Billy Corgan se la joue solo

Van Dievort Charles Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

Trois ans après Monuments to an Elegy, le dernier disque en date des Smashing Pumpkins, Billy Corgan s’offre un second album en solo après l’échec de The Future Embrace paru en 2005. Au menu : 11 titres entièrement acoustiques (guitare, piano et arrangements de cordes) à des années lumières des déchaînements de décibels auquel le leader d’un des groupes les plus marquants des années 90 nous a habitué par le passé.


Pourquoi avoir attendu 12 ans avant de sortir un nouvel album sous votre propre nom ?

"Quand j’ai sorti mon premier album solo, j’ai été choqué par le fait que la plupart des gens attendaient qu’il sonne comme un disque des Smashing Pumpkins. J’avais délibérément fait un album différent et travaillé dur pour y arriver. Et tout ce que j’ai entendu à son propos, c’est qu’il ne ressemblait pas à ce que les gens attendaient. Si c’était pour entendre ça quoi que je fasse, alors autant le faire sous le nom Smashing Pumpkins et c’est ce que j’ai fait. Mais je me suis lassé de travailler sur un nouvel album du groupe et j’ai tout laissé tomber pour faire un long voyage à travers les États-Unis et prendre la température du pays que j’ai essayé de retranscrire dans ces nouvelles chansons. Il m’a fallu une douzaine d’années pour comprendre que je ne voulais plus faire un disque des Smashing Pumpkins et donc d’en produire un sous mon nom."

Avec cet album entièrement acoustique, n’avez-vous pas peur de complètement déstabiliser vos fans ?

"Les gens m’identifient comme un rockeur mais pour moi, tout commence avec une guitare acoustique ou un piano. Bien qu’enregistrée de manière électronique, une chanson comme 1979 a été composée sur une guitare acoustique. Idem pour Bullet With Butterfly Wings . Si je devais comparer ma façon de travailler avec ce qui se fait dans le cinéma, je dirais que les Smashing Pumpkins reviennent à faire des films de science-fiction, tandis que les albums acoustiques sont des Westerns."

À l’écoute de ce nouveau disque, on a le sentiment qu’on vous découvre sans artifice…

"C’est bien ça. Il y a une dizaine d’années, je n’aurais pas pu faire cet album. Longtemps, sur scène et lors des interviews, je me suis caché derrière un personnage au point de semer la confusion chez tout le monde. Un ami comme Marilyn Manson pensait que j’étais réellement ce personnage… Me voici donc désormais sans cet accoutrement, tel que je suis."

C’est pour ça que ce disque porte votre vrai nom, William Patrick Corgan, et non votre nom de scène qui est Billy Corgan ?

"Il y a quelques années, j’ai commencé à demander à ma famille et à mes amis de m’appeler par mon vrai nom parce que je ne me sens plus être Billy. La presse en a eu vent et a commencé à polémiquer sur le sujet en disant que je refaisais des miennes, une fois de plus. L’Amérique est aussi stupide que ça, on y cherche en permanence la polémique. Alors, quand il s’est agi de sortir ce disque, j’ai continué sur ma lancée parce que ça rend les gens fous. En fait, c’est une farce."

Ces dernières années, vous avez multiplié les projets artistiques mais aussi dans des domaines tout à fait différents. Vous avez investi dans des restaurants, dans le catch et même ouvert un salon de thé. Pourquoi ?

"Ça m’aide à ne pas disjoncter. Quand ma vie se cantonnait à la musique, ça m’a clairement rendu fou et entraîné à faire des choses qu’il ne fallait pas pour que les gens écoutent mes chansons. En m’investissant dans d’autres projets pour ensuite revenir très motivé à la musique me paraissait quelque chose de plus équilibré. Le business de la musique est un cauchemar ! Ça n’a rien à voir avec ce que j’imaginais quand j’étais jeune. J’ai pensé arrêter la musique à plusieurs reprises. Elle est sacrée à mes yeux sauf qu’elle perd ce caractère quand on est pris dans le business de l’industrie. Ça revient à produire des saucisses. Vous m’imaginez à 16 ans, dans ma chambre, devant le poster de Jimi Hendrix et lui dire que je vais produire des saucisses et que ce sera fabuleux. (rires)"

L’an dernier, il était question d’une reformation des Smashing Pumpkins avec le line-up original du groupe. Qu’en est-il ?

"Honnêtement, j’en sais rien. Les gens ont du mal à comprendre que les problèmes au sein du groupe étaient liés aux personnes et pas la musique. Avant de pouvoir nous rassembler à nouveau, il faut d’abord qu’on évacue ces choses-là. Quand vous avez fait partie d’un groupe aussi extraordinaire que l’étaient ou le sont les Smashing Pumpkins, l’objectif c’est d’être heureux et de rendre les gens heureux et pas de retomber dans les pièges du business de l’industrie qui voudrait qu’on empoche le pognon pour aller jouer 1979 dans un trou perdu au Maroc. Quoi qu’il en soit et malgré les nombreuses erreurs commises, je suis fier de ce qu’on a fait avec le groupe."


Van Dievort Charles

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