Bonnes nouvelles des étoiles

P.D.G., D.S et S.L. Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Coincée entre deux icônes "alternatives" françaises, Marie-France et Daniel Darc, Brisa Roché aurait pu s'inquiéter de l'accueil que lui réserverait le chapiteau. Mais ce n'est visiblement pas dans son caractère. En bonne fille de babas cool californiens qu'elle est, l'extraterrestre américaine impose, avec gaieté, un univers où les comptines enfantines croisent de douces mélodies pop, rock ou blues. Le plaisir évident qu'elle prend à chanter, et son groupe à jouer, ainsi que sa fantaisie naturelle, lui assurent la sympathie du public présent.

Dès la fin de son set, les rumeurs les plus alarmistes sur l'état d'ébriété de Daniel Darc bruissent. A tort. Si la voix est parfois pâteuse et l'élocution pas toujours claire, le rocker français paraît plutôt en forme. Les trois-quarts du long concert sont bien évidemment consacrés aux deux derniers albums, "Amours suprêmes" et "Crève coeur". Mais, comme pour rappeler, que sa carrière solo n'a pas commencé en 2004, Darc exhume aussi quelques morceaux tirés de Nijinski (1994), sans oublier deux morceaux de Taxi Girl, pour contenter les plus anciens. Mi-ange maudit, mi-démon gentil, et sans tomber dans des travers de dandys ou de crooners qui ne lui iraient pas, c'est avec une certaine classe que l'homme tatoué mène ses deux heures de concert. Et donne une petite claque à ceux qui venaient le voir de peur de ne plus en avoir l'occasion. Nous voilà rassurés : l'homme n'a pas encore un pied dans la tombe. A peine un orteil. Et un bout de foie.

Guitares hawaïennes

S'il est une chose que les Britanniques savent faire, depuis des générations, c'est le folk rock. Noah and the Whale sont de cette trempe et font chauffer l'Orangerie en trois coups de cuiller à pot. Question lutherie, outre les violon, guitare, batterie et glockenspiel de rigueur, on trouve, plus surprenants, un harmonium portatif Dina fabriqué en Inde et une guitare hawaïenne.

Parfois, le lien entre les groupes présentés sur une même affiche n'apparaît pas de manière très évidente. Dans ce cas-ci, c'est clairement la petite guitare hawaïenne qui fait trait d'union. On la trouve chez Soko (voir ci-dessous) et elle est un élément central d'Ideal Husband. Normal : c'est ce folklore pacifique qui sert de terreau à la nouvelle pop de Sandrine Collard, compositrice que l'on ne verra malheureusement pas sur scène. "Imaginez plage, mer, soleil..." susurre Louise Peterhoff . Tout est dans les points de suspension, comme dans cette panoplie vibratile composée de contrebasse, lap steel, vibraphone, ukulélé. Chant et mouvements ondulatoires, Louise rayonne. Elle aurait sans doute intérêt à varier un peu les approches, les intonations. Voix d'oiseau sur la branche, elle se frotte superbement à la voix de baryton façon Leonard Cohen de Vince pour d'étranges "Objects in the Mirror", une des perles de l'album "No bye no Aloha".

Célestes CocoRosie

On pressentait que cette Nuit serait belle, délicatement étoilée, voilée de mystère, de travestissements en tous (trans) genres, un peu barrée, émouvante, au Cirque. D'abord parce que les soeurs Bianca et Sierra Casady, alias CocoRosie, allaient y déployer leur attachant univers de bric et de broc - à l'instar de leurs fringues et de leurs visuels -, folk-hip-pop poético-ludique inimitable. Mais aussi parce qu'elles seraient, ce soir, accompagnées par le Mons Orchestra. On n'a pas été déçu.

Lumière tamisée. Les interventions de l'orchestre (une douzaine de musiciens), ponctuelles mais subtiles, ici renforcent le côté dramatique d'une chanson (les cordes sur "Beautiful Boyz"), ou en étoffent l'atmosphère sonore étrange, voire inquiétante ("Bloody Twins"). Le plus étonnant est que tout cela, voix de soprano de Sierra, voix nasillarde et enfantine de Bianca, "human beatbox" (le fabuleux Tez), harpe et piano classique, cris d'animaux et bruits de trains crachotés par des jouets, sections de cordes et vents, tout cela s'accorde, ou se désaccorde, à merveille.

Sierra, qui a étudié le chant lyrique à Paris, profite de la présence de l'orchestre pour s'offrir un pur moment d'opéra, une aria du "Medium" (1946) de Menotti. Plus loin, le "Turn me on" R & B de Kevin Lyttle se transforme en pièce céleste sous la baguette des fées Casady. Qui offrent, en prime, quelques nouveaux morceaux, dont le très inspiré et non moins enjoué "God has a voice". Une nuit céleste, disait-on...

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