Blondie est de retour, soyez maudits!

VINCENT BRAUN Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

ENTRETIEN

À LONDRES

Allons droit au but: Blondie a bel et bien son avenir dans le rétroviseur. Le groupe new-yorkais fondé au milieu des années 70 est depuis belle lurette entré dans la légende du grand cirque rock'n'roll. Entre autres grâce à la personnalité de sa chanteuse, Deborah Harry, figure archétypale de la blonde platine et détonateur involontaire de l'explosion des groupes de fille(s). Mais quatre ans après leur retour (après 17 ans de silence), les New-Yorkais sortent «The Curse of Blondie», un album aussi foisonnant que passionnant. Rencontre à Londres avec «Debbie» Harry dans un palace branché de la City. Cheveux peroxydés, make-up pâle impeccable, rouge à lèvre tirant sur le rose bonbon, blouse blanche transparente sur t-shirt blanc et pantacourt kaki échancré jusqu'au genou, la dame, 58 ans depuis peu, n'a rien perdu de son pouvoir de séduction. Elle tente vainement de déloger un chat du fond de sa gorge à grandes gorgées de thé sucré.

Avec un titre pareil («La Malédiction de Blondie»), vouliez-vous effrayer le public?

À peine... Non, je pense que c'est plutôt drôle, comme un mélodrame ou une comédie noire. Mais on peut le prendre comme on veut. La malédiction est habituellement prise négativement, mais elle peut être positive. Ça dépend du point de vue. Ce peut être une malédiction comme une bénédiction.

La bénédiction c'est que la griffe Blondie, associant rock, funk, électro, reggae, et même jazz, fonctionne toujours 25 ans après vos débuts...

Oui, c'est ce que nous avons toujours fait. Nous sommes une sorte de miroir qui réfléchit toutes les influences et les genres musicaux que nous aimons. Être un groupe urbain, new yorkais, brasser tout ce qu'on y trouve, c'est ça notre style. Peut-être même que cette fois, c'est un peu meilleur...

«Hello Joe» est dédicacée à Joey Ramone. Quelle influence ont eu les Ramones sur la musique de Blondie?

Je ne sais pas si les Ramones ont eu une influence directe sur notre musique. Leur importance vient plutôt de ce qu'ils étaient, de l'originalité de leurs chansons, de leurs paroles à la fois intelligentes et drôles, du fait que nous ayons joué ensemble, que nous étions amis et voisins.

La dernière chanson, «Desire brings me back», parle-t-elle de la préciosité du désir pour fuir la mort?

Je pense que la chanson a moins à voir avec l'idée de la mort que celle d'une réaffirmation de la vie. Elle parle aussi de l'engagement envers une autre personne. J'y chante (elle scande des mains): «De retour à la terre/ Je suis centré sur toi/ Tu es mon centre/ Tu es ma terre/ Mon désir pour toi toujours m'y ramène/ Le désir m'y ramène» (Ndlr: traduction de l'américain).

Sur ce titre, les arrangements sonnent très jazz. Pourquoi?

Pour moi, dans les années 60, les groupes de rock jouaient comme cela. C'était la jam, lorsque les groupes se rencontraient. Ils faisaient aussi en public des improvisations libres, un peu folles. C'est le genre de chose qui nous propulse. C'est un morceau fantastique. La fille qui l'a écrit est une musicienne de jazz qui a une petite formation avec qui j'ai déjà chanté. J'aimais beaucoup ce morceau et elle a accepté que je le reprenne pour notre album.

La reformation de 1999, c'était pourquoi?

C'était l'idée de Chris. Il m'a dit si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera plus jamais. J'ai dit: «Quoi? Tu es fou?» J'y ai refléchi, nous en avons parlé. Ce qui nous a aidé à franchir le pas, c'est la curiosité et les encouragements de la compagnie de disque. Et puis, de tous les groupes avec lesquels nous avons débuté, nous sommes les seuls à être encore tous en vie. C'est plutôt inhabituel. C'est triste, mais vrai.

Quelles sont les grandes différences entre le Blondie des années 70 et 80 et celui du XXIe siècle?

Nous sommes plus âgés... Plus âgés, et plus sages. Vraiment. Nous sommes meilleurs dans ce que nous faisons.

Vous êtes américaine. Êtes-vous sensible à la manière dont les Etats-Unis s'illustrent sur la scène internationale...

Je ne sais pas si c'est tant les Etats-Unis que George W. Bush. Il voit grand, et je n'aime pas cette manière de faire. Je trouve ça embarrassant que les responsables de notre gouvernement soient aussi maladroits, discourtois. Ils marchent sur les pieds des autres. J'ignore si c'est parce qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher ou parce qu'ils sont stupides. Ce n'est pas correct, ce n'est pas malin. Il y a pourtant des gens intelligents aux Etats-Unis. En fait, en politique comme ailleurs, il y a toujours un mouvement de balancier, avant et arrière. Actuellement, nous sommes clairement vers l'arrière.

Et vous, gardez-vous une nostalgie de vos débuts avec Blondie?

Oui, vraiment. Dans mon coeur. C'était vraiment une époque merveilleuse pour moi. Peut-être que je vois les choses un peu plus roses qu'elles ne l'étaient vraiment. Franchement, quand les avions ont percuté le World Trade Center le 11 septembre 2001, j'aurais voulu être encore dans les années 70. C'était une époque un peu plus innocente, où tout paraissait plus léger.

«The Curse of Blondie» (Sony).

© La Libre Belgique 2003

VINCENT BRAUN

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