Musique / Festivals

Beach House nous fait rêver depuis 2004. Et cela fait une quinzaine d'années que les mélodies pop diaphanes et spatiales du groupe de Baltimore invitent à l'introspection, à la mélancolie et à toutes formes chancelantes de sensations. Ce vendredi, Victoria Legrand – Française native de Paris et nièce du compositeur de renom (pour le cinéma) Michel Legrand – et son acolyte Alex Scally publiaient leur septième album. Un disque sobrement baptisé "7" qui ne déroge en rien à la tradition musicale du tandem, tout en s'octroyant quelques discrètes nouveautés (comme ce supplément d'âme électronique, sur les singles "Lemon Glow" et "Dive" notamment).

S'ils furent jadis épaulés par Chris Coady à la production de leurs quatre précédents albums, le duo goûtait ici pour la première fois à la liberté totale qu'offre le home-studio. Situé à deux pas de chez eux, ils l'ont monté de leurs petites mains et de celles de leur nouveau batteur de tournée James Barone, qui pour la peine était de l'enregistrement dans son intégralité. Enfin, Peter Kember, membre de Spacemen 3’s, a coproduit le disque avec eux (dans la foulée de ceux de MGMT, de Grizzly Bear ou de Moon Duo). Victoria Legrand nous y compte fleurette de sa voix androgyne toujours aussi hypnotique, nous parle forcément d'amour qui fait mal, de la beauté qui surgit de l'obscurité, des bienfaits de l'acceptation, de grandir et vieillir mieux en esquivant le déni.

Avant d'aborder votre actualité, un mot peut-être sur votre dernière double sortie quasi simultanée de 2015 ("Depression Cherry" en août et "Thank Your Lucky Stars" en octobre). Deux excellentes plaques lâchées en quasi simultané. Un luxe ?

Alex Scally : Les deux étaient prêts, donc on ne voyait pas pourquoi attendre des les publier. Pas que nous sommes spécialement productifs mais bon… Dans l'absolu, entre les chantiers entamés sérieusement et débuts de morceaux chaotiques un temps prolongés et les vrais départs de bonnes idées, deux chansons sur trois sont concrétisées. A l'époque, l'idée était un peu de court-circuiter le train-train promotionnel et d'amener directement les chansons aux oreilles du public sans la moindre transition. Et nous l'avons fait…

Victoria Legrand : Mais, avec le recul, c'était certainement une idée... moyenne. Nous avons appris pas mal de cette double sortie, mais c'est quelque chose que nous ne ferions plus. C'était un peu galère quand même. Au final, le bilan est plutôt positif mais nous avons, je crois, décidé à ce moment-là que nous ne ferions plus deux disques de la même manière et avec les mêmes personnes.

Ceci est donc votre septième album. Juste appelé "7". Un nombre qui a pour vous une signification particulière ?

V : L'avantage premier de l'avoir baptisé comme ça, c'est que cela laisse totalement ouvert le champ des possibles. Et j'adore forcément cette idée. Comme ça, nous n'imposons rien, aucun mot susceptible de tarir l'imaginaire ou d'induire la moindre mauvaise interprétation. D'autant qu'en usant de lettres, tous les titres potentiels qu'on trouvait semblaient fades ou réducteurs, et aucun ne semblait susceptible d'embrasser l'ensemble des morceaux.

A : Il y a un tas de chiffres qui revêtent assez peu d'intérêt. Pas le 7 en fait… Je le trouve fier et beau. Ne serait-ce que graphiquement... Cela devait être le titre d'un seul morceau du disque à l'origine, "L’Inconnue", pour sa progression rythmique en sept pieds (ce qui est assez particulier). Puis, on a changé d'avis, mais ce titre date déjà un peu et a été un point de départ de l'album que nous sortons aujourd'hui.

Pendant les trois années d'intervalle, vous avez décidé de prendre un peu de temps. Et surtout de travailler autrement, non ?

V : La différence principale, la seule qui compte finalement, c'est d'avoir fait ce disque nous-mêmes "à la maison", après avoir rassemblé tout le matériel nécessaire et installé le home-studio. C'est dingue le luxe, le confort et la liberté que ça procure… La créativité que cela a permis de dégager. Nous aurions dû faire cela depuis bien longtemps en fait.

A : Il y a le studio, du côté de Stamford dans le Connecticut et donc pas très loin de Baltimore où nos vivons. Mais aussi le fait de travailler les morceaux en incluant des nouvelles personnes dans 'notre équipe de deux' et dans le processus de création. En l’occurrence, Peter Kember à la production et notre nouveau batteur de tournée James Barone (le dernier, devenu papa, a raccroché les baguettes, NdlR) qui sont venus nous aider une fois les morceaux écrits et les premières maquettes misent en boîte.

Sur les deux nouveaux singles, "Dive" et "Lemon Glow", l'auditeur et le fan de Beach House ne peinera aucunement à reconnaître votre signature mais pourrait être un brin surpris. Moins de guitare, plus de synthés ou d'éléments électros...

A : Zero guitare sur le titre "Black Car", et presque pas non plus sur "Girl of the Year", en effet... Après, juste pour faire mentir tes statistiques, dans "Pay No Mind", il n'y a pas de clavier !

V : C'est l'humeur du moment, le feeling de l'époque et de l'écriture de chacun des nouveaux morceaux. C'est nous qui vieillissons aussi, mais qui voyons ça comme quelque chose qui a du bon, et laissons surgir en les découvrant de nouvelles envies, d'autres inspirations.

L'envie nouvelle et inédite c'est aussi le chant en français, avec ce morceau grandiloquent qu'on croirait échappée d'une BO de David Lynch ou d'Orange Mecanique, "L'inconnue". Grande première pour vous ?

V : Depuis toujours cette envie était en sommeil, on m'en a souvent parlé… Mais je n'étais d'accord de le faire que si cela sonnait complètement naturel. Je redoutais de paraître prétentieuse, je ne sais pas vraiment pourquoi cela me bloquait... Mais je savais qu'un jour ça arriverait spontanément. C'est fait.

> 1CD (PiaS). En concert à l'AB le 13 octobre.

© D.R.