Musique / Festivals

Trente ans après son décès, le 9 octobre 1978, des suites d'un cancer du poumon, Jacques Brel est toujours bien vivant. Grâce à ses chansons, ses films, ses concerts, bien sûr, et deux nouvelles expositions, à Paris et à Bruxelles. Mais aussi à travers la voix, le regard, l'esprit, la gestuelle, la plume, de tant d'artistes qui, de tout temps et même celui de Brel, ont fait et continuent à faire vibrer son œuvre. Et ce, par-delà toutes les frontières, géographiques, musicales, linguistiques, générationnelles ou phénotypiques.

Il faut se rendre à l'évidence : l'œuvre de Brel a fait le tour du monde. Comment expliquer, sinon, que des artistes aussi différents que Barbara, Johnny Hallyday, David Bowie, José Carreras, Arno, Florent Pagny, Salvatore Adamo, Abd Al Malik ou les Beach Boys se soient penchés sur ses chansons.

Filiation spirituelle

Les reprises, adaptations et autres réinterprétations du répertoire brelien sont si nombreuses - plusieurs milliers - qu'il serait impossible, vain aussi, de les recenser ici. Plus intéressant, par contre, est de pointer les raisons d'un tel attrait. La parole au rappeur noir français Abd Al Malik, l'un des plus récents et éclatants exemples de filiation brelienne, dont la chanson "Les autres" est ouvertement inspirée de "Ces gens-là" et dont la gestuelle expressive n'est pas sans rappeler celle du chanteur belge. Pour le Strasbourgeois, Brel est l'archétype parfait de l'artiste, "celui qui donne tout comme si après il n'y avait plus rien, quelqu'un avec qui on n'est pas dans l'interprétation ni dans la chanson, mais dans la vie" . Que cette filiation prenne place dans le milieu du hip-hop n'a rien d'étonnant. "D'ailleurs, il ne serait pas difficile de soutenir que des joutes verbales comme celles de 'Ces gens-là', de 'Vesoul'ou des 'Vieux'préfigurent le rap et le slam", écrit Eddy Przybylski dans sa biographie "Jacques Brel. Une valse à mille rêves" (voir l'entretien en page suivante).

Parmi les "copies" qui ont réussi à taquiner, voire à transcender l'original, on se souviendra de Barbara, une des premières à avoir repris son répertoire, sur le disque "Barbara chante Jacques Brel" (1961). On pense encore à Juliette Gréco, Yves Montand ou Dalida. Ainsi qu'aux versions livrées par Arno du "Bon dieu", vingt ans d'âge déjà, et, plus récemment, de "Voir un ami pleurer". Toujours dans la sphère française, on pointera Noir Désir qui avait interprété "Ces gens-là" sur l'album hommage "Aux suivants", paru il y a dix ans. Ce titre semble d'ailleurs bien dans l'esprit rock, car le groupe français Ange en a déjà donné une version avec de grands "flchss", dès 1973.

Ce patrimoine musical, parmi les plus emblématiques de la Francophonie, a aussi inspiré les artistes du monde entier. Quitte à ce que ses chansons soient adaptées dans une autre langue, dix-sept au total. L'un des exemples les plus célèbres est la reprise, en anglais, d'"Amsterdam" par David Bowie, qu'il chante en public dès 1970, avant de jouer "My Death" ("La mort"). Deux chansons qui figurent aussi au tableau de chasse de son compatriote Marc Almond. Il y a près de vingt ans, l'ex-meneur de Soft Cell reprenait Brel, en anglais aussi, dans l'album "Jacques" qui rassemble notamment "Never To Be Next" ("Au suivant"), "I'm coming" ("J'arrive") et "If You Go Away" ("Ne me quitte pas"). Et dans le registre jazz, la chanteuse américano-malienne Dee Dee Bridgewater chantait "Ne me quitte pas" sur son album "J'ai deux amours" (2005).

L'année dernière, le groupe Cast sortait un album de reprises en suédois, où on retrouve entre autres "Sana Där" ("Ces gens-là"). Quant à Beirut, le groupe fanfare folk américain de Zach Condon, il reprend sur scène "Le Moribond" (1), dans une version forcément claironnante. Qui plus est en français, alors que cette chanson fut souvent reprise en anglais sous le titre "Seasons In The Sun", entre autres par les Beach Boys en 1972. Preuve que l'œuvre du Grand Jacques n'a pas fini de marquer les esprits.

Ne me quitte pas

Les bourgeois

Le plat pays