Bienvenue chez Jacques

DOMINIQUE SIMONET Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

PARCOURS

En soi, exposer la musique est une gageure. «Music Planet» a prouvé qu'il était possible de relever un défi que «Brel, le droit de rêver» a aussi les moyens de réussir. Mise sur pied par la Fondation Jacques Brel que dirige sa fille, l'énergique France, l'expo qui s'ouvre au public le 22 mars s'inscrit dans le cadre de l'année Brel décrétée à Bruxelles. Mais France tient à préciser: «En anciens francs, l'expo coûte 120 millions, dont 75 % proviennent de la famille. C'est un cadeau de Jacques.»

A la recherche de l'homme

Sise au coeur de Bruxelles, en face des Galeries royales Saint-Hubert, l'exposition répartie sur deux étages fonctionne sur le même principe que «Music Planet» : la mise en situation pour aller au devant de l'homme au travers de lieux qui lui ont été personnels et de ses propos, «une rencontre avec Jacques».

Une chaise, une guitare appuyée contre, un verre et un mouchoir blanc dessus, et Brel qui, de dos, invite à le suivre. «Je crois qu'on réussit une seule chose: on réussit ses rêves.» Sur l'écran incrusté dans un des murs de la place Ste-Justine, Jacques Brel donne le ton. Le tram 33 pointait son nez jaune pâle sur la place, et la section suivante invite à s'y asseoir. Des images d'avant-guerre défilent, départ de trains de soldats, puis les routes de l'exode, avec «quelques Allemands disciplinés qui écrasaient ma belgitude» : l'expo offre ici sa première chanson inédite, «Mai 40».

Ensuite s'ouvre la chambre de Jacky avec, accroché au bout du lit, béret et foulard scouts. Durant cette «enfance où il ne se passait presque rien», le gamin allait déjà au bout de lui-même, sur son vélo de course avec lequel il roulait «jusqu'à tomber». Seul, morose, il se créait tant bien que mal son Far-West, était ému par l'odeur de la soupe aux choux de sa grand-mère, à chacun sa madeleine... Toutes ces pièces, comme le salon familial avec son vieux poste de radio et ses murs recouverts de tapis ocre pâli et sali, restituent bien une ambiance à laquelle des objets, dont certains appartiennent à la famille, donnent un cachet d'authenticité.

Subtil, ce couloir qui mène de la Gare du Nord à Bruxelles au métro de Paris, station place du Tertre. L'appartement parisien est prétexte à raconter l'aventure des chansons, six mois depuis l'idée jusqu'à son mûrissement. N'étant pas l'objet de cette expo, le Brel chanteur défile en un rapide kaléidoscope sur 15 ans de concerts, d'enregistrements, de tournées mondiales. Et puis, s'il arrête le tour de chant -mais pas la chanson-, c'est par appel de la liberté, par honnêteté aussi à un moment du métier où il aurait pu devenir un faiseur: «C'est marrant, personne n'a voulu que je commence, et personne ne veut que j'arrête», constate-t-il avec humour.

L'élégance du désespoir

Mais sa quête est loin d'être terminée: elle se poursuit avec «L'Homme de la Mancha», le cinéma, le ciel en avion, la mer en bateau: alors que de grands écrans débordent de houle, résonne, inédite, «La Cathédrale». Ces bateaux mènent bien sûr aux Marquises où, sous l'avalanche de fleurs, gémir n'est certes pas de mise et où l'on peut «Etre désespéré mais avec élégance», troisième et dernier inédit. Curieusement, aucun portrait de Madly, la compagne des dernières années, ne figure aux murs de la maison polynésienne...

Le moment est venu de l'au-revoir, pas plus triste que la mort en soi d'ailleurs, mais un peu pompeux. Sur le plan de la connaissance, l'exposition n'apporte pas grand-chose à qui fréquente un tant soit peu l'oeuvre brélien, sauf à considérer que l'émotion en est une composante essentielle, car c'est à elle que parle «Brel, le droit de rêver». On n'en doutait pas vraiment, c'est confirmé: Brel, 25 ans après sa mort, a toujours quelque chose à nous dire.

De 9h30 à 20h30, 7 jours sur 7 (sauf fériés) au 50 rue de l'Ecuyer, 1000 Bruxelles. Rés. oblig.: 02.511.10.20, 070.223.013, Fnac ou Webwww.jacquesbrel.be.

© La Libre Belgique 2003

DOMINIQUE SIMONET

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