Musique / Festivals

L’année musicale belge 2007 avait été marquée, notamment, par la sortie d’"Hôtel Impala", le premier album solo de Baloji, ex-membre du groupe de rap Starflam. Il y racontait son histoire, celle d’un petit garçon né au Congo d’une union illégitime, ramené par son père en Belgique à 3 ans pour y vivre une enfance perturbée par ce parachutage, une adolescence de petit délinquant et un début d’âge adulte partagé entre la musique et la peur d’être expulsé.

Une belle épopée à laquelle Baloji a voulu donner suite en partageant la découverte de ses racines africaines : direction Kinshasa pour réenregistrer, en six jours, de nouvelles versions de certains morceaux d’"Hôtel Impala" avec des artistes locaux comme Konono N°1, La Chorale de la Grâce, Royce Mbumba ou encore Zaïko Langa-Langa.

Et une première désillusion, lorsque labels et manager ne veulent pas de ce "Kinshasa Succursale". "Ils le jugeaient trop communautaire", nous raconte le grand Congolais quelques heures avant son concert de samedi à l’Ancienne Belgique. "Mais je ne voulais pas abandonner, je leur ai dit d’aller se faire foutre et j’ai continué. J’ai tout fait tout seul."

C’est, finalement, via un deal avec la Communauté française et l’hebdo "Le Vif/L’Express" que le projet se concrétisera, début février, par la distribution gratuite du CD avec le magazine.

Depuis, vu la qualité du travail, la maison de disque de Baloji a également décidé de sortir l’album au mois de mars. "Ils pensaient qu’en africanisant ma musique, j’allais faire du Magic System", sourit le chanteur. N’avaient-ils pas encore compris que le formatage n’est pas le fort du bonhomme ? Il y avait des indices pourtant, comme ce single en 2007, "Tout ça ne nous rendra pas le Congo", long de plus de huit minutes et son clip plus long encore. Une horreur pour les radios et les télés. Récidiviste, l’ex-Malfrats Linguistiques - premier nom de Starflam -, a cette fois choisi "Karibu Ya Bintou", une des nouvelles compos, pour lancer "Kinshasa Succursale", soit une collaboration avec les dissonants Konono N°1, loin des clichés de rumba.

Samedi soir, c’est une ABBox pas tout à fait remplie qui était venue assister à la traduction scénique du projet.

Costume gris et nœud de papillon dirupesque, Baloji est soutenu par son "Orchestre de la Katuba" (du nom du ghetto de Lubumbashi où vit sa mère) : guitare, batterie, percus, synthé, basse, trio de cuivres et choriste.

Tout au long du set, ce petit monde va s’attacher à démontrer que l’Afrique musicale a évolué avec le reste du monde en se réappropriant les codes de la soul, du funk ou encore du reggae. Autant dire que cela groove sec. Le final de la première partie, le fameux single est même proprement hallucinant. Konono n’est pas là mais le groupe de Baloji assure un "blues de la brousse" bruitiste pendant que trois danseurs déguisés en squelette finissent de donner une touche irréelle au morceau.

Le rappel sera, pour sa part, principalement occupé par l’épique "Tout ça ", la lettre venue du Congo, le morceau et les paroles appelant à la reconstruction du pays et, pour finir, un long final où l’afro-funk se dispute avec la rumba pour faire danser toute la salle. Une belle réussite.

Baloji a eu raison de se montrer têtu, le voilà à présent dépositaire d’un style particulier et moderne. Il ne reste plus à espérer que le public embraye et le remercie ainsi de son obstination.