Beck sans forcer en attendant l'AB

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Beck Hansen publiait son 13e album en octobre dernier. Un "Colors" aux tons un peu criards, qui néanmoins symbolisait tout le plaisir que nous éprouvions à l’heure de le retrouver. Des bacs à disques trop longtemps absent, l’Américain le fut des planches belges également. On se souvient d’une prestation sur la grande estrade de Werchter pour la sortie de "Modern Guilt" (2008), mais surtout d’une visite à Forest National le temps d’un live flamboyant en… 2014.

Si, dans l’intervalle, Hansen s’adonnait à quelques détours plus apaisés - le spleen matinal de "Morning Phase" (mis en boîte avec les musiciens déjà présents jadis au générique du sublime "Sea Change") et la compilation "Song Reader" qui n'avait pas provoqué la folie (collective des afficionados) – , l’homme au Grammy (n’en déplaise à Kanye) revenait donc les paumes enduites d’envies festives et un disque aux tonalités plus légères et joyeuses calé sous le bras.

Un nouveau chapitre de sa discographie visiblement bouclé sans trop se fouler, mais avec l'immense talent qu'on lui connaît : des presque tubes aux atours hautement pop ("Wow" et "Dreams"), du plastique ("Colors" et "Up All Night"), des vieux amours hip hop, des vieilles manies funky, quelques guitares discrètes parfois là ou ici et "Dear Life" sans doute notre titre favori… A l'autopsie, cela donne un curieux pot-pourri que Beck tentera de mettre en ordre sur les planches de l’AB mardi et mercredi. Mais nous avons aperçu le bout de sa guitare ce week-end sous le soleil nîmois...

Croisé derrière les arènes

C'est à l'occasion du festival This Is Not A Love Song que nous prenions la direction du sud de l'Hexagone en ce début de mois de juin. Un événement à l'ADN plutôt rock que nous avions testé, approuvé et plus que validé il y a deux ans. Du 1er au 3 de ce mois, le organisateurs conviaient le public pour une nouvelle édition – la 6e – au menu alléchant, comprenant entre autres les Breeders, The Jesus & Mary Chain (auteurs d'une prestation impeccable à l'électricité addictive), le rappeur américain Vince Staples (en mode fonctionnaire), Deerhunter, Phoenix ou encore Beck, dont nous allions pouvoir éprouver le retour sur scène avant l'heure belge.

Techniquement, Beck sait tout faire, c'est un véritable juke-box sur pattes. On ne connaît que trop bien la palette de ses nombreux talents, et l'on sait ce que l'homme, en live, a sous son grand chapeau : de l’électrique aux pincements acoustiques, du folk au groove en passant par l’électronique… Un dernier registre qui prenait de l'importance par périodes (en 2005 avec "Guero" et surtout "The Information" l'année suivante) dans sa carrière et reprenait une place prépondérante dans son répertoire dernièrement.

© D.R.

Mais pour la première fois, cet élan synthétique du musicien apparaît comme un aveu de faiblesse, une volonté de rajeunir le ton ou du moins d'abattre une carte moderne qui visiblement n'a plus le spontané des albums passés. Après une intro fantasmée sur l'imparable "Devil's Haircut" livrée pied au plancher (et une dédicace à tous les coiffeurs diaboliques de France), nous l'avons rapidement réalisé. Certes, la configuration outdoor ne va pas spécialement bien au teint de notre hôte, dont les mélodies instrumentées en équipe gagnent à rebondir sur les murs d'une salle. Mais force est de constater que les nouveaux morceaux sonnent malgré tout plutôt convenus et manquent cruellement de relief sur les planches.

Mais attention, ne jetons pas bébé Beck avec l'eau du bain. Après l'intro qui décoiffe, nous retrouvions aussi avec un plaisir non-simulé l'excellent "Sexx Laws", sautillé allègrement au son de la vieille pépite "Mixed Bizness", repris gorge déployée le classique "Loser", sorti nos meilleurs pas chassés sur l'enchaînement "Girl" / "E-Pro" et tendu le point à la cool pendant "Where it's at?" (prolongé sur le final "One Foot in the Grave"). On y retournera donc cette semaine pour retester tout cela au Boulevard Anspach et entre quatre murs.

Nicolas Capart

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