Musique / Festivals

ENTRETIEN

Pas stressé», chante Ben Ricour. A son image et celle de l'album «L'aventure»: posé, pétillant, souriant. Sur le titre éponyme, il ajoute: «Dans la vie y'a le mot aventure/ Pourvu que ça dure/ Pourvu qu'on soit d'accord pour ne pas abandonner. Si tout bascule à la malchance/Encaisse et avance...». «L'aventure, commente Ben Ricour, c'est la somme de mon vécu, et ma vision de la vie d'artiste: une vie pleine de risques; inutile de rester chez soi à attendre que les choses arrivent, il faut aller chercher les gens, échanger. La route, les concerts, c'est cela qui nous dynamise.»

Porter, parfumer les mots

Le trentenaire natif de la banlieue parisienne sait de quoi il parle. A peine sorti du bac, la tête pleine des textes de Souchon et des mélodies de Cure, le jeune Ben (jamin) se lance dans la musique.

«Je pensais naïvement que ce serait plus facile que les études. Je ne me rendais pas compte que je partais dans la vie active.» A coup de petits boulots, d'abord. Puis il monte un premier groupe, Arturo, qui tourne dans les bars et clubs de l'Hexagone avec un répertoire de reprises. «Six années d'aventure», des démos restées lettre morte, mais une expérience et une réputation qui se façonnent. Un concert aux Francofolies, une Fête de la musique mémorable aux côtés de Jacques Higelin, «des rencontres, des applaudissements - c'est essentiel de sentir qu'un vrai truc se passe», un bref retour à Paris («c'est l'enfer, l'usine»), des détours reggae, électro... Jusqu'à la rencontre avec Pierre Grillet, parolier de Bashung, Chamfort, Dani...

Un tournant: «J'ai recentré ma musique sur un personnage avec sa guitare. Les maisons de disque ont commencé à s'intéresser à mon projet. En fait, j'ai toujours eu deux facettes. Le rock faisait sortir l'énergie que j'avais en moi, mais à côté, j'avais une guitare folk avec laquelle je me racontais des petites histoires» conte Ben Ricour. «Pierre m'a appris à porter, parfumer les mots. On a créé une sorte de duo, on a fait des compromis artistiques, entre ses textes et mes compositions.» Musicalement, cela se traduit par une formule guitare-voix agrémentée de violoncelle, batterie, basses, programmations... La voix et les mélodies rappellent parfois celles de Gérald de Palmas (en plus grave et légère) ou de Daran. Les paroles, qu'elles soient signées Grillet ou Ricour, «collent» à leur interprète. «Sans raconter ma vie, il y a des phrases qui me correspondent, qui sont des vérités pour moi: dans «Ami d'enfance», «Pas stressé», «L'aventure»,...» «Vivre à même l'amour», «Le risque», «Je me réveille», «Plein soleil» aussi: des textes optimistes trahissent «une nature positive». Et puis «il est vrai que je suis rentré en studio peu après la naissance de mon fils: j'étais un peu sur planète papa...», confie l'artiste. Qui y a puisé l'audace d'écrire des chansons d'amour. «Avant, je trouvais qu'on était envahis de fausses chansons, je trouvais que c'était le thème facile. Là, je les ai faites avec sincérité.»

Des mains et des pieds

Pour charmer le public, Ben Ricour a d'autres atouts que ses yeux noirs: une présence sur scène, une spontanéité, une assurance, mine de rien, qui témoignent de l'expérience déjà acquise.

«Après les groupes, j'avais envie de liberté. Seul, je peux ralentir, accélérer, improviser, m'adapter au public. J'ai appris autant en un an et demi de concerts solo qu'en dix ans en groupe. C'est un passage que je conseille à tous les musiciens.»

En réalité, l'homme n'est pas tout à fait seul sur scène. Il y a sa fidèle guitare, avec laquelle il dialogue de toutes les façons. Il pince ses cordes, voyage sur son manche, mais tapote aussi, du bout des doigts ou du plat de la main, sur toutes les faces de sa caisse de résonance, utilisée comme une véritable percussion - à découvrir dans «Je tape fort», en vidéo live sur le CD. «En fait, je rêvais d'être batteur, confie-t-il, d'ailleurs, je ne suis pas dingue de guitare... mais celle-ci m'a accompagné à mes débuts, je la trimballe depuis douze ans. Elle est toute cassée, elle a des défauts, le manche s'est forgé avec mon jeu: jamais il ne se passera la même chose avec une autre.»

Et puis il y a le cajon, percussion sud-américaine, version détournée pour Ben, car il en joue, non de la main, mais d'un pied. De l'autre, homme-orchestre un peu magicien, il manipule un sampler, soit pour diffuser des séquences préenregistrées, soit pour en figer d'autres, en direct, et construire un morceau unique «selon les humeurs du jour». C'est cela aussi, l'aventure...

En été, saison des festivals, «L'Aventure» prendra la forme d'un groupe: «Je vais créer un trio - je recherche deux musiciens multi-instrumentistes.»

«Je me tiens plus droit»

Pas à pas, Ben Ricour construit son aventure, sans se soucier des modes. Certes,

«se faire une place dans la chanson française n'est pas facile». Mais l'intéressé ne part pas de rien, à l'instar d'un Albin de la Simone, longtemps musicien pour d'autres avant d'entamer un parcours solo, ou d'une Grande Sophie qui s'est aussi fait la main dans les bars. «Heureusement pour moi, cela commence à marcher maintenant, à 30 ans, plutôt qu'à 20: à cet âge-là, j'étais dispersé» analyse Ben Ricour. Pendant dix ans, il s'est passé énormément de choses qui font que je me tiens plus droit. Là, je tiens un chemin. Il a fallu que je passe par le rock, le reggae, l'électro, pour me dire que ce que je voulais faire, c'était prendre ma guitare acoustique et faire des chansons simples.»

C'est bien cela, désormais, qui fait courir Ben Ricour.

Ben Ricour, «L'aventure», Warner.

© La Libre Belgique 2005