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Le fleuron courtraisien Balthazar voit un nouveau de ses membres s’essayer en solo. Le second chanteur du groupe, Jinte Deprez, devient J. Bernardt. Son premier album, "Running Days", l’approche du groove et l’éloigne des guitares.

Jinte Deprez : "Rien de vraiment neuf n’émerge du rock indé aujourd’hui"

Derrière cette barbe fournie et ces verres fumés se cache J. Bernardt, alias Jinte Deprez. Ce nom ne vous dit sans doute pas grand-chose, mais vous connaissez peut-être sa voix pour l’avoir entendu chanter. Celle d’un des plus beaux fleurons du rock belge contemporain, Balthazar, dont il est toujours guitariste (mais pas seulement !) et fut surtout cofondateur il y a quinze ans du côté de Courtrai (cf. "Galaxie Balthazar" ci-contre).

Chantier personnel

C’est l’heure des grands chambardements pour ce jeune homme qui vient d’avoir trente ans : transformation physique, plongeon en solo, exploration de nouveaux horizons musicaux… Autant d’indices - en plus de titres comme "The Other Man" ou "The Direction" - qui semblent induire un changement de cap, de vie, voire une petite révolution. "C’était l’objectif. La décision de marquer une pause avec Balthazar a été prise pendant l’enregistrement de ‘Thin Walls’. Et ça a fait du bien à tout le monde. Je n’avais pas écrit la moindre ligne de ce projet solo à l’époque […] Pour ce qui est de mon apparence, c’est pareil. J’avais envie de me sentir différent. La trilogie Balthazar semblait complète (même si le groupe planche déjà en coulisses sur le 4e, NdlR), j’allais avoir 30 ans… Je voulais que ce projet solo ait une raison d’être. Si c’était pour faire du Balthazar, autant garder ces chansons pour le groupe. Il devait sortir le jour de mon anniversaire d’ailleurs, mais je ne suis pas très bon avec les deadlines."

Courir derrière le groove

Deux semaines de retard seulement au final. Et un pari plus que réussi, ce qui est moins le cas de Zimmerman (side-project du bassiste Simon Casier) et surtout de Warhaus (groupe fondé par l’autre tête de Balthazar, Maarten Devoldere), qui sonnent malgré tout souvent comme Balthazar. Mais Jinte défend les copains. "A leur décharge, ils ont entamé ces projets plus tôt. Celui de Maarten s’écrit depuis six ans, et Warhaus a autant influencé Balthazar que le contraire. Je voulais trouver quelque chose d’autre, de différent. Pas le vrai Jinte, car il réside dans la musique que l’on fait avec le groupe, mais une autre de mes facettes."

Le résultat se nomme "Running Days", dix pistes tissées d’influences électro-soul et empreintes d’un groove qui lui va bien au grain, réalisées avec les synthés d’Adriaan Van De Velde (alias Pomrad) et son batteur émérite Klaas De Somer (Tourist LeMC). D’aucuns parlent de James Blake, dont les notes sont néanmoins plus froides. On préférera la comparaison avec Jamie Woon ou Chet Faker, davantage faiseurs de chaleur. "J’adore ce que l’on fait avec Balthazar, mais je suis un grand amateur de r’n’b, de rap, de soul… J’aime ce groove. On l’a effleuré plusieurs fois, mais pas complètement, ni sur un mode électronique. Je voulais viser ça, à la manière des productions hip hop, sans être mélodique à tout prix. Ce genre est aventureux, tout y est permis. Le rock indé ne l’est plus, rien de vraiment neuf n’y émerge aujourd’hui."

Pour ce faire, J. Bernardt s’est fixé des règles : pas de guitare basse, pas de corde, le plus de groove électronique possible, des chansons bâties sur des boucles (loop-bass). Il a fallu adapter sa manière de chanter aussi.