Musique / Festivals

Ceux qui ont eu la chance de les voir en concert n’ont pas tari d’éloge. D’autres qui, plus tôt, avaient découvert leur premier album, "Applause", sorti en 2010, étaient déjà tombés sous le charme. Cela n’empêche, l’audience du groupe flamand Balthazar, composé de cinq musiciens originaires de Courtrai et de Gand, restait plutôt cantonnée de l’autre côté de la frontière linguistique même s’il avait accompagné dEUS en première partie de sa tournée européenne.

"Rats", la deuxième galette de Balthazar, devrait changer la donne. En dépit de son intitulé peu ragoûtant, il se présente comme un ouvrage d’une délicatesse extrême. Tout y est dosé avec retenue, précision, subtilité. Musicalement parlant, on y croise des cuivres souverains ("The Oldest of Sisters"), des cordes languissantes ("The Man who Owns the Place"), un violon plaintif ("Listen up"). Quand on ne tombe pas sur des chœurs résignés ("Lion’s Mouth") ou un vieil orgue ("Any suggestion") - "un instrument que j’ai hérité de mon grand-père", précise Maarten Devoldere. Dominant le tout, le saisissant chant de ce dernier, qui vous caresse de son exquise torpeur. Les dix morceaux gravés sur le nouvel opus semblent avoir été composés à l’abri du bruit et de la fureur; ou influencés par - en réaction à - ces derniers.

Balthazar est avant tout l’histoire de Maarten Devoldere et Jinte Deprez. Il y a plusieurs années, les rues de Courtrai résonnaient déjà de leurs mélodies. Chacun se produisait à un coin de rue, guère éloignés l’un de l’autre. Une guitare, quelques chansons, un chapeau et l’espoir d’y voir tomber quelques euros. "Nous ne possédions que trois propres chansons chacun. Nous les rejouions à peu près toutes les dix minutes. On s’est rapprochés et on s’est dit que ce serait plus malin de jouer ensemble. On aurait plus de titres, on gagnerait plus d’argent. Et puis avec deux voix, on allait faire des choses plus harmonieuses", se souvient Jinte, 25 ans aujourd’hui. L’union fait la force.

C’est au conservatoire de Gand, où ils suivent des cours de production, qu’ils rencontrent Patricia, Simon et Christophe. Balthazar est né. Quoi de plus naturel, après avoir étudié la production, que de s’autoproduire, justement ? Pour Maarten, "c’est très simple d’écrire un bon arrangement pour orchestre. Il suffit juste de connaître le ‘truc’." Et le truc, cela consiste en quoi ? "Le truc, c’est ce que tu apprends dans les livres. Après, il faut essayer d’oublier toute cette théorie pour aller vers quelque chose de plus improvisé." Rien d’étonnant à ce que Maarten vous reprenne quand vous vous risquez à trouver que leur musique lorgne parfois vers le classique. "Plutôt jazz", rectifie-t-il. Dans un premier temps, leur manière de travailler est très individualiste, inscrite dans le XXIe siècle. "Nous composons chacun de notre côté. Il y a deux auteurs, deux chanteurs. Nous échangeons nos idées par e-mail. Le reste du groupe n’arrive que pour l’enregistrement dans le studio." A ce stade-là, ensuite, "tout est mélangé. Nous ne raisonnons pas en termes de batteur ou de bassiste, tout le monde peut faire ce qu’il veut et ce afin de garder une certaine fraîcheur aux morceaux."

Pour "Applause", Balthazar était allé dégoter un mixeur en Norvège, en la personne de Ynge Leidulv Saetre (Kings of Convenience, Royksopp). Pour "Rats", le groupe s’est tourné vers Noah Georgeson (The Strokes, Devendra Banhart), dont le studio est situé à Los Angeles. La bonne affaire que de partir mixer son album à LA ! N’y aurait-il pas de bons studios en Belgique ? La réponse est plus nuancée. "On ne cherchait pas un studio spécifique, on aimait juste le travail d’un mixeur. Il se fait qu’il travaillait à Los Angeles. Los Angeles, c’est la capitale du show-biz. La culture musicale de cette ville est très riche. Ils n’ont pas de cathédrales, mais ils ont une histoire pop. De toute manière, nous trouvons que les studios en Belgique sont un peu ennuyeux, et ce qui s’y fait préfabriqué."

Balthazar, qui avait déjà bénéficié d’une certaine presse à la sortie de son premier album, n’a pas senti de véritable pression lors de l’élaboration du second. "Le premier album est celui qui cristallise le plus d’attention. Quand tu commences à jouer, tu veux faire le plus de bruit possible pour te faire remarquer" , commente Jinte Deprez alors qu’on l’interroge sur la fascinante langueur qui perle "Rats". "C’est une question de " commence Maarten, " lifestyle", complète Jinte, prouvant par là la communion de leur pensée.

"Aujourd’hui, quand vous allumez la radio, tout y est rapide et nerveux. Ce n’est pas vraiment notre style, c’est pourquoi nous avons arrêté d’écouter ce qu’on y passe. Nous nous sommes tournés vers la musique des années 60, une époque où les gens disposaient de davantage de temps pour écouter de la musique." Plutôt surprenant et, en même temps, réconfortant, ce genre de constat de la part de jeunes musiciens de 25 ans. "Avant, quand on était étudiants, on buvait des bières, maintenant on préfère un bon verre de vin rouge installé dans un fauteuil confortable", rigole Jinte. Qu’est-ce que ce sera dans quelques années ? Vautrés dans un fauteuil à bascule, un verre de bourbon à la main ? "Je suis très vieux dans ma tête", renchérit-il. Et Maarten de compléter. "Quand vous êtes jeunes, vous voulez être plus vieux que vous n’êtes, cela a toujours été comme cela. Vous êtes jaloux de l’expérience des personnes plus âgées que vous."

Ah, ces fameuses années 60 ! En quoi fascinent-elles tellement nos jeunes musiciens ? "Les productions des années 60 ont beaucoup plus de caractère. De nos jours, on croirait que toute la musique est réalisée par ordinateur. Tout cela n’a pas l’air très vivant, on ne décèle guère de caractère ou une quelconque identité derrière. Regardez les Rolling Stones, et leur batteur Charlie Watts, c’est par cela que nous sommes attirés." Alors plutôt Rolling Stones que Beatles ? "Non. Les deux. Les mélodies des Beatles et la batterie des Rolling Stones" , détaille Jinte. "Mais nous sommes aussi influencés par Gainsbourg, Leonard Cohen ou, plus proche, Radiohead."

Quant au titre "Rats", a priori guère engageant, Maarten l’étaie. "Nous voulions, dans nos chansons, mettre en lumière la beauté des choses moches. Le rat était le symbole de cela. Nous avons beaucoup enregistré dans le métro, où errent pas mal de ces bestioles. Sans parler de mon appartement, que j’avais prêté à un ami lors de notre tournée avec dEUS et que j’ai retrouvé infesté de rats à mon retour."

"Rats", un CD Pias

En concert les 2/12 au Trix à Anvers, 6/12 au Het Depot à Louvain, 7/12 au De Kreun à Courtrai et 14/12 à la caserne Fonck de Liège (lors des Pias Nites avec également Roscoe et Jim Jones Revue).