Awakenings, le pilier increvable des festivals de techno

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

C'est un monstre, un titan, un festival gargantuesque exclusivement consacré à la techno, situé à moins de 3h de Bruxelles. Dix-huit ans après sa création, "Awakenings" n'est plus un événement musical mais une marque, déclinée en soirées tout au long de l'année avant de réunir le gotha de la technosphère à Amsterdam durant le premier week-end de juillet. Rencontre avec son créateur, Rocco Veenboer, qui revient sur l'histoire de cet événement précurseur.

"Oui, Awakenings est devenu une marque, mais l'idée n'a jamais été d'en faire un concept" lance le Néerlandais depuis son QG. "Dans les années 90, nous voulions organiser des fêtes où seule de la techno serait diffusée. Cela peut paraître banal aujourd'hui, mais à l'époque, c'était vraiment une niche." En bon amateur de Rave Parties, Rocco Veenboer se lance dans le milieu en organisant des soirées ci et là et programme notamment The Prodigy qui vient tout juste de sortir "Music for The Jilted Generation" (1994). Sûr de son concept, il met ensuite la main sur "Gashouder", un tank à gaz circulaire de 2500 m2 où il organise dès 1997 de gigantesques rave parties. "J'étais convaincu que la techno était suffisamment populaire pour remplir l'endroit et j'avais raison. La première année on a fait 3000 personnes, la suivante 6000, puis on a commencé à installer des tentes,…".

Feux d'artifice… dans la salle

En 2001, le festival "Time Warp" existe déjà en Allemagne, mais il se tient dans une salle, aucun organisateur n'ose encore l'aventure techno en plein air. L'occasion rêvée pour le technophile néerlandais de frapper vite et fort. "On a lancé une première édition du festival avec 10.000 personnes et quatre scènes" se remémore Rocco Veenboer, qui met directement et avant tout le monde l'accent sur un élément essentiel: les visuels. "Nous avons été les tout premiers à lancer des feux d'artifice en salle, ce qui paraissait totalement fou à l'époque. Je connaissais déjà le gars qui s'occupe de nos lasers, il en avait huit à ce moment-là de manière plus ou moins légale. Je lui ai dit "Ok, ramène-les tous à la prochaine soirée". Pour compléter ça, on a loué des écrans géants. L'idée était vraiment d'utiliser tout ce qu'on pouvait trouver pour sortir les gens de leur quotidien, d'être éblouissant. On a fait l'effort en premier et ça a fonctionné."


Depuis, le gigantisme s'est imposé. Des festivals comme Tomorrowland en ont fait leur spécialité, et il semble plus difficile de se démarquer. "Je ne pense pas" réagit Rocco Veenboer. "Il y a tellement de choses qui se passent dans le domaine des sofware, des hardware, des écrans LED et des visuels en tous genres qu'on peut tester énormément de nouvelles technologies. Chaque année, nos visuels s'améliorent, nos scènes sont plus impressionnantes. Quatre personnes travaillent à temps plein sur le seul design du festival. Tout cela a un coût, mais nous avons encore augmenté notre capacité pour atteindre 40.000 personnes par jour, ce qui nous donne une nouvelle marge de manœuvre." Chacune des huit scènes jouit effectivement d'une architecture unique et fait partie d'une "zone" dont l'identité visuelle globale a soigneusement été étudiée, qu'elle soit située en bordure de rivière ou en lisière de forest dans le gigantesque parc de Spaarnwoude (entre Haarlem et Amsterdam).

© Awakenings

© Awakenings

© Awakenings

De Carl Cox à Amélie Lens

Le monde juteux de la musique live est toutefois devenu extraordinairement concurrentiel. Beaucoup de grosses manifestations du genre disposent de moyens colossaux et mettent l'accent sur le gigantisme. De quoi poser des problèmes aux vieux briscards ? "Et bien pour être honnête, c'est une question que vous devriez poser aux autres festivals" lance Rocco Veenboer sûr de son produit. "Il y a eu beaucoup d'imitations, mais Awakenings était le premier festival de ce type et continue à s'améliorer d'année en année". Musicalement, cela passe par une affiche "Best of" qui réunit les vieilles gloires (Carl Cox, Jeff Mills, Sven Väth), les gros DJ's du moment (Âme, Kölsch, Maceo Plex, Adam Beyer, Pan Pot, Boris Brejcha, Nina Kraviz) et quelques jeunes pousses (Amelie Lens, I Hate Models, Charlotte de Witte) parfois associés en "B2B" (Back To Back, sorte de Battle de DJ) quand ils ne se voient pas carrément confier la programmation d'une scène durant toute une journée.

© Awakenings

"Mais là où nous progressons sans arrêt" s'étonne presque ce personnage haut en couleurs "c'est dans la logistique". Les festivals estivaux sont tellement grands, aujourd'hui, qu'ils prennent souvent des allures de village surpeuplés et embouteillés. "Il faut s'assurer que les gens puissent facilement aller du bus à la porte d'entrée, trouver un casier, acheter des jetons, prendre une bière, et enfin aller au concert. Tout cela doit être le plus rapide possible car tout le monde a envie de passer un maximum de temps sur le Dancefloor. C'est vraiment quelque chose qui me tapait sur le système quand j'allais en rave party. Il fallait payer pour aller pisser, attendre pour les jetons, puis il n'y avait plus assez de bière et il fallait garder sa veste en main. Tout cela n'est plus possible aujourd'hui." Comme le tient lui-même à le préciser ce passionné par sms après l'interview, "Awakenings consiste encore à créer ce qui n'a jamais été créé". Le festival se tiendra les samedi 30 juin et dimanche 1er juillet à Spaarnwoude. Les pass deux jours et les billets pour le samedi "seront épuisés dans les semaines qui viennent", assure l'organisateur qui s'attend "de toute façon à un sold out général d'ici le mois de mai".

La Libre et Let It Sound seront en direct du festival Awakenings les 30 juin et 1er juillet.

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Valentin Dauchot

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