Musique / Festivals Petite sélection non-exhaustive des albums qui ont atterri sur nos platines ces derniers jours. Au menu: King Gizzard, Aldous Harding, An Pierlé, Moby et Ahmad Jamal.

Aldous Harding - "Party" **** (4AD/V2)



Hannah "Aldous" Harding est un petit éclair tombé d'un nuage. Une décharge électrique céleste. Une chanteuse, auteure et compositrice néo-zélandaise au phrasé hypnotique de 26 ans, comme, avant elle, Lorina sa maman. Originaire de Lyttelton, elle mine ses chansons de roulages de «R» à l'élégance maladroite, depuis deux albums et trois ans. Et à chaque éclat de voix de cette "fête" mélancolique, une forêt de frissons se dresse sur l'épiderme.

Plus encore que sur son précédent, Aldous est ici totalement habitée, déclame avec une sensibilité à faire trembler les murs. Sa voix évoque parfois celle de la belle Nico. Sa plume chante la mort, célèbre la vie, retient la douleur, ose l'amour avec une justesse et une impudeur qui imposent le respect. Neuf merveilles, réalisées avec le concours du chantre country Marlon Williams et de monsieur John Parish, habitué des brunettes aux cordes intenses car complice de longue date de PJ Harvey.

Celle-ci semble avoir le caractère tout aussi trempé. Capable de jouer la cow-girl lascive tout en implorant le retour de l'être aimé, dans un clip génial en forme de contre-pied ("Blend"). Ou de fendre les crânes comme les cœurs de cet ultime et déchirant "Swell Does the Skull". Personne ne nous avait chatouillé les glandes lacrymales comme ça depuis les débuts d'Alela Diane. En concert le 24 août au Parc Royal. (N. Cap)


King Gizzard and the Lizard Wizard - "Murder of The Universe" ** (PIAS)



Le groupe de rock le plus prolifique et passionnant du moment sort un nouvel album! Le onzième depuis sa création en 2011, le troisième en un an et le deuxième d'une série de cinq annoncés pour la seule année 2017. Vous suivez toujours? Malgré ce déluge de titres, les Australiens psychédéliques n'ont manifestement pas l'intention de refréner leurs envies d'expérimentation. Après avoir basé tout un album sur les microtonalités, soit l'usage de notes qui ne font pas partie des gammes traditionnellement jouées en occident ("Flying Microtonal Banana", sorti en février), King Gizzard livrera le 23 juin sa propre version du conte fantastique.

Doté de 21 titres (!) "Murder of the universe" est donc plus proche de l'opéra-rock psychédélique raconté à coups de synthés, de double batterie et de chants apocalyptiques, que de l'album en tant que tel. La musique ne s'arrête pas une seconde, chaque partie est introduite par une plage de "spoken word", et l'ensemble est complètement barré. Les âmes sensibles s'abstiendront. Les autres, se réjouiront d'une telle vitalité rock n' roll alors que le genre est plutôt moribond et fileront voir ces bêtes de scène en live. En concert à "De Kreun" le 21 juin.(V.D.)

An Pierlé - "Cluster" *** (PIAS)



Jolie pépite. Après “Arches”, voici “Cluster”, qui clôt le diptyque. Sur “Cluster”, tout est solennel, posé, ralenti, comme une invitation au recueillement. La chanteuse flamande An Pierlé poursuit son exploration, bien entourée, notamment par son compagnon et producteur depuis 20 ans, Koen Gisen. L’idée d’un instrument – l’orgue – qui prendrait l’essentiel de la place est née à l’occasion d’un concert en solo dans l’église Sint-Jacob à Gand. Entre profondeur et luminosité, An Pierlé se joue des contrastes. Toujours en recherche, l’artiste de 40 ans sublime l’orgue de sa voix cristalline qui côtoie les cimes (“Road to Nowhere”) pendant que le saxo ou la trompette rehaussent les titres de leur présence altière. Les amateurs avertis trouveront, dans le livret, les accords des chansons. Belle attention. En concert le 30 juin à l'Abbaye de La Cambre. (MAG)


Ahmad Jamal - "Marseille" **** (Harmonia Mundi/PIAS)



Son extraordinaire vitalité, Ahmad Jamal la puise dans sa force spirituelle. Celle-ci imprègne son jeu, ses accords solaires, ses rythmes essentiels, sa dynamique automotrice. À 87 ans, le pianiste originaire de Pittsburg – comme Erroll Garner, tiens donc – en remontre à toutes les générations qui suivent et pour lesquelles il fait figure de phare en ces temps étriqués. Le titre de l’album est son thème : le sage mystique s’est entiché de la cité phocéenne, ouverte sur l’Afrique et sur le monde. La pièce “Marseille” est déclinée d’abord en instrumental, ensuite avec le spoken word du Franco-Congolais Abd al Malik – affinités spirituelles –, enfin par la voix magique de la Franco-Béninoise Mina Agossi. La clarté du message d’Ahmad Jamal transcende sa musique à la texture complexe et à l’abord infiniment évident. (DS)

Moby and The Void Pacific Choir - "More Fast Songs About The Apocalypse" * (Autoproduction)


Non, le petit bonhomme chauve n'a pas disparu de la circulation. Il est même hyperactif depuis la sortie de l'album "Wait For Me" en 2009. Outre sa collaboration poussée avec Mylène Farmer dont il a partiellement écrit et produit le disque "Bleu Noir", Moby a fondé un groupe de Heavy Metal, sorti deux albums solo (tous les deux des échecs commerciaux) et ouvert un restaurant vegan. Depuis 2016, il officie également au sein du groupe "The Void Pacific Choir", qui vient de mettre en ligne son deuxième album: "More Fast Songs About The Apocalypse". Disponible gratuitement, ce mix étrange entre post-punk, dance et rock n' roll noisy, nous laisse un poil perplexe, et illustre une fois de plus que le bonhomme a bien du mal à se renouveler. (V.D.)