Bob Dylan broie à nouveau du noir

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Cela commence comme un petit air de jazz sautillant, une comptine néo-orléanaise. Et puis le vieux Zim, 71 balais bien sonnés, se lance avec une voix grasseyante à la Louis Armstrong : voilà qu’au 35 e album studio, Bob Dylan étonne encore musicalement. A se demander si "Tempest" est bien sérieux Faux-derche ! Plus grave, plus sombre, plus morbide que jamais est son propos, bien emballé dans ce qui est sa recette préférée depuis une douzaine d’années, un gumbo blues, country, folk et rockabilly. Tout des genres qui précédaient le temps où ce même Dylan menait la révolution pop des années soixante...

Pour le bien réussir, ce gumbo, Dylan ne prend pas de risque. Le groupe qui a fait ses preuves sur scène est aussi celui de studio. Y compris deux fines lames des six-cordes, Charlie Sexton et un invité de marque, David Hidalgo, des Lobos. D’après la maison de disques, cet album est censé commémorer le cinquantième anniversaire du premier, qui s’appelle tout bonnement "Bob Dylan", tête d’ange un peu voyou sur la pochette. Paraissant aux Etats-Unis le 19 mai 1962, il recèle notamment "Song For Woody", hommage au grand prêtre folk Woody Guthrie, image paternelle pour un jeune Dylan en quête de références. Bob Dylan au XXIe siècle, c’est le retour des choses.

Il retrouve aussi le blues lancinant à la John Lee Hooker ("Early Roman King") qui présidait à "Highway 61 Revisited", album de référence paru en 1965. Et l’on sent surtout que ce groupe tourne rond. "Narrow Way" a aussi quelque chose de "Highway 61", quelque chose de répétitif et de long comme la route. C’est l’une des caractéristiques du disque : Bob Dylan y retrouve le sens des grands espaces musicaux. "Tempest" et ses 45 couplets durent 14 minutes. L’espace, le temps, l’espace-temps sont la vraie liberté de l’homme. Liberté dont le vieux Zim a reçu la médaille cette année, la plus haute distinction civile aux Uhessas.

14 minutes et 45 couplets sans refrain pour dire quoi ? Sa propre vision - effroyable - de la catastrophe du Titanic. Cela permet d’entendre Bob Dylan citer Leonardo DiCaprio, l’une des autres surprises de "Tempest" Ces dix nouvelles chansons ont été écrites et composées par l’homme de Duluth et de Woodstock, à part l’ouverture, "Duquesne Whistle", coécrit par Robert Hunter, poète vétéran du Grateful Dead, chacun sa guerre. L’on y retrouve les préoccupations habituelles de Robert Allen Zimmerman, soit la violence, la tragédie, la mort, Dieu.

Ça le motive. Tout au long de "Tempest", on sent son songwriter bien vivant, qui en veut et comme on l’aime, brut de décoffrage un brin déroutant tout de même, mais pas déconnnant au risque de dérapage comme on l’a connu. Car il n’a pas toujours été drôle après la succession incroyable de chefs-d’œuvre des années 60 et 70. A force de contradictions, il s’est même éloigné d’un public tout content de le retrouver en 1997 avec "Time Out Of Mind". Depuis, c’est comme un retour en grâce dont le rythme s’accélère : "Love & Theft" (2001), "Modern Times" (2006), sa meilleure vente avec 2,5 millions d’unités, "Together Through Life" (2009), premier numéro 1 simultané aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Commercialement, Bob Dylan, ça marche, raison d’être aussi de "Tempest".

Certes, l’album n’égale pas les incomparables "Hightway 61", "Blonde on Blonde", "Blood on the Tracks", mais il montre un Dylan capable d’écrire et d’interpréter dix nouvelles chansons qui font mieux que tenir la route : elles sonnent vrai.

"Tempest", Bob Dylan, Columbia/Sony Music. Téléchargement, vinyle, CD.

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