Musique / Festivals

Angèle vient enfin de sortir "BROL" sur son propre label. Consécration ou déception ?

Dire que tout le monde attendait Angèle au tournant relève de l’euphémisme. Sacrée future reine de la pop sur base de deux petits morceaux et une gestion parfaite de son image sur Instagram, la “fille de/sœur de” avait autant de chances de percer que de s’écrouler avant même d’avoir éclos. Le résultat, n’en est que plus bluffant. La gamine minouche à l’univers rose bonbon a du fond, une plume, un réel sens de la composition et un bagou qui la font instantanément sortir du lot.

Les thèmes abordés sont très générationnels (“Insta”, les rivales amoureuses, le spleen,…) et le “franglais” en rebutera quelques-uns, mais ce “Brol” tient la distance, s’écoute d’une traite, et fait souffler un vent de fraîcheur aussi naturel qu’intelligent sur le monde de la musique pop contemporaine.


Il y a un an, personne ou presque ne connaissait la "petite Van Laeken". Il se murmure à l'époque, que la fille de Laurence Bibot et Marka fait dans la chanson, donne quelques showcases dans des bars, et bénéficie d'une solide communauté de fans sur Instagram. Ses morceaux n'existent pas encore, mais le personnage - lui - est là, ancré dans le paysage audiovisuel 2.0 grâce à de petites vidéos funs et drôles, dans lesquelles Angèle alterne vocalises et bons mots. 

Jolie et maligne, drôle mais fragile, sensible tout en étant fort-en-gueule, elle incarne parfaitement la féminité moderne où les clichés peuvent aller se faire "mmh mmh", et où une jeune femme peut frontalement tenir tête à la gent masculine sans y perdre une once de sensualité. Smartphones obligent, les divas des plateaux télé et les 10.000 voix en gestation de "The Voice" peuvent arrêter les frais. Aujourd'hui, c'est à cette petite blonde marrante et naturelle, en contact direct avec ses fans, que les jeunes (et moins jeunes) filles s'identifient.


La "Loi de Murphy" et ses 12 millions de vues sur youtube sont là pour en attester : avant même d'avoir sorti le moindre album, Angèle est devenue LA révélation de l'année. Tout au long de l'été, mademoiselle a défilé dans les plus grands festivals du pays, créé son propre label (VL Record) et redistribué les rôles dans la famille Van Laeken. "Les parents" et "le frère de" ont bien dû s'en accoutumer, et attendre - comme tout le monde - la sortie du "premier album" tant annoncé. 

L'exercice était risqué, les attentes certainement démesurées, et le résultat... à la hauteur du phénomène. Bien entourée, Angèle a su remiser son apparat de starlette pour redevenir chanteuse, avec autant de maîtrise que de fraîcheur. La blondinette n'a pas sombré dans la caricature. Son personnage, c'est elle, avec ses amours, ses emmerdes et ses préoccupations quotidiennes. N'étant pas franchement situés dans le public cible, nous n'avons par frissonné d'émotion à l'écoute des paroles. Mais l'ensemble est bien écrit, et propose - à l'image de son auteure - un mélange parfaitement équilibré de candeur post-adolescente, de savoir-faire et de maîtrise du propos.


Passons "La Loi de Murphy" et "Je veux tes yeux", titres jumeaux, dansants et vicieusement efficaces, qui restent en tête dès la première écoute. "La Thune", troisième single, ouvre cet album sur une note plus tranquille, proche du reggae, qui installe d'emblée une ambiance rose pastel. "Balance ton quoi" est plus accrocheur sur le fond et remarquable sur la forme, puisqu'il trouve l'équilibre parfait entre douceur de la voix, saveur rythmique et recadrage en règle de la gent masculine. 

Tout cela fleur bon la simplicité pop qu'on adorerait détester, mais on finit par chantonner ces titres sans même le réaliser. Avec "Jalousie", force est de constater que cette simplicité est d'ailleurs moins évidente qu'annoncé. Angèle a bien bossé sur l'extension de son univers musical. Elle évite de se répéter et donc, de lasser. "Tout oublier" s'attaque fort pertinemment au spleen qui n'en finit plus d'être à la mode, avant de céder la place à la plus belle pièce de ce disque.

Seule au piano sur "Nombreux", cette romantique assumée et amoureuse se laisse aller à une déclaration touchante de simplicité et vibrante d'honnêteté, n'en déplaise aux milliers d'auditeurs enamourés. On se rapproche un poil de cette Hélène Ségara écoutée par Angèle pendant des heures (et de son propre aveu) dans sa chambre d'adolescente, et cela fonctionne parfaitement. Certains titres sont sans doute oubliables, mais "Ta Reine" et "Flemme" parviennent à maintenir un certain rythme jusqu'au "flou" final. Pour un premier album, difficile d'espérer plus pertinent et convainquant.

Angèle, Brol (***), sorti le 5 octobre, VL Productions


© Charlotte Abramow