Musique / Festivals Le troisième album du groupe fête ses 20 ans. Il a redéfini les codes du rock et de la pop.

En 1997, la planète entière se dandine sur les rythmes latinos de Ricky Martin et son (Un, dos, tres) Maria, se déhanche en compagnie des Spice Girls et leur Wannabe ou d’Aqua et leur tube Barbie Girl. Bien sûr, il y aura le premier album de Louise Attaque, le cinquième album de Blur sobrement intitulé Blur ou encore Pop de U2.

Mais s’ily a bien un disque qui a marqué l’année et les décennies qui ont suivies, c’est OK Computer de Radiohead sorti le 16 juin en Belgique et dont on fête le vingtième anniversaire avec la sortie, le 23 juin prochain, d’une luxueuse réédition comprenant trois inédits : I Promise, Lift et Man of War.

C’est peu de le dire mais le troisième album de Thom Yorke et les siens a propulsé le quintet d’Oxford dans une autre galaxie et révolutionné le rock comme l’a fait Sgt. Pepper des Beatles trente ans auparavant, comme l’ont fait encore un quart de siècle plus tôt les Chuck Berry et autres Elvis Presley.

Trois ans avant le nouveau millénaire, Radiohead a écrit de nouvelles règles pour le rock, tant sur le plan de la structure des chansons que sur celui des sonorités. Le parallèle avec Sgt. Pepper est d’autant plus évident que pour y arriver, le groupe a été bien aidé par Nigel Godrich, un producteur devenu légendaire, comme le fut à l’époque un certain George Martin auprès des Fab Four.

Le XXIe siècle

Radiohead a réussi l’incroyable exploit de concilier les amateurs de rock et ceux de musiques électroniques. D’un seul coup, il a aussi remisé pour de bon au placard la Britpop triomphante des années 90 pour redonner vie à un rock audacieux comme l’avait réveillé Nevermind de Nirvana six ans plus tôt.

Vingt ans plus tard, OK Computer sonne encore d’une extrême modernité. Ce n’est pas un hasard si depuis 2015, ce classique fait partie du patrimoine de la bibliothèque du Congrès américain en raison de son apport à la culture mondiale. Ni plus ni moins.

Il a littéralement façonné la musique du XXIe siècle tout en le devançant dans le propos. Car même dans les textes, Radiohead se veut visionnaire. Thom Yorke dépeint une fin de siècle chaotique et les enjeux préoccupants du début du millénaire qui se profilait alors : le malaise social, le consumérisme, la puissance grandissante des robots et la stagnation politique. Bienvenus dans l’ère de la musique pop intelligente.

Huit millions

Étrange destin que celui de cet album tourmenté, turbulent, tarabiscoté. Qui lui aurait prédit un tel impact ? Certainement pas la maison de disques qui à l’écoute des douze titres qui le compose, a réduit ses prévisions de vente. Au mieux 500.000 exemplaires, ce qui n’est déjà pas si mal, même avant l’ère du téléchargement illégal. Au final, il s’en vendra près de huit millions de copies. Sans oublier ces quelques titres passés à la postérité, comme Karma Police ou No Suprises. En Belgique, OK Computer intégrera le Top 3 des charts dans lesquels il sera présent 26 semaines, jusqu’au 13 décembre 1997.

Depuis la sortie de cet album culte, Radiohead n’a cessé d’expérimenter, pour le meilleur, parfois, et pour le pire aussi, à certains moments. Mais leur retour l’an dernier avec A Moon Shaped Pool, a remis les pendules à l’heure et la tournée du groupe est une des plus marquantes. Par chance, elle fera étape chez nous le vendredi 30 juin puisque Radiohead sera une des têtes d’affiche de Rock Werchter.


OK Computer comme vous ne l’avez jamais entendu

Pour ses 20 and, OK Computer fait l’objet d’une luxueuse réédition disponible à partir du 23 juin en version digitale et dans le courant du mois de juillet pour le support physique. Celle-ci portera le nom OKNOTOK 1997-2017. Et contrairement au coffret sorti en 2009 par EMI, il a reçu l’approbation du groupe. Décliné sous plusieurs formats, il y en a pour tous les goûts : triple vinyle, double CD, coffret dans lequel s’ajoute une cassette (mix tape) contenant des extraits des sessions d’enregistrement et des démos.

Les fans seront heureux d’apprendre que l’album a bénéficié d’un son remasterisé. Grâce aux avancées technologiques engrangées depuis deux décennies, Radiohead a retravaillé le rendu du disque qualifié de plus affiné. De quoi profiter un peu plus de l’extraordinaire modernité de l’album.

Mais la cerise sur le gâteau, ce sont les trois inédits qui accompagnent cette réédition : I Promise, Man Of War et Lift. Ce dernier titre retient l’attention depuis qu’Ed O’Brien en a raconté le destin sur les antennes de la BBC.

Radiohead a interprété la chanson lorsqu’il était en tournée avec Alanis Morissette. Le groupe le trouvait intéressant et avait projeté de l’intégrer sur OK Computer. Mais il a fait marche arrière quand il a vu la réaction du public. "Le public s’est soudainement levé et tout le monde a commencé à bouger. C’était contagieux", a déclaré Ed O’Brien. "Si cette chanson avait été sur l’album, elle nous aurait emmené ailleurs et nous aurions probablement vendu bien plus de disques." "Lift a quelque chose de magique. Mais quand nous l’avons enregistrée en studio, c’était comme avoir un flingue sur la tempe", a ajouté le guitariste.

La peur de voir le phénomène Creep, leur succès de 1993 qu’ils ne veulent plus jouer en concert, se reproduire ? Manifestement !