Musique / Festivals

À LONDRES

Première surprise: non, Pink n'a pas les cheveux roses. Déjà, entre un premier album en 2000 (`Can't Take Me Home´) et `M!ssundaztood´ paru fin 2001, les couleurs avaient beaucoup évolué, du rose framboise intense au blond délavé méché, de moins en moins méché. Aujourd'hui, sur la scène de La Scala... londonienne, Pink est blonde et seulement blonde, rasée sur les bords, filasse jusque devant les yeux. Ce ne sera pas la dernière source d'étonnement que nous réserve cette jeune chanteuse de 22 ans, un âge où, il est vrai, le changement est coutumier.

Même ceux qui s'imaginent ne l'avoir jamais vue ou entendue reconnaîtront Pink à côté de Christina Aguilera, Missy Elliott, Lil'Kim et Mya dans la reprise de `Lady Marmelade´ pour le film `Moulin-Rouge´, titre surtout connu chez les Francophones à l'esprit espiègle pour son refrain, engageant dans la bouche de ce quintet de charme: `Voulez-vous coucher avec moi, ce soir.´ Quant à ceux qui pensent avoir passé l'âge de la musique soi-disant pour teen-agers, la personnalité aussi tapageuse que talentueuse de Pink les convaincra aisément du contraire.

Plantée en plein coeur du quartier de King's Cross, La Scala londonienne n'a pas grand-chose à voir avec son homonyme milanais. Des projecteurs rose et mauve illuminent la façade crème décrépite, ce qui est du meilleur effet, surtout à côté de l'inscription `La Scala´ en fin néon bleu. Des affichettes le long de la rue aux immeubles en piteux état et aux épiceries pakistanaises, et une caméra de télé tentant de happer des commentaires sur le bonheur d'être invité à pareille soirée, sont d'une discrétion hors pair. Dans l'air poisseux, le bus 73 file vers Victoria Station et le 30 à Marble Arch, tandis que des jeunes filles sur leur 31 investissent la salle.

DU NEUF ET DU VIEUX

Les Anglais sont passés maîtres dans l'art de faire du neuf avec du vieux, ou, du moins, de faire cohabiter les deux. Au rez-de-chaussée, le sol de granito lézardé jure avec la fresque

taggée aux murs. Dans la salle de spectacle, le vieux plancher est, par contre, très adapté aux critères du concert, le lieu ayant finalement toutes les allures d'un studio. A côté des gagnants de divers concours, la maison de disques a invité des représentants de toute la presse européenne à ce show-case. C'est dire si les enjeux commerciaux entourant la chanteuse sont importants, après un premier album vendu par millions d'exemplaires.

Justement, elle aurait pu en rester là, continuant à promener son chien `Fucker´, en l'appelant bien sûr à haute voix - effet garanti -, le long de la plage de Los Angeles où elle a élu domicile. Mais non, un an après son premier opus à succès, Pink remettait ça en risquant le changement de direction radical. Du R&B façon L.A. Reid & Babyface qui avait fait sa première gloire, elle passait à un rock bien musclé, allant jusqu'à partager un titre (`Misery´) avec Steven `Aerosmith´ Tyler.

UNE PUNKETTE DANS L'ÂME

Le show-case, 35 minutes pour 9 chansons, est à l'image du nouvel album. La chanteuse aussi qui, à part la couleur des cheveux, est quasi identique à celle que reproduit la photo de pochette : petit top blanc dont, au fil du concert, déborde le soutif noir, ceinture basse et argentée, bagues à tous les doigts, gros bracelet de cuir noir. Dans le genre jeune fille de bonne famille, il y a mieux, mais c'est comme cela qu'elle est, Pink: punkette dans l'âme, versatile dans les moyens d'expression.

D'accord, son groupe de cinq musiciens, dont trois filles, dont deux Blacks et une Asiatique, a l'air de sortir tout droit d'un casting. Mais, bon sang, de quelle manière il expédie des titres comme `Numb´ ou `Get The Party Started´. Bien sûr, avec ses histoires de `Party´ ou de `Dear Diary´, Pink semble s'adresser en droite ligne au public adolescent qui était sa première cible. Mais, souvent écrite de sa main, ses chansons véhiculent en même temps la vie chahutée d'une fille turbulente de Philadelphie, à qui on a un jour volé le `diary´, le journal sur lequel elle écrivait des poésies; qui rêvait de côte ouest (`Gone To California´) et a fini par y parvenir, après un petit détour par Atlanta où elle a fait tous les boulots du monde; qui écoutait son père raconter `sa´ guerre (`My Vietnam´), etc. Et sa voix, pourtant assurée et puissante, se brise sur ce `Family Portrait´ qui représente la rupture entre ses parents, blessure jamais cicatrisée.

L'on ne saura sans doute jamais vraiment pourquoi la petite Alicia Moore est, un jour, devenue Pink. Mais une chose est sûre: cette fille qui a chanté le gospel dans les églises noires, a fait partie d'une bande de skaters, de deux groupes punk, d'un de rap et de deux formations R&B, cette fille qui a été virée de chez elle à quinze ans par sa mère parce qu'elle voulait quitter l'école, cette fille qui revendique le droit de faire ce qu'on lui dit de ne pas faire est non seulement une personnalité hors du commun, elle est aussi une vraie showwoman dont il va falloir tenir compte.

Album `M!ssundaztood´, Arista/BMG.

© La Libre Belgique 2002