Musique / Festivals

Il y avait un Belge, John Gevaert, à la séance d’ouverture du Concours Reine Elisabeth - consacré au piano cette année - et une "presque Belge".

C’est d’ailleurs à celle-ci, l’Ukrainienne Christia Hudziy, 27 ans, en perfectionnement à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, que revint d’ouvrir l’ensemble des épreuves. Cette place délicate dans l’ordre de passage ne sembla pas la déconcerter : dans Rachmaninov (op. 39/6), la jeune femme fit valoir d’emblée un jeu clair, brillant et assuré ; Bach charmeur dans le prélude, bien construit dans la fugue, Liszt fluide et spirituel, mais trop rapide, et trois Danzas argentinas de Ginastera, où le jeu "pointu" et assez court de la candidate finit par sonner exotique (pour un répertoire sud-américain).

On entendit ensuite la Coréenne Soo-Yeon Ham, 24 ans, au toucher rapide et doux, romantique dans Bach et justement lyrique dans la Tarentelle de Liszt, qui la révéla, en plus, imaginative et engagée.

Vint alors le héros du jour, le Belge John Gevaert (qui est donc bien le frère de Kim !), 26 ans, hélas feutré et mou dans Bach - ce fut la seule déception - mais s’imposant ensuite dans l’ "Ile de feu" (II) de Messiaen, une étude rythme percussive et bourrée d’énergie (aux antipodes de ce qu’on venait d’entendre), dans une étude de Liszt mêlant avec classe la virtuosité et le goût, et, du même Liszt, la Rhapsodie hongroise : jeu ample et respiré, le pianiste semblait dans ses terres, dotant chaque épisode de son caractère propre et offrant déjà, avec cette seule œuvre, un mini-récital de choix.

La deuxième partie de la séance suscita déjà des divisions au sein du public ! On entendit d’abord Chi-Ho Han, Coréen de 18 ans, qui s’employa à "réveiller" Bach à sa façon, balancée et puissante, parfois radoucie, toujours lisible et construite. Le 2e Scherzo de Chopin, pris sur un mode - et un tempo - audacieux, fut payé de quelques fausses notes (paradoxalement dans des passages anodins ), Scriabine sonna comme un long orage chanté, Liszt, enfin, fit valoir un art pulsatile, dans lequel le jeune musicien ne cessa pourtant jamais d’anticiper et de structurer les événements.

Enfin, la Coréenne Jae Kyong Yoo, 27 ans, jeu rond et technique d’enfer, attesta surtout son aptitude à entrer dans la musique "préexistante" : juste (et très rare) dans Bach, plus discutable dans Liszt et Debussy uniment élégants et raffinés, douteux dans la Toccata de Schumann, réduite à un perpetuum mobile (qu’elle est en effet) mais sans contraste ni chant, ne s’animant que dans les mesures finales.