison ou perdre ma carrière à cause de vos opinions ?", chante-t-il juste après avouer “couche[r] avec toutes les femmes, aussi bien âgées que jeunes”.

Après avoir admis désirer le soutien de ses confrères afro-américains tels que Steve Harvey ou encore John Legend, R. Kelly réclame qu’on arrête de "traîner son nom dans la boue".

Ensuite, changement d’ambiance. Le chanteur et ex-basketteur professionnel “admet” avoir été victime d'attouchements par un membre de sa famille depuis son enfance jusqu’à ses 14 ans. Cette révélation où R. Kelly dévoile sa vulnérabilité et son trauma s’adresse au pathos de l’auditeur.

Dans le morceau, il adresse ces accusations d’un “dire que j’abuse ces femmes est absurde”. Pourtant, lors d’un documentaire réalisé en 2017 par Buzzfeed, de nombreux témoins le décrivent comme le leader d’un culte sexuel. Une ancienne proche de Kelly, Asante McGee, y dénonce le comportement autoritaire et dominant de R. Kelly sur les jeunes filles qui vivent avec lui.

Le chanteur originaire de Chicago se compare ensuite à Hugh Hefner dans sa réponse lyrique. Mais contrairement au magnat de Playboy, R. Kelly affirme être persécuté à tort par l’opinion publique et les médias.

Il adopte cette même position de victime lorsqu’il fait allusion à Time’s Up. Ce mouvement de soutien aux victimes d’abus sexuels réclamait une investigation sur R. Kelly à la suite des différentes révélations concernant le chanteur américain. Le hashtag #MuteRKelly avait été utilisé pour inciter l'industrie musicale à boycotter l'artiste. Spotify avait rejoint la cause en supprimant de ses playlists les morceaux de R. Kelly .

L’interprète de “Ignition” sait néanmoins où trouver du soutien dans toute cette affaire. Il s’adresse plusieurs fois à ses fans “sans qui il n’aurait jamais pu rester fort”. Par ces paroles, R. Kelly renforce son lien avec ses fans qui le défendent malgré la dizaine de jeunes femmes qui l'accusent d'agressions sexuelles. 

Après de nombreuses lamentations, R. Kelly résume son histoire par la célèbre formule “il faut savoir séparer l’artiste de la personne”. “Mon travail n’a rien à voir avec ma vie privée”, affirme-t-il. Alors qu’il ne respecte pas ce même dicton. Comme il le chantait un peu plus tôt, "être poursuivi" par des jeunes filles est "quelque chose qui vient avec le fait d'être une célébrité".