Musique / Festivals

Petite sélection non-exhaustive des albums qui ont atterri sur nos platines ces derniers jours. Au menu: London Grammar, Rejjie Snow, Alt J, Willie Nelson et Youn Sun Nah.

London Grammar - "Truth Is A Beautiful Thing" ** (Universal)


"If You Wait", premier album de London Grammar, a déclenché un petit séisme sur la planète pop, lors de sa sortie en 2013. Portés par la voix magnifique d'Hannah Reid, les singles "Hey Now" et "Wasting My Young Years" ont instantanément plongé le public dans un torrent d'émotions brutes. A l'image de "The XX" un an plus tôt, les trois musiciens de Nottingham ont donc réussi le coup parfait: installer dès leurs premières compositions un univers fort, singulier et cohérent - larmoyant diront les mauvaises langues - porté en live par le charisme magnétique et fragile de la jeune femme de 22 ans.

Quatre ans et une longue tournée plus tard, les Londoniens sont de retour. Après le succès colossal de leur premier album, les trois amis ont vraisemblablement fait ce qu'il fallait: attendre, prendre le temps de respirer et donner l'occasion à leur univers d'évoluer. Même si l'on retrouve les éléments qui ont fait le succès de London Grammar (piano minimaliste, omniprésence de la voix de Reid, textes simples) "Truth is a beautiful thing" se veut plus "grandiloquent". Produit par le DJ londonien Jon Hopkins, "Big Picture" donne instantanément envie d'aller se perdre dans de grands espaces, "Rooting for you" et "Hell to the liars" sont dopés aux cuivres et "Oh Woman, Oh Man" ferait presque penser à une pub pour "Ushaia" avec ses choeurs. Certains fans durs risquent donc d'être déçus, on ne retrouve pas l'effet de surprise du premier album et le groupe perd sans doute en magnétisme ce qu'il gagne en diversité. D'autres reprocheront à London Grammar de vouloir calibrer leur son pour les stades et les grands festivals dans lesquels ils se produiront cet été. Mais comme nous le disait Dan Rothman lors de notre rencontre (à lire la semaine prochaine) "On aurait pris autant de risques en décidant de ne pas évoluer qu'en élargissant notre spectre". (V.D.) En concert au Pukkelpop le 18 août.

Rejjie Snow - "The Moon And You" ** (autoprod)


Si la chose demeure rare sur la planète hip hop, Rejjie Snow est à la fois excellent rappeur et Irlandais. De son vrai nom Alex Anyaegbunam, il a néanmoins poussé de racines jamaïcaines – par sa mère – et nigérianes – par son père. Le jeune homme fêtera 24 printemps fin juin, mais taquine le micro depuis ses 16 ans. Dans son escarcelle, 2 EPs, dont le premier signé de son ancien blaze, Lecs Luther. Et déjà bien des espoirs fondés. Il y a peu, le MC dévoilait l’irrésistible banger “Flexin” et le plus consistant “Crooked Cops”, probables pépites de l’album annoncé et maintes fois reporté “Dear Annie”, promis pour l’été. Voici donc une bonne petite mixtape pour patienter… Sa première sortie depuis 4 ans, portée par le très soul “Purple Tuesday” avec Joey Basa$$, et produite par Benjamin Miller et le Bruxellois Shungu (sur 3 tracks !). (N.Cap) En concert à Dour le 15 juillet.


Alt J - "Relaxer" * (PIAS, Infectious Music)


Après avoir sorti un premier album exceptionnel au succès retentissant (An Awesome Wave), Alt J a plutôt bien passé le toujours difficile cap du “deuxième album”, sans se renouveler mais en élargissant suffisamment son spectre pour ne pas lasser. Devenu incontournable, le groupe était donc fortement attendu pour cette troisième livraison qui se révèle malheureusement décevante. Hormis l’excellent single “In Cold Blood”, une reprise intéressante et planante du classique “House of Rising sun” et un “Deadcrush” plus dansant, cette nouvelle plaque baptisée “Relaxer” ne convainc pas. “Adeline” n’atteint pas le niveau émotionnel des précédentes compositions d’Alt J, “Hit Me Like That Snare” rend la voix de Joe Newman insupportable, et l’ensemble, surproduit, dégage in fine un sentiment de déjà entendu. (V.D.) En concert à Rock Werchter le dimanche 2 juillet.


Willie Nelson - "God's Problem child" *** (Sony Music)


Le vieil outlouw ne déposera jamais les armes. A 84 ans, Willie Nelson est et reste un auteur-compositeur et un chanteur exceptionnels. A la manière de Johnny Cash, il est mû par la foi et par des combats libertaires, environnementaux, éthiques. Ce ixième album – il en fait parfois deux par an, alors qu’à d’autres il faut cinq ans pour en faire un – est bien sûr hanté par la mort. La sienne, parfois annoncée sur l’Internet mais vite rectifiée d’un vigoureux “Still Not Dead”. Celle de ses amis, comme Merle Haggard, parti l’an dernier, et auquel Willie Nelson dédie “He Won’t Ever Be Gone”. Du coup, il en profite pour ramener ceux qui sont toujours là, comme Leon Russell ou Tony Joe White, dans le magnifique “God’s Problem Child”. Il n’y a pas mieux pour un grand plaisir nostalgique et empreint d’humanisme. (D.S.)


Youn Sun Nah - She Moves On *** (New Arts Intl)


Entre les mains expertes du multi-instrumentiste new-yorkais Jamie Saft, la chanteuse coréenne Youn Sun Nah prend un tournant résolument pop. À part l’ouverture et la coda, qui sont personnels, le reste de ces 11 chansons est tiré du répertoire de la musique populaire. On y croise aussi bien Paul Simon que Joni Mitchell ou des traditionnels, ou encore un obscur Lou Reed, “Teach The Gifted Children”, tiré d’un album de 1980 qui n’est pas son meilleur. De tout cela, la chanteuse tire le meilleur parti, sur un mode plus contemplatif, moins swing qu’à l’accoutumée. S’y entend clairement l’influence de Steely Dan, ou de Jimi Hendrix dans un “Drifting” survolté par la gratte électrique de Marc Ribot, invité de marque. Tous les ingrédients d’un succès mérité. (DS) En concert au Gaume Jazz Festival le 13 août.