Musique / Festivals Dimanche soir, Peter Silberman, l’ex-leader du groupe The Antlers, se produisait à la Rotonde du Botanique à Bruxelles. Juste avant son concert, on le rencontrait dans les jardins ensoleillés du centre culturel de la Communauté Wallonie-Bruxelles. En février dernier, le musicien originaire de Brooklyn avait sorti “Impermanence”, un premier album solo où la guitare et le chant sont distillés à doses homéopathiques. Apaisant, entêtant. Intimiste, introspectif. Une ode à la lenteur et au silence. Ce n’est pas le fruit du hasard. Il y a un peu plus de deux ans, l’auteur compositeur interprète de 30 ans s’est réveillé avec une drôle de sensation auditive. “Ce que j’ai ressenti était à l’image de ce que l’on éprouve quand on est dans un avion qui prend de l’altitude. Au début cela ne m’a pas semblé anormal mais après quelques heures, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je n’entendais plus les choses comme avant” se souvient Peter Silberman.


En tant que musicien rock, il sait ce que sont les acouphènes, mais il n’en avait jamais connu de cette intensité. “Là, un son strident suivi d’une espèce de cascade d’eau envahissaient mon cerveau”. Il consulte divers médecins, histoire de cerner ce dont il souffre. “Après un bon bout de temps, on a plus ou moins mis un nom sur ce que j’avais. Ceci dit, c’est assez drôle : quand vous allez chez un médecin, il vous dit : ce n’est pas ça, ni ça, ni ça, mais il ne sait pas vraiment mettre un nom sur ce que vous avez.”

Au printemps 2014, Peter Silberman est chanteur et guitariste au sein de The Antlers. Il évolue aux côtés de Michael Lerner et Darby Cicci. Le groupe est sur le point de sortir son 5e album studio, le sublime “Familiars” et de partir en tournée, qui passera par l’AB de Bruxelles le 1er octobre. Peter Silberman l’honore, avec comme conséquence qu’il aggrave son cas. Sa guérison va prendre plus de temps que prévu. Elle va être le point de départ d’une profonde réflexion sur le sens de sa vie – il a quand même connu une perte auditive temporaire de son oreille gauche. Les six morceaux d’“ Impermanence” racontent, de l’intérieur, cette terrible épreuve vécue par un musicien. Ainsi de “New York” où il chante : “When my nerve wore down/I have assailed by simple little sounds : hammer clangs, sirens in the park, like I never heard New York”. Il ne perçoit plus tous les bruits environnants comme avant. “Pendant tout un temps, je suis resté à Brooklyn. J’habitais dans un quartier avec beaucoup d’usines et où il y avait pas mal de trafics de camions, etc. Je ne m’étais jamais rendu compte que je résidais dans un endroit bruyant.”

Histoire d’enfin mettre toutes les chances de son côté, le musicien déménage à la campagne, dans le nord de l’Etat de New York. “Je ne pouvais pas me résigner au fait que je ne ferais plus de musique même si parfois, c’était insoutenable pour moi de m’entendre parler ou chanter.” Celui qui pratiquait déjà le yoga et la méditation va s’y atteler de façon encore plus poussée. “Le défi, c’est d’être capable de pratiquer la méditation dans un lieu bruyant. Quand je suis en tournée, j’aime me retrouver seul avant le spectacle, mais le plus souvent vous n’avez pas d’intimité, pas d’endroit particulièrement calme, vous vous devez de le susciter. C’est à vous de créer cette zone de paix, de tranquillité” raconte le jeune homme de sa voix douce et réconfortante. Quelques heures plus tard, à la Rotonde, il conviera le public au recueillement. Sur scène, ses chansons sont encore plus dépouillées – parfois spartiates – il est seul avec sa guitare et sa voix qui flirte avec les sommets. “Nous sommes dans un monde chaotique et l’album et le spectacle essaient d’apporter des espaces pour la tranquillité, le calme.” Mission accomplie au vu des réactions du public.